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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Jésus : "pour vous qui suis-je ?" (décembre 2008)

23 Février 2009 , Rédigé par Liensprotestants Publié dans #2008

Éditorial

 

POUR VOUS QUI SUIS-JE ?

 

En ce mois de décembre nous célébrerons Noël, c’est-à-dire l’incarnation par Dieu de la fragilité humaine. Il s’agit d’une des facettes de Jésus-Christ, celle de l’enfant fragile né dans le plus grand dénuement, menacé par Hérode-le-Grand, et celle du roi reconnu par les mages, comblé de présents. Mais à la question « pour vous qui dites-vous que je suis[i] »… un prophète, le messie, le fils du Dieu vivant ? Le lecteur a des réponses et non LA réponse. Jésus-Christ ne se laisse pas saisir et ses facettes sont multiples, homme et Dieu, prophète et messie, crucifié et Christ cosmique… Ce numéro vise à présenter plusieurs visages de Jésus mais pas seulement. Dans la question posée initialement nous sommes inclus : vous avez peut-être noté le « pour vous »… Elle devient plus personnelle, moins académique… qui est mon Jésus ? En quoi me suis-je approprié le message de Jésus-Christ dans ma vie ? Étienne Babut, Astrid Nocquet et d’autres paroissiens ont bien voulu nous présenter leur Jésus… tout aussi vrai que celui des théologiens.

 

Bonne lecture à tous

 

LP



SOMMAIRE
Regards personnels (dont les regards d'Astrid et de Sylvie en ligne)
Le Christ philosophe
Jésus-Christ, Dieu, homme ... ?
Un témoin du Christ, nommé Jean
En quête du Jésus historique


[i] Mt 16,16.

Regard d’Astrid

 

JÉSUS POUR MOI ?

 

Jésus pour moi ?… C’est un grand bonhomme. Comme un exemple à suivre, parce qu’il y a cette impression que cet homme-là a tout compris, peut-être. Il aime si facilement ! Et puis c’est comme s'il avait concrétisé le premier le collectif, la communauté, l’ensemble : à lui tout seul il a donné et puis ça a créé l’unité. Ce qui nous fait défaut aujourd’hui, faire le premier pas de don de soi pour créer du lien, du partage. C’est comme ça qu’on voudrait être, réussir à donner, aimer, toujours.

Une belle perspective… Les éclaireuses et éclaireurs unionistes essayent à chaque rencontre de créer de l’unité, un ensemble cohérent avec une place pour chacun avec sa valeur et dans sa spécificité aussi ! Et tout cela, ce projet, est sûrement bien plus facile, plus léger à concevoir, à construire en s’appuyant sur un exemple comme celui de Jésus, sa vie, ses expériences et sa façon simple d’être aimant. Alors les EEUdF disent ensemble « Prêts, en avant ! »

Voici quelques chansons qui parlent de Jésus aussi, autrement, aux EEUdF :

 

Gandhi, Luther King ou Jésus-Christ

 

Refrain :

Ils ne mettaient jamais la main sur un fusil

Gandhi, Luther King ou Jésus-Christ

Dites-moi donc pourquoi on leur a pris la vie ?

Gandhi, Luther King ou Jésus-Christ

 

Est-ce un tort de vouloir libérer son pays

Pour être à part entière Indien ou Bengali ?

Et pourquoi a-t-on traité comme un assassin

Le premier qui a fait la grève de la faim ?

 

Est-ce un mal, dites-moi, de proclamer bien haut

Qu’on ne juge pas les gens sur le teint de leur peau ?

De souhaiter que noirs et blancs prient dans les mêmes lieux

Quand chacun dans son cœur adore le même Dieu ?

 

Est-ce normal d’avoir dit juste avant d’être tué

« Il faudra vous aimer comme je vous ai aimé » ?

Mourir en pardonnant à ses propres bourreaux

Pour qu’on prenne au sérieux ce commandement nouveau.

 

De cette même terre où leur sang a coulé

Ces paroles d’amour on les a enterrées

Mais un prochain printemps, elles refleuriront

Alors oui, ce sera la vraie révolution !

 

 

Jésus-Christ est un hippie

 

S’il existe encore aujourd’hui

Il doit vivre aux États-Unis

Il doit jouer de la guitare

Se coucher sur les bancs des gares

Il doit fumer d’la Marie-Jeanne

Avec un regard bleu qui plane !

 

Refrain :

Jésus, Jésus-Christ

Jésus-Christ est un hippie

Wouapalalalala    Wouapalalalalala   (…)

 

Astrid Nocquet

 


 

Regard de Sylvie

 

JÉSUS, CHEMIN DE VIE ET MAÎTRE SPIRITUEL

 

La réponse de Pierre à la question « Et vous qui dites-vous que je suis ? » est laconique. Qu’on la trouve dans l’un ou l’autre des évangiles synoptiques, elle tient en quatre à neuf mots (Matthieu est toujours plus prolixe que Marc). Rarement sans doute une réponse si courte n’a pourtant été si abondamment développée, commentée, critiquée, analysée… au point qu’elle occupe maintenant des rayons de bibliothèque. On en viendrait même à être aujourd’hui tenté de répondre : « De Toi, Seigneur, on dit tout et le contraire de tout. Pour les uns, Tu es un prophète du changement social voire un révolutionnaire, pour d’autres un prophète apocalyptique, pour d’autres encore, un maître de sagesse ou un héros hellénistique ; pour certains, Tu es simplement un rabbi du premier siècle ou un paysan juif méditerranéen[1]… il y a même eu des auteurs pour ne Te considérer que comme un mythe dépourvu d’existence historique et puis il y a ceux qui Te déclarent messie (ou « christ » ce qui est la même chose) et sauveur mais que signifient ces mots ? »

