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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Spritualités protestantes (octobre 2007)

24 Février 2009 , Rédigé par Liensprotestants Publié dans #2007

Éditorial

 

Les spiritualités protestantes

 

 

La spiritualité serait l’apanage des religions orientales, des catholiques, des orthodoxes… Elle serait étrangère au protestantisme, en particulier réformé. Ces réformés seraient trop froids, rationnels, intellectuels pour s’ouvrir à la spiritualité ! Il nous faut combattre ces préjugés et ce numéro, je l’espère, y contribuera.

Personnellement, je me souviens lors du Conseil presbytéral de ces temps de méditation centrée sur un passage biblique, ou de ces jeunes Hollandais accueillis à la maison et faisant leur prière avant le repas, ou encore de ce membre de la commission des ministères me demandant dans quelle spiritualité je m’inscrivais…

Plus généralement, le rassemblement du Désert n’est-il pas un grand moment de recueillement ? Le lieu de silence de la Passerelle n’est-il pas aussi animé par les protestants ?

Les lectures bibliques dominicales ne sont-elles pas précédées d’une prière d’illumination ? Dès les réformateurs une spiritualité protestante s’est affirmée, plus personnelle, plus biblique. Elle s’est renouvelée au fil du temps avec le piétisme du XVIIIe siècle et le Réveil du XIXe siècle. Aujourd’hui de nombreux groupes et communautés spirituels existent dans le protestantisme, en particulier réformé, comme les Diaconesses de Reuilly, la Communauté de Pomeyrol, la Fraternité des Veilleurs… la liste n’est pas close !

Le protestantisme n’est donc pas une branche desséchée du christianisme, mais bien un arbre de vie spirituelle. Un tel foisonnement nous a d’ailleurs conduits à parler au pluriel des spiritualités protestantes.

 

Bonne lecture à tous et en particulier aux nouveaux lecteurs de la paroisse d’Arras-Wanquetin. Que l’esprit de Dieu soit avec vous !

 

 

                                                                                                   LP


SOMMAIRE

Y-a-t-il une spiritualité protestante ? (en ligne)

Les mains jointes
Unité et diversité de la spiritualité protestante
Entretien sur la spiritualité avec Frédéric Fournier
Les groupes spirituels


Synthèse

 

Y A-T-IL UNE SPIRITUALITÉ PROTESTANTE ?

 

Voici bien une question à laquelle il est difficile de répondre immédiatement, sans un soupçon d’hésitation, tant l’association des termes paraît inhabituelle. Qu’on parle de confession protestante, de foi, voire de piété, pas de problème… mais de spiritualité ? La question rebute, peut-être trop portée par la mode actuelle des pratiques d’inspiration orientale ou la quête frénétique des retraites promettant le ressourcement. Or le protestant, on le sait, a une peur quasi viscérale du confusionnisme, du syncrétisme, d’une « nébuleuse ésotérico-mystique » et n’hésite pas à poser d’un côté la spiritualité humaine et de l’autre la foi authentique, qui s’ancre dans la mise en pratique.

 

Le protestantisme est une spiritualité

Et pourtant… si la spiritualité évoque essentiellement l’intériorité, la Réforme elle-même ne fut-elle pas une revendication éminemment spirituelle contre une religion institutionnelle, ritualisée, tout extérieure, en mettant en évidence la relation intime que tout croyant peut entretenir avec son Dieu ? Lorsque Luther revendique pour chaque croyant le droit d’interpréter personnellement la Bible et de vivre en harmonie avec sa compréhension de l’Évangile, il fonde la spiritualité du « Sola fide » qui lui permet de dépasser la vieille opposition entre vie contemplative et vie pratique sans renier sa dette envers la mystique rhénane, en particulier Tauler. Zwingli, en insistant sur la sanctification sous la conduite de la Parole et de l’Esprit, inscrit également l’existence du chrétien dans une relation individuelle, personnelle avec Dieu. Cependant Calvin se méfie davantage de la vie contemplative et privilégie une piété active, provoquant un assèchement rationaliste et une raideur intellectuelle dont le protestantisme français garde encore les traces. Du reste, Luther était lui-même très méfiant par rapport à toute forme débordante d’enthousiasme spiritualiste. Ainsi, la spiritualité protestante est faite d’équilibre entre contemplation et action, c’est Marie et Marthe réconciliées, c’est un mode de vie. À sa base : la conversion, réitérée chaque jour, qui engage le croyant à honorer Dieu en esprit et en vérité et à chercher la vie en Dieu. Ce n’est pas une échelle qu’on gravirait par degrés, ce n’est pas un chemin sur lequel on progresserait d’étape en étape, c’est un cheminement qui se nourrit de la lecture de la Bible, de la prière, de l’accompagnement de la communauté.

