Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

L'AFRIQUE DU SUD DES HUGUENOTS

22 Juin 2015 , Rédigé par Liens protestants

Mon premier livre : l'Afrique du Sud des huguenots, histoire d'une énigme

15€ + 2€ de port

commande et information à l'adresse suivante : edeheunynck@free.fr

 

L’ÉNIGME HUGUENOTE

Dans son « Histoire des protestants en France »[1], Patrick Cabanel consacre quelques pages au refuge huguenot dans la région du Cap. S’il y évoque une énigme, l’auteur n’en dit guère plus ! Je me permets de reprendre cette « énigme » pour mieux la définir et la résoudre.
Le nombre de huguenots arrivés au Cap est bien limité puisqu’au total, on l’évalue à moins de 300. Comparés aux 40 000 réfugiés aux Pays-Bas ou aux 6 000 huguenots de Berlin, les effectifs en Afrique du Sud[2] sont modestes. Le refuge y serait presque anecdotique. De plus l’assimilation de ces réfugiés français fut des plus rapides. En une ou deux génération(s) la langue française avait disparu. L’histoire des huguenots en Afrique du Sud est courte et l’on pourrait s’attendre à trouver bien peu de traces de leur passage.
Or le souvenir et l’héritage des huguenots y sont des plus vivaces. Un musée, un mémorial, des statues, des bas-reliefs, une société généalogique… mais aussi des bouteilles de vin, ou d’eau, un tunnel… les huguenots ont leur place dans la mémoire sud-africaine. Il y a donc là une énigme ou au moins un paradoxe. Comment se fait-il qu’un petit groupe, rapidement assimilé, puisse occuper une telle place dans la mémoire d’un pays ? Cet opuscule vise à répondre à cette question. Pour apporter des explications, il nous faudra élargir le cadre restreint de l’histoire huguenote pour s’approprier l’histoire de l’Afrique du Sud et en particulier celle du peuple afrikaner.
L’itinéraire respecte la chronologie des faits. Premièrement nous fixerons le cadre historique et géographique, en découvrant le site du Cap et les premiers autochtones, bushmen et hottentots, au south african museum. Arrivera ensuite le temps des Néerlandais, fondateurs de la ville et de la colonie du Cap mais aussi organisateurs de l’immigration huguenote. La ville du Cap en a gardé des lieux de mémoire variés : château, musée, jardin, statues. Le temps des pionniers huguenots paraitra quelque peu rustique à Stellenbosch, plus opulent à Boschendal. Franschhoek sera le point d’orgue de votre périple, au cœur du pays huguenot. Les noms de lieux, le musée, le monument, les fêtes, les restaurants… tout évoque ici les huguenots, la mémoire côtoyant souvent le marketing. Paarl au pied du taalmonument clôturera notre périple en posant la question de l’héritage huguenot en Afrique du Sud mais aussi au sein du peuple afrikaner.

Bon voyage

[1] Le mot énigme n’apparait que dans le titre du paragraphe : « Le Cap et l’énigme afrikaner ».

[2] Rappelons que l’Afrique du Sud n’est fondée qu’en 1910.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

SOMMAIRE
 
Abrégé d'histoire sud-africaine
Les huguenots, une histoire courte, une mémoire longue
étape 1 : Le Cap avant le Cap
étape 2 : Le Cap, le temps des Néerlandais
étape 3 : Stellenbosch, le temps des pionniers
étape 4 : Boschendal, la réussite d'une propriété huguenote
étape 5 : Franschhoek, au cœur du pays huguenot
étape 6 : Paarl, l'héritage des huguenots

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Étape 6

PAARL : l’HÉRITAGE DES HUGUENOTS

 

L’héritage religieux

Au temps des huguenots, la ville de Paarl n’existe pas. La région, appelée le Drakenstein, est uniquement parsemée de fermes éloignées les unes des autres. C’est au sud de la future Paarl que le pasteur Pierre Simond fait construire, dans un lieu-dit toujours appelé Simondium, le premier lieu de culte pour ses fidèles disséminés. La vieille église étant endommagée par la tempête, la congrégation huguenote décide en 1717 de financer un nouvel édifice, construit un peu plus au nord. Mais cette église est détruite pour laisser la place à l’actuelle strooidakkerk (église au toit de chaume) datée de 1805. L’architecte, Louis-Michel Thibaut[1], conçoit cette église en croix grecque. Que reste-il alors du passé huguenot ? Au Simondium, se trouve une pierre commémorative avec l’inscription suivante : « La première église huguenote était située ici, au-delà de la piste, de 1695 à 1718 environ ». La strooidakkerk est toujours appelée l’église des huguenots et des noms bien français se trouvent sur les stèles du cimetière attenant : les Desprez, Dutoit, Le Roux…

 

L’héritage viticole

La route du vin de Paarl mériterait d’être aussi connue que celle de Stellenbosch. Le Nouveau wine festival, qui commence le premier samedi du mois d’avril, est un moment fort dans la vie de la cité. Les nombreux producteurs de vin sont soit des vignerons indépendants, dont les propriétés sont appelées Wine farms ou Estate wine pour les plus réputées, soit des coopératives, dont la puissante KWV[2]. Le siège de la coopérative se trouve à Paarl, à La Concorde… une ancienne ferme huguenote fondée par Gabriel Le Roux[3]. Le KWV s’enorgueillit d’y avoir le plus grand nombre de foudres de vin au monde dans son cellier monumental, le cathedral cellar.