Il est assez frappant que Jésus ne demande pas à ses disciples « Et pour vous, qui suis-je ? » mais qu’il leur demande « Qui dites-vous que je suis ? ». La réalité historique de Jésus semble importer moins que les mots et le discours que nous mettons sur cette réalité. Une chose est d’ailleurs certaine, quel que puisse être l’intérêt des enquêtes sur la figure historique de Jésus, elles ne nous livreront jamais la bonne réponse à la question. Le rêve positiviste de la première quête du Jésus de l’histoire (de la fin du XVIIIe siècle au tout début du XXe siècle) a été abandonné et la distinction de D. Strauss (1865) entre le Christ de la foi et le Jésus de l’histoire en dit les limites. Certes, le courant théologique qu’on appelle « la troisième quête », et qui se développe aux États-Unis depuis les années 1980, fait appel aux méthodes des sciences historiques et prend en compte les données sociologiques dont nous pouvons disposer pour inscrire la personne du Nazaréen dans le monde juif de son temps. L’objectif du Jesus Seminar[2] est de déterminer les paroles et les gestes que l’on peut effectivement attribuer à Jésus. Les chercheurs de ce séminaire parviennent certes à s’entendre sur ce que Jésus a vraiment dit et fait mais ils ne tombent pas pour autant d’accord sur « qui » était finalement ce Jésus que Pierre dit « messie ». Avec M. Goguel on peut poser : « Les évangiles ne sont pas des documents d'histoire. Ils n'ont pas été composés ni conservés pour faire connaître le Jésus qui a vécu et enseigné en Galilée et en Judée et qui est mort à Jérusalem. Ce sont des documents religieux qui présentent ce que Jésus était pour la foi et pour la piété des milieux dans lesquels ils ont été composés[3]. »

La question posée aux contemporains de Jésus comme à chacun d’entre nous demeure bien celle de ce que nous disons.

Les querelles autour de ce qu’il convient de dire de Jésus ont commencé très tôt et le concile de Chalcédoine en 451, qui prétend clore le débat, ne change rien à l’affaire. Il a beau poser en dogme la double nature, humaine et divine, de Jésus le christ, il ne fait pas taire ceux qui ne peuvent le concevoir que tissé d’une seule nature, qu’il s’agisse de la nature divine (position dite monophysite) ou de la nature humaine (position unitarienne).

Des débuts du christianisme à aujourd’hui, il y a toujours eu place pour l’affirmation que le Nazaréen est un homme pleinement humain. Ainsi parmi les judéo-chrétiens groupés autour de Jacques, certains - qu’on appelle ébionites d’un mot hébreu qui signifie pauvres - ne considèrent Jésus que comme un homme ordinaire, né d’un homme et d’une femme et mort, comme d’autres maîtres de sagesse de l’époque, sur une croix. Le sermon sur la montagne et quelques textes apocryphes sont leurs textes de référence. Jésus est à leurs yeux un sage au sens exact de ce mot, c’est-à-dire un homme qui réalise absolument en sa personne un type moral idéal.

Plus près de nous, dans la mouvance de la Réforme, plusieurs courants retrouveront cette conviction anti-trinitaire qui fait de Jésus un maître qui nous appelle à une vie libre et vertueuse. Pour citer un nom parmi d’autres, on peut évoquer Fausto Sozzini (1539-1604), dit Socin, fondateur du socinianisme et animateur en Pologne de la Petite Église. Dès le XVIe siècle, il professe des thèses libérales que ne désavoue pas l’unitarisme moderne et que les extraits suivants de la profession de foi de Theolib expriment sans ambiguïté : « Je ne croirai jamais que Christ est mort pour moi ; je veux croire qu'il est vivant pour nous tous. [ … ] Je ne croirai jamais aux histoires de double nature, de trinité ou d'immaculée conception ; je veux croire à l'appel de notre Dieu, à la dignité humaine, à la liberté souveraine de la conscience. [ … ] Je ne croirai jamais en un Dieu qui ne serait présent que pour les seuls chrétiens ; je veux croire que Dieu est à l'œuvre dans toutes les cultures, qu'il parle au cœur de l'homme, sans se soucier des frontières artificielles dans lesquelles nous nous emprisonnons. [ … ] J'espère en Ta présence et je Te nomme Dieu. C'est ainsi que Tu es là et je Te dis ma reconnaissance. Amen[4] ». On notera que ce credo conserve le titre de Christ pour désigner Jésus car « le confesser comme Christ signifie reconnaître à sa personne et à son enseignement une valeur exceptionnelle et souveraine » comme l’écrit A. Gounelle[5].

De ce point de vue, Jésus est l’homme pleinement homme, l’homme ayant accompli son humanité et nous invitant à le suivre. C’est en ce sens qu’il est incarnation de la parole divine, dépassement du monde et de ses pseudo-valeurs. En sa personne et sa vie, Dieu se donne à voir ; non pas le Dieu tout puissant et sévère mais le Dieu d’amour présent auprès des humbles, des malades, des douloureux. De Lui, on peut bien dire qu’il est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6).

 

Sylvie Queval

 

 



[1] C’est le sous titre du livre de J.-D. Crossan, The historical Jesus. Harper, 1991.

[2] C’est le nom du groupe d’étude du Westar Institute qui enquête sur le Jésus historique en rompant avec les travaux de l’école allemande post-bultmanienne (deuxième quête).

[3] Cité par Mordillat et Prieur, Jésus contre Jésus p.51.

[4] Le texte complet peut se lire à l’adresse suivante : http://www.theolib.com/foi.html.

[5] Le Dynamisme créateur de Dieu, Van Dieren éditeur, 1981, page 131.

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