Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Les luthériens, dans le monde, en France et au pays de Montbéliard (été 2007)

24 Février 2009 , Rédigé par Liensprotestants Publié dans #2007

Éditorial

 

Nos frères luthériens

 

Nous connaissons Luther, mais connaissons-nous les luthériens, nos frères aînés de la Réforme ? Le protestantisme dans nos régions est essentiellement un protestantisme réformé. Les rares luthériens parmi nous se sont intégrés dans nos paroisses et sont donc peu visibles. Or l’actualité nous a rappelé l’existence de l’Église sœur luthérienne, présente dans le pays de Montbéliard et en région parisienne, seule zone où nos deux Églises coexistent. Un synode commun vient de rassembler luthériens et réformés. La décision y a été prise de travailler en vue d’une union entre les deux Églises, l’ERF et l’EELF[1]. Les luthériens et les réformés d’Alsace-Moselle ont déjà entamé un mouvement d’union pour créer une Église protestante.

Mais qui sont les luthériens ? Quelle est leur identité ? Leur histoire ? Leur originalité liturgique ou doctrinale ? Dans le contexte de rapprochement de nos deux Églises notre méconnaissance doit être dissipée.

La découverte de l’Église luthérienne de France sera au cœur de ce numéro, en particulier l’inspection de Montbéliard. Nous élargirons néanmoins le dossier au luthéranisme en Europe et dans le monde (FLM[2]).

 

Bonne lecture à tous

 

LP



[1] Église évangélique luthérienne de France

[2] Fédération luthérienne mondiale



SOMMAIRE

J'étais au synode de Sochaux
Les Eglises luthériennes en France
Les origines de l'Eglise luthérienne de Paris
Rencontre avec Jean-François Nardin (En ligne)
Les grandes dates du protestantisme de Montbéliard
Les lieux de mémoire des luthériens du pays de Montbéliard
Les luthériens du pays de Montbéliard et le dialogue avec la FPF
L'identité luthérienne (en ligne)
La fédération luthérienne mondiale


 

Interview

 

RENCONTRE AVEC JEAN-FRANCOIS NARDIN

 

LP : Bonjour monsieur Nardin. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

J-F N Je suis président du Synode de Montbéliard depuis 1996. Je suis marié et père de deux enfants. Actuellement, je suis retraité des usines Peugeot.

 

LP : Pouvez-vous nous présenter votre Église ?

L’implantation couvre la région de Montbéliard, le nord du Doubs jusqu’à Baume-les-Dames, le Territoire de Belfort, la Haute-Saône (sauf la région de Gray) et jusqu’aux abords de Langres. L’Église évangélique luthérienne de France, Inspection de Montbéliard, comprend :

-          25 paroisses,

-          1 mission urbaine,

-          1 mission dans l’industrie (qui est un poste régional),

-          1 poste d’animation biblique,

-          1 poste d’aumônier des hôpitaux,

-          1 aumônier laïc des prisons (3 prisons).

Les paroisses sont gérées comme dans l’ERF par un conseil. Deux délégués par poste pastoral siègent au consistoire et au synode. Le synode se réunit deux fois par an. Il élit un conseil renouvelable par moitié tous les trois ans. Ce conseil élit à son tour un bureau : un président toujours laïc, un vice-président pasteur, un secrétaire, un trésorier. L’inspecteur ecclésiastique est membre de droit du conseil synodal.

 

LP : Quels sont vos projets d’Église ?

Le synode a, depuis deux ans, réorganisé le service pastoral en modifiant les consistoires pour équilibrer le nombre de pasteurs afin qu’ils soient cinq par consistoire, chaque pasteur ayant une dominante.

Chaque consistoire aura un coordinateur désigné pour harmoniser les projets que les paroisses lanceront.

Une période d’essai de deux ans a été fixée. Une évaluation sera faite au synode de 2008. Si l’expérience est positive, nous passerons à la phase administrative.

La fondation « Arc en ciel », œuvre importante issue de l’Église Luthérienne du Pays de Montbéliard comporte plusieurs établissements.

  • Giromagny pour les handicapés.
  • Maison Blanche pour les retraités et pour les personnes atteintes de la maladie d’« Alzheimer ».
  • Maison Surleau (mêmes activités que Maison Blanche).
  • Héricourt, centre de rééducation fonctionnelle (ancien hôpital protestant).
  • Greuze-sur-le-Haut, centre de rééducation maladies cardio-vasculaires.
  • Beaujeu, maison de soins de nuit.

 

LP : Quelles sont vos relations avec les autres confessions ?

 

Les protestants dans le Pays sont minoritaires, 30 000 personnes dans l’aire urbaine, mais le protestantisme a toujours un impact visible au Pays. Nous avons des relations historiques avec les protestants du Wurtemberg. Chaque fois qu’ils le peuvent, ils nous prêtent un pasteur pour environ deux ans comme c’est le cas actuellement. Nous avons également de bonnes relations avec l’EPCAAL, Église de la confession d’Augsbourg et avec l’ERF région Est. Nous vivons également nos différences avec l’inspection de Paris, héritière d’une Église d’ambassade suédoise. Établie au milieu du protestantisme réformé, elle a nécessairement affirmé son identité luthérienne et scandinave.

 

LP : Je vous remercie.

 

Propos recueillis par C. Fiquet

 


 

Vie de l’Église

 

L’IDENTITÉ LUTHÉRIENNE

 

Le terme luthérien fut d’abord employé par dérision par les adversaires de Luther. Jean Eck utilise pour la première fois le sobriquet en 1520. Le terme se répand rapidement et Luther se résout même à l’employer. Mais qu’est-ce qu’être luthérien ? Au moment où luthériens et réformés de France s’engagent sur la voie de l’unité, la question mérite d’être posée. Le risque serait, pour le réformé que je suis, de comparer les traditions luthériennes et réformées[i]. Le luthéranisme se définit par lui-même et non par rapport à une tradition qui en est l’héritière ! L’autre risque est de confondre le luthéranisme avec le protestantisme en général et donc de ne pas en percevoir l’originalité. Je tenterai d’éviter ces deux écueils.

 

Les fondements doctrinaux des luthériens

Au départ il y a les écrits de Luther, en particulier le Petit Catéchisme (1529). Luther jette les bases de sa doctrine : l’acceptation par Dieu de l’homme pécheur