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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Le refuge protestant en Europe : sur les pas des exilés huguenots, gueux et hussites (juillet-septembre 2008)

21 Février 2009 , Rédigé par Liensprotestants Publié dans #2008

Éditorial

 

LE REFUGE PROTESTANT EN EUROPE

 

  

Le mot refuge ne laisse pas l’oreille protestante insensible. Il évoque une page d’histoire douloureuse. C’est l’histoire de l’exode des protestants vers des contrées inconnues et parfois la confiscation de tous leurs biens. C’est aussi l’histoire de l’accueil des réfugiés protestants et souvent de leur assimilation. C’est encore une mémoire familiale (les ancêtres) ou académique (les sociétés d’histoire du protestantisme[1]). J’ai parlé à dessein de protestants et non de huguenots. Certes nos coreligionnaires furent les plus nombreux à fuir, mais il ne faut pas oublier les vaudois, les hussites et les gueux, nos ancêtres les plus directs.

Le dossier étant tellement vaste, nous nous contenterons cette fois-ci du refuge en Europe laissant pour un autre numéro le refuge hors d’Europe, aux Amériques[2] et en Afrique du Sud. Vous trouverez dans ce dossier un article général et une interview de Francis Devos, un historien local[3]. Ensuite nous ferons le tour de l’Europe du refuge, de la Hollande à l’Allemagne, de la Suisse à l’Angleterre… Chaque refuge a son histoire. L’Allemagne fut la plus accueillante, l’Angleterre la plus assimilatrice, la Hollande la plus familière, la Suisse la plus transitaire… Ce numéro d’été vous invite donc à découvrir, et qui sait, à visiter, l’Europe du refuge…

 

Bonne lecture et bonnes vacances à tous.

 

LP

 



[1] The Huguenot Society of Great Britain and Ireland, Deutsche Hugenotten Geselschaft, Det Danske Huguenot Samfund, Societa di Studi Valdesi, Association Suisse pour l’Histoire du Refuge Huguenot, Polskie Towarzystwo Hugenockie…

[2] Nous pourrons à cette occasion présenter l’histoire de la piraterie et de la flibusterie huguenotes.

[3] Certains d’entre vous ont peut-être lu son dernier ouvrage, Vers la liberté qui présente l’histoire du refuge des gueux jusqu’aux Amériques et en Afrique du Sud.



SOMMAIRE
Le refuge protestant en Europe
Rencontre avec Francis Devos (en ligne)
Les Eglises wallonnnes ... aux Pays-Bas
Comenius et son musée à Naarden
Le refuge britannique
Genève et le refuge
Le grand-électeur de Brandebourg et les huguenots
Friedriechsdorf
Les principaux musées huguenots en Allemagne
Retrouver de vieux ancêtres huguenots (en ligne)


Exil de Comenius en Hollande.

Interview

 

RENCONTRE AVEC FRANCIS DEVOS

 

LP : Comment et pourquoi les protestants de nos contrées ont-ils été amenés à quitter le pays ?

FD : À partir des années 1520, le protestantisme se diffuse grâce aux livres et aux marchands. Le sentiment que l’Église a besoin de réformes se renforce. Des ministres formés en Allemagne ou à Strasbourg arrivent dans nos régions. Des Églises clandestines se forment. Les chambres de rhétorique, les magistratures des villes sont de plus en plus infiltrées. Le phénomène touche toutes les classes sociales, de la paysannerie à la noblesse. L’Inquisition et la répression en général entravent l’activité économique et provoquent un premier exode. Ces réfugiés partent pour l’Angleterre, Calais ou l’Allemagne. Ce départ est vécu comme provisoire. Quand la noblesse rejoint le camp des libertés, avec le Compromis des nobles de 1566, un grand espoir de compromis naît et beaucoup de réfugiés rentrent. Les victoires espagnoles de 1567-1568 et une répression renforcée provoquent un nouvel exil provisoire En 1576, la perte de contrôle des Espagnols provoque un retour d’exil en Flandre. Le départ définitif se produit autour des années 1580-1585, lors de la reconquête définitive des Pays-Bas méridionaux par Alexandre Farnèse. Pour la première fois les réfugiés (de Valenciennes et Tournai) prennent la direction des Provinces-Unies en suivant l’Escaut. Ceux qui descendent la Lys prennent la direction de Calais ou de l’Angleterre.

 

LP : Comment se passe leur installation dans ces pays étrangers ?

FD : Ces réfugiés sont mal vus parce qu’ils restent regroupés en communautés autonomes et pratiquent l’endogamie. Ils ont leurs propres halles aux draps et sont réputés être de gros travailleurs… responsables de la hausse des prix ! Ils se heurtent au roi d’Angleterre Jacques Ier qui s’affirme comme chef de l’Église d’Angleterre. Le refuge est donc très relatif ! De même ceux qui se sont installés à l’appel du roi de France Henri II, forment des communautés dans les villages dépeuplés des environs de Calais. Mais avec la révocation de l’édit de Nantes en1685, ils quittent massivement Guînes et Marck.

 

LP : Quelles sont les étapes suivantes ?