Le laborie estate est également une fondation huguenote, celle des Taillefert[4] venus de Château-Thierry. Laborie ne fait donc pas allusion aux constructions en pierres de Provence. C’est une déformation de « la Brie ». Suzanne Briet, originaire de Monneaux, épouse en 1671 Isaac Taillefert. Après la mort de son mari, elle prend en main l’exploitation déjà connue pour la qualité de son vin. Suzanne serait-elle la première viticultrice d’Afrique du Sud ? Toujours est-il que sa fille, Élisabeth, fut la première à exporter des tonneaux de vin vers l’Europe. Je vous conseille l’adresse, soit pour une dégustation, soit pour un repas.

 

Le taalmonument en épilogue

Le monument de la langue afrikaans, seule œuvre au monde dédiée à une langue, domine la ville. Je vous propose de le découvrir dans ses dimensions, historique, littéraire et symbolique.

Le monument est érigé en 1975 pour célébrer un centenaire et un cinquantenaire. En 1875 est fondée à Paarl l'«Association des vrais Afrikaners»[5]. L’objectif de l’association est de donner à l’afrikaans ses lettres de noblesse, de l’imposer comme langue officielle à côté de l’anglais au détriment du néerlandais. En 1925 l’afrikaans devient la deuxième langue officielle de l’Afrique du Sud. Le pasteur du Toit est un des membres les plus célèbres de l’association. Il est le rédacteur-en-chef de la première revue en afrikaans, Die Afrikaanse Patriot. Il publie le premier livre d'histoire des Afrikaners, évidemment en afrikaans, «L'histoire de notre pays dans la langue de notre peuple[6]». Il y fixe les moments forts du roman national afrikaner, le grand trek identifié à l’exode, l’odieux meurtre de Retief, la brillante victoire de Blood river…

L’architecte, Jan van Wijk, s’est inspiré de la littérature pour concevoir le monument. Deux textes en afrikaans[7] sont d’ailleurs visibles à l’entrée. C.J. Langenhoven évoque la croissance de la langue identifiée à des piliers de plus en plus hauts. N.P. Van WykLouw voit l’afrikaans comme un pont entre les cultures des différents continents. «L'afrikaans est la langue qui relie l’Europe de l'ouest et l'Afrique. Il forme un pont permettant le contact entre la grandeur de la civilisation occidentale et la magie de l'Afrique. Et tout ce qui peut naître de majestueux de leur union, l'afrikaans devra sans doute le découvrir dans les années à venir. Mais nous ne devons jamais oublier que c’est ce changement de pays et de paysage qui a poli, brassé et tissé cette nouvelle-née parmi les langues. Et ainsi l'afrikaans a pu faire entendre l’histoire de cette nouvelle terre. Nous sommes maintenant responsables de l'utilisation que nous faisons et que nous ferons de cet outil admirable.» Le taalmonument doit être interprété comme une œuvre symbolique. Le pilier le plus élevé représente la langue afrikaans en pleine croissance. Le pilier creux placé à côté est la République sud-africaine, écrin qui a permis à la langue de se développer. Les colonnes de gauche symbolisent l’héritage européen, donc les langues du vieux continent. Les trois dômes à droite représentent l'Afrique magique et l’influence des langues africaines. Le pilier dans l’escalier est associé à la langue malaise[8]. Le monument est représentatif d’une époque, celle de l’Afrique du Sud de l’apartheid, l’afrikaans étant la langue de ceux qui la mirent en place. C’est d’ailleurs la volonté d’imposer l’afrikaans à l’université qui provoqua les émeutes de Soweto… une autre page d’histoire sud-africaine, bien éloignée de celle des huguenots.

 

[1] Louis-Michel Thibaut (1750 – 1815) est un ingénieur et architecte français émigré en Afrique du Sud.

[2] Koöperatieve WijnbouwersVereniging van Zuid-Afrika

[3] Originaire de Blois, arrivé en 1688.

[4] Arrivés en 1688.

[5] Die Genootskap van Regte Afrikaners.

[6] Die Geskiedenis van ons Land in die Taal van ons Volk.

[7] L’étude des lettres écrites en néerlandais par les huguenots a démontré que les réfugiés français avaient participé au processus de simplification de la langue.

[8] L’indonésien fait partie des langues malaises

La Concorde, ancienne ferme huguenote, est le siège de la KWV

La Concorde, ancienne ferme huguenote, est le siège de la KWV

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article