 

Les trois piliers de la spiritualité protestante

La spiritualité protestante, dans son individualisme, risque de s’égarer. C’est pourquoi il faut sans cesse revenir aux Écritures : c’est le « Sola scriptura ». Cependant, plus que l’Écriture, c’est la Parole que d’emblée la Réforme a valorisée : « La foi vient de ce qu’on a ouï ; et on a ouï, parce que la parole de Jésus-Christ a été prêchée. » (Ro 10,17). Pour Luther, il ne fait pas de doute que « la prédication de la parole de Dieu est la parole de Dieu ». Pour le protestant, la Bible n’est pas une relique à vénérer, un album de famille poussiéreux, mais le lieu où il se rend pour entendre Dieu lui parler ici et maintenant de sa vie et du monde d’aujourd’hui. À ce Dieu qui lui parle, le chrétien répond par la prière, qui est « repos en Dieu ». Calvin donne une description précise de ce que doit être la prière chrétienne : elle exige de se débarrasser de toute autre préoccupation que Dieu, de mesurer son indignité et sa petitesse à l’aune de Son infinie grandeur, puis de lui exposer toutes nos demandes dans un total abandon et une confiance sans réserve dans Ses promesses. Cette prière exige un engagement total du chrétien, elle ne peut être de pure forme. Enfin, la spiritualité protestante ne se conçoit pas sans la communauté ecclésiale qui accompagne et guide ses membres. Certes, pour les Réformateurs, l’Église véritable est invisible, mais l’Église visible est voulue par Dieu, elle est concrétisation de la Parole prêchée et de l’amour du Christ. La spiritualité protestante est une spiritualité du témoignage.

 

Une spiritualité constamment revivifiée

Il faut bien le reconnaître, aussi fort que fût le souffle de la Réforme, la foi protestante a connu des moments de stagnation, et ce dès le début du XVIIe  siècle.

Le piétisme ne tardera pas à réactiver cette spiritualité essoufflée en insistant sur la prière individuelle et libre, en encourageant l’étude de la Bible pour y découvrir le message que Dieu adresse personnellement à son lecteur dans chaque situation concrète, en engageant le chrétien sur une voie de perfection, en développant l’éducation. Parmi les grands noms, on trouve le Prussien August Hermann Francke (1663-1727), (lui-même disciple de Spener, théologien de la nouvelle naissance), qui fonde des écoles pour les pauvres et y forme des hommes  « pieux, travailleurs et compétents », et écrit de nombreuses œuvres d’édification qui insistent sur la conversion personnelle. Non moins célèbre, le Prusso-hollandais Gerhard Tersteegen (1697-1769), laïque autodidacte influencé par de nombreux courants mystiques, dont le quiétisme de Madame Guyon ; il écrit de nombreux ouvrages de piété où il récuse la raison dans l’approche de la Bible et préconise le renoncement à soi pour entrer en Dieu ; l’homme ne doit avoir qu’un seul but : faire croître en lui la Présence divine, sinon il n’est qu’un navire qui n’avance pas, faute de vent. Il fonde même une petite communauté pour laquelle il rédige une Règle. Enfin, le Vaudois Jean-Philippe Dutoit-Membrini (1721-1793) qui préconise une prière continuelle, à la manière de la « prière du cœur » des orthodoxes dans ces termes : « Seigneur, fais que je t’aime, aie pitié de moi ». Mais dans la majorité des cas, le piétisme s’appuiera sur la prière chantée, ce qui fait du chant des cantiques une caractéristique centrale de la piété protestante.

C’est le piétisme qui a inventé tout l’outillage que les protestants utilisent encore aujourd’hui pour se former : développement des « études bibliques », création de Sociétés bibliques pour les traductions de la Bible en toutes langues et édition de listes de lecture, de commentaires, de revues… On ne dira sans doute jamais assez que c’est le piétisme qui est à l’origine, en Europe, du journal intime qui permet de consigner chaque jour son examen de conscience.

La transmission de cette spiritualité s’effectue selon un fil, comme un passage de relais du piétisme au Réveil. Ainsi, Francke forme-t-il l’Allemand Zinzendorf, prônant l’amour universel et l’ouverture. Lui-même reconstitue la communauté des Frères moraves qui joueront un rôle déterminant dans l’expansion des mouvements du Réveil en Europe, avec l’influence qu’ils exercent par exemple sur Wesley, fondateur du méthodisme, ou sur le Genevois Ami Bost, grand propagandiste du Réveil en France. Mais les mouvements du Réveil (ou néo-piétisme) correspondent à la sensibilité romantique, son affirmation du Moi, son exaltation et même son sentimentalisme, et ils invitent les croyants à faire l’expérience personnelle de la présence du Christ et, totalement régénérés, à mener une vie de témoins actifs dans le monde. Ainsi Friedrich Schleiermacher (1768-1834) décrit la religion comme un sentiment spontané et irréductible suscité par la contemplation de l’Infini qui donne au cœur de l’homme une perception immédiate de la grandeur et de l’amour de Dieu. Benjamin Constant (1767-1836) défendra la même idée, en accusant les religions sacerdotales d’étouffer le sentiment religieux chez les individus ; cependant, force est de reconnaître qu’il n’a cultivé cet irrépressible sentiment que dans ses quelques moments de dépression dus à des déconvenues sentimentales.

Mais en France, c’est le grand Alexandre Vinet (1797-1847) qui redonnera une véritable légitimité à la prière allumée par l’Esprit, considérée comme un dialogue de Dieu avec Dieu au cœur de l’homme, et qui donnera tout son développement à la notion de « cure d’âme » menée par un directeur spirituel doté de toutes les vertus personnelles : prière, simplicité, douceur, loyauté, désintéressement, étude continuelle, culture de la solitude.

Que reste-t-il de ce courant ininterrompu depuis la Réforme de volontés d’adorer en Esprit et en Vérité ? Bien peu de chose à vrai dire. Le XXe siècle a semblé redécouvrir la spiritualité dans sa dernière décennie, après l’effondrement de toutes les idéologies, après l’épuisement de la théologie barthienne qui en bannissait la mystique. Pourtant, le fil ne s’est pas rompu : l’expérience de Taizé, les mouvements charismatiques, la Fraternité des Veilleurs, témoignent à la marge que la spiritualité protestante est une braise où chacun peu aller rallumer son feu.

 

F.  Marti

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