FD : En 1685 les protestants calaisiens se réfugient en Zélande, rejoints par les réfugiés du Palatinat (menacé par la France) et des huguenots du Dauphiné (pasteur Simon d’Embruns). Il est clair qu’ils sont en surnombre dans une province petite et pauvre. Des solutions sont négociées. Les plus pauvres partent pour l’Afrique du sud, les autres prennent la direction du Brandebourg. Mais avant leur départ, ils négocient leurs conditions d’arrivée : pas d’impôt, autorisation de pratiquer leur langue et leur religion en toute liberté. Le Brandebourg, en particulier la région de Berlin, est un pays dévasté par la guerre de Trente Ans. Les réfugiés s’installent à Luckermark, près de Stettin, où trois mille fermes sont abandonnées. Six paroisses leur sont confiées. Leur installation est un succès grâce en particulier à la culture du tabac ; en 1720 le roi du Danemark, de passage, demande si certains d’eux peuvent venir dans son pays. Vingt familles s’installent à Fredericia.

 

LP : L’exil est donc fini. Pendant combien de temps ces communautés vont-elles perdurer ?

FD : Elles vont se maintenir longtemps ! Ces réformés ont leurs propres ministres et continuent à parler le français jusqu’au XIXe siècle. Ils ont la réputation d’être des amusettes ! Ce monde clos finit par se fondre par les mariages mixtes.

 

 


  Accueil des réfugiés huguenots par le grand électeur de Brandebourg. Mur des réformateurs à Genève 

 

Généalogie

 

RETROUVER DE VIEUX ANCÊTRES HUGUENOTS

 

Les descendants des émigrés de jadis recherchent depuis longtemps leurs racines sur la terre de France. Habitant le Canada, l’Afrique du Sud, l’Australie ou, plus près de nous, l’Allemagne, l’Angleterre ou la Hollande, ils n’ont souvent que peu d’éléments à leur disposition. Ils savent que leurs ancêtres étaient des huguenots français, ils connaissent parfois leur province d’origine, mais ignorent le plus souvent le nom du village d’où ces aïeux sont partis.

Comment retrouver le village d’origine ? Y a-t-il encore des vieux actes ? Quand ils existent, que peuvent-ils leur apprendre ?

Certains actes parmi les plus anciens sont muets. C’est le cas des baptêmes à l’Église française de la Threadneedle Street à Londres en 1602 : « Baptême le 10 janvier de Marye Véry, fille de Jean V. et d’Anne Moreau, Témoins… » D’où viennent les parents ? Quand le lieu d’origine est indiqué le problème n’est pas résolu pour autant. On trouve par exemple dans les registres de l’Église française de Canterbury l’acte suivant : « Promesse de mariage le 23 février 1699 entre André Gambier, natif de Gouy en Picardie et Madeleine Devime, fille d’Abraham Devime et de Susane Le Clerc, native de Gouy. »

On peut raisonnablement penser qu’il s’agit du même Gouy pour les deux futurs époux, mais quel Gouy ? Dans l’actuelle Picardie il y a trois Gouy : l’un dans l’Aisne au nord de Saint-Quentin, Gouy-les-Groseillers dans l’Oise entre Beauvais et Amiens, et Gouy-l’Hôpital dans la Somme à l’ouest d’Amiens. Il ne faut pas perdre de vue par ailleurs que l’ancienne province de Picardie comprenait une partie de l’actuel Pas-de-Calais et que ce département à lui seul compte quatre Gouy ! Seule une bonne connaissance des familles protestantes de la région permet d’affirmer qu’il s’agit de Gouy-l’Hôpital, où l’on retrouve d’ailleurs (sous des orthographes variées) de nombreux de VisExposition à Metz sur le refuge huguenot de Metz à Berlin.me.

La graphie des patronymes subit, avant la Révolution, de nombreuses variations[1]. C’est ainsi que l’on peut trouver dans un acte : « Jean Le Comte, fils de Jean Leconte ». Certains noms très répandus se prêtent à une grande diversité graphique : Leclerc, Lefèvre, Desmarest, par exemple. Comment faire le lien entre deux Isaac Le Clerc, Leclercq, Leclaire ou Leclère, l’un émigré à Londres en 1700 et l’autre dans son village natal en 1685 ? Si, à force de fréquenter les registres, on s’aperçoit que, dans la majorité des cas, les Leclercq sont de la Somme, les Leclerc du Vermandois au nord de l’Aisne et les Leclère de la région de Château-Thierry, au sud du même département, cette expérience locale est de peu d’utilité quand on franchit les frontières, les scribes adaptant l’euphonie des noms à leur manière !

Un obstacle de taille vient de la disparition de nombreux documents. Les premiers disparus sont ceux qui sont partis en fumée avec les temples dans les temps qui ont précédé la Révocation ou juste après celle-ci. Malheureusement les deux guerres mondiales n’ont pas été non plus sans conséquences dans ce domaine, en particulier en Picardie. Il reste heureusement quelques sources exploitables, d’une part les registres des pays du Refuge, d’autre part les actes de justice, les contrats de mariage notariés, etc. Le dépouillement de ces documents est une affaire de longue haleine, mais quand on a la passion de la recherche, on ne compte pas son temps…

Heureusement, de nos jours, l’informatique apporte une aide extraordinaire en permettant de faire des rapprochements entre patronymes, entre noms de lieux écorchés, etc. Cet outil véritablement merveilleux permet de vaincre un certain nombre de difficultés.

 

Jean-Paul et Chantal Rœlly



[1] C’est la loi du 6 fructidor an II (23.08.1794) qui a tenté de figer l’orthographe des noms en prenant pour référence celle qui figure sur l’acte de naissance des individus.

 

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landrieux 15/02/2016 17:51

pouvezvous trouver gouy st andré dans le p d c et peut étre bois jean buire le sec des protestants convertis_ de Lemée de l'aisne seraient venus se cacher _ j'aimerais une réponse _ merci