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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Les symboles : paroles, gestes et objets symboliques (mai 2008)

21 Février 2009 , Rédigé par Liensprotestants Publié dans #2008

Éditorial

 

LES SYMBOLES

 

Les symboles sont parfois vus comme étant sans importance. Un acte symbolique a bien peu d’effets et l’euro symbolique est la plus petite amende envisageable ! Mais le symbole est littéralement ce qui rassemble, ce qui jette un pont entre les hommes. Des textes, des gestes, des objets peuvent être des symboles qui rassemblent et qui ont une grande signification. Le symbole n’est plus un simple objet, un geste anodin ou une parole fortuite, car il a une signification qui le dépasse. Le symbole est un lien d’appartenance, un moyen de communication, un langage codé. Il peut représenter l’absent et l’indescriptible. Les systèmes symboliques expriment des idées, des concepts. Ils sont indispensables à l’homme, animal social donc relationnel.

Ce numéro nous invite à redécouvrir l’importance des symboles, qu’il s’agisse de gestes parfois ritualisés, d’un langage qui approche l’indicible comme dans celui de l’Apocalypse, d’objets signes extérieurs d’appartenance à une communauté…

 

Bonne lecture à tous et que notre journal, qui se veut un lien entre protestants, devienne aussi un symbole.


Réflexion

QU’EST-CE QU’UN SYMBOLE ?

 

Dans la Grèce antique, on appelait « symbolon » un objet brisé en deux pour signifier que deux personnes passaient un contrat d’hospitalité mutuelle ; chaque personne conservait une moitié de l’objet brisé et pouvait la transmettre à ses enfants. Ces deux parties rapprochées servaient à faire reconnaître leurs porteurs et à prouver la relation d’hospitalité contractée antérieurement. Le mot français « symbole » dérive directement du grec « symbolon ».

Le symbole est donc initialement un signe de reconnaissance et la marque d’une alliance. C’est en ce sens que nous appelons « symboles » les plus anciennes déclarations de foi du christianisme, tel le « symbole des apôtres ». Ces déclarations de foi (dites aussi credo) sont des formulaires d’unité qui permettent à ceux qui les prononcent de se reconnaître membres de la même Église. Il est intéressant de noter, au passage, que le terme contraire à « symbolon » est, en grec toujours, « diabolon » qui signifie « ce qui divise » ou « ce qui sépare ». Le symbole rapproche comme le diable divise !

*

Par extension, le mot « symbole » en est venu à désigner tout objet qui en représente un autre selon un rapport analogique : la balance est symbole de justice, le lion est symbole de force… Le symbole est le terme visible d'une comparaison dont l'autre terme est invisible et, en tout symbole, il faut distinguer l’objet visible et ce vers quoi il est censé orienter la pensée, sa signification. L'ensemble des deux éléments, le visible et l’invisible, forme un tout et l'un de ses éléments ne se comprend pas sans l'autre. Par là, le symbole reste encore un signe de reconnaissance, le symbole n’est en effet parlant que pour ceux qui partagent une même culture, une même histoire et qui sont capables de saisir le lien qui unit l’objet visible et la réalité invisible qu’il symbolise.

Prenons un exemple. Les crucifix des églises catholiques symbolisent la mort du Christ comme les croix vides de nos temples protestants symbolisent la résurrection. Tout chrétien sait interpréter et comprend le sens de ces objets familiers à sa foi. Ces mêmes objets, le crucifix et la croix vide, seraient en revanche aussi insignifiants pour un bouddhiste élevé dans l’ignorance complète du christianisme que peuvent l’être les objets sacrés d’un temple bouddhiste pour un Occidental non initié. Il faut connaître la culture chrétienne pour reconnaître dans le crucifix, une allusion à la mort du Christ dont on aurait pu choisir d’autres figurations (la couronne d’épine par exemple) mais, pour celui qui connaît cette culture, le rapport entre le crucifix et son sens semble tout naturel.

Art et religion sont certainement les domaines de l’activité humaine où l’on rencontre le plus de symboles, ce sont les domaines qui, en effet, privilégient la relation entre notre monde visible et un au-delà, une transcendance inaccessible à nos sens.

*

C’est parce qu’il est le représentant analogique mais conventionnel d’une autre chose, que le symbole a toujours besoin d’être interprété et c’est aussi pourquoi il existe des dictionnaires des symboles qui aident à repérer le sens de ces figurations qui devraient parler d’elles-mêmes et qui, pourtant, exigent des clés de compréhension. Nul n’est donc jamais à l’abri d’une erreur d’interprétation d’un symbole et ce qui devait rassembler peut en venir à diviser ; il n’est pas exclu que le symbole devienne alors diabolique.

Le symbole semble la meilleure et la pire des choses. L’être humain se caractérise comme un animal symbolique, c’est-à-dire comme un animal qui a besoin de se donner des représentations matérielles des réalités inaccessibles. Il a besoin de symboles pour donner une présence sensible à des idées ou à des réalités difficilement accessibles : l’eau du baptême symbolise la grâce du pardon gratuit et de la régénérescence, le pain et le vin de la cène, du moins dans les Églises protestantes, symbolisent la présence du rédempteur. Le premier risque est de prendre le symbole pour la chose même, de confondre le signifiant et le signifié, en l’occurrence de sacraliser l’eau, le pain et le vin. Le deuxième risque est de ne pas savoir interpréter le symbole ou de se tromper d’interprétation. Un troisième risque serait de multiplier indûment les symboles et de verser dans l’ésotérisme.

Le symbole nous rapproche donc, en un sens, de l’invisible et il rapproche ceux qui confessent la même foi mais il égare aussi ceux qui en ignorent la clé et il est alors source de division. Du symbolique au diabolique il n’y a, on vient de le voir, qu’un pas que seule notre vigilance peut nous éviter de franchir.

 

Sylvie Queval


 

Le geste symbolique

 

FORMALISME ET SUBVERSION DU GESTE SYMBOLIQUE

 

Les gestes symboliques sont constamment présents dans notre vie. Ce sont des gestes très simples qui rythment notre journée. Ils constituent un code qui nous permet de communiquer avec nos pairs sans qu’il soit toujours nécessaire d’employer la parole. Ils peuvent aussi trahir celle-ci et exprimer notre intention profonde, voire inconsciente (communication implicite). On dénonce souvent le geste systématique, automatique, sans intention réelle, la perversion de l’habitude qui vide le geste de son contenu. On considère alors qu’il est une contrainte, une hypocrisie qui va à l’encontre d’une relation authentique. Ainsi, aujourd’hui, dans un certain nombre de familles a-t-on perdu l’usage de s’embrasser, de se serrer la main pour se dire bonjour. Est-ce qu’on y a gagné en profondeur des sentiments ? Rien n’est moins sûr...

Certains des gestes symboliques acquièrent une valeur subversive, non parce qu'ils sont intrinsèquement spectaculaires mais parce qu'ils sont exécutés à un moment unique, dans un contexte particulier. Ainsi en est-il de la « révolution des bougies » qui, en octobre 1989, a fait tomber le rideau de fer entre les deux Allemagnes. Un officier de la Stasi témoignait alors de l’incapacité qu’avait eu son armée à prévoir l’inimaginable : se battre contre des prières et des bougies !

Un geste est d’autant plus valorisé qu’il est exécuté par une personnalité reconnue. La génuflexion du chancelier Willy Brandt devant le monument élevé à la mémoire des victimes du ghetto de Varsovie, provoqua en 1970 une émotion très forte dans le monde entier et donna toute sa dimension à la réconciliation germano-polonaise. Il n’avait pourtant prononcé aucune parole, aucun discours.

De tels gestes ont une valeur d’identification personnelle et collective. Ils peuvent susciter un désir de commémoration, d’institutionnalisation, de ritualisation, mais leur répétition provoque malheureusement la banalisation et la perte progressive de sens comme on l’a vu plus haut. Ils sont néanmoins nécessaires pour reposer les conditions du vivre ensemble et de la cohésion sociale. Aucune société ne saurait s’en passer.

 

Les gestes symboliques sont forcément très présents dans toutes les religions. Leur différence avec les actes profanes tient essentiellement à ce qu’ils sont généralement présentés comme émanant de Dieu lui-même. Traditionnellement, la plupart de ces gestes, ritualisés, étaient exécutés et répétés dans un espace sacré (temple) par des personnes consacrées (prêtres). Les rites ont pour fonction d’établir la relation à Dieu ou de réincorporer le pécheur ou l’impur dans la relation communautaire (communion). Ils permettent une identification personnelle et collective. Mais, dans le cadre religieux comme dans le monde profane, le formalisme guette tout symbole qui se vide alors de sa substance et de son efficacité.

Au XVIe siècle, les protestants s’insurgèrent contre la multiplication des gestes liturgiques et la sacralisation croissante du rituel et du sacerdoce chrétiens. S’appuyant sur les textes bibliques, ils valorisèrent la parole aux dépens du geste, la raison aux dépens de l’émotion au point qu’ils sont aujourd’hui encore farouchement hostiles à toute manifestation physique démonstrative. Les écueils de la ritualisation sont-ils pour autant à jamais écartés ?

« On ne peut pas ne pas communiquer »[1]. Ainsi la sobriété rituelle de la liturgie protestante, et notamment réformée, est devenue à son tour une norme, un signe d’appartenance identitaire. Si la circonspection protestante se justifie par des raisons théologiques, anthropologiques, bibliques et ecclésiologiques, la crainte du geste, parfois exécuté à la sauvette[2] ne témoigne-t-elle pas finalement d’une autre forme de sacralité ? Celle qui, attribuée à la parole, tend à empêcher toute incarnation et par conséquent réprime l’engagement spontané de l’être dans sa globalité.

Dans une société sécularisée, au sein de laquelle la communication tend à être essentiellement instantanée et virtuelle, il serait bon de redécouvrir la subversion du geste symbolique et laisser ainsi ré-évangéliser non seulement notre liturgie, mais aussi notre vie. Les gestes prophétiques relatés dans la Bible ont justement pour fonction d'introduire une rupture dans l'ordre établi pour reposer la question du sens. Qu'ils soient exécutés par les prophètes que sont Élie, Ézéchiel et Jérémie ou bien par Jésus-Christ lui-même[3], ce sont des actes uniques, spectaculaires qui marquent les consciences et provoquent un retournement. Ils nous invitent à nous réinvestir dans une relation authentique et simple à Dieu et à notre prochain.

Je vous invite à relire également ce récit de l’onction de parfum que Jésus reçut à Béthanie juste avant l’institution de la Cène (Mat 26,4-13). Jésus nous enseigne comment ce geste sans parole manifeste un engagement de l’être entier, avec toute sa tendresse, son attachement, sa force d’amour, comme un « chérissement » qui n’a plus de mots pour se dire, une louange muette... 

Marie-Pierre Vandenbosch

 

Pour approfondir :

GIRARD René, Je vois Satan tomber comme l’éclair, Livre de poche Biblio essais, LGF, Paris, 2001

KAEMPF Bernard (dir.), Rites, Ritualités, Actes du congrès de théologie pratique de Strasbourg, Cerf, coll. Lumen Vitae Novalis, Paris, 2000

MOTTU Henri, Le geste prophétique, Pour une pratique protestante des sacrements, Labor et Fides, Coll. Théologie Pratique, Genève, 1998

 



[1] Selon Palo Alto

[2]              Comme il m’est arrivé de le voir pour un baptême.

[3]              L’acte symbolique le plus fort du ministère de Jésus étant sa mort sur la croix et sa résurrection.


                                                                                                              LP 

 

 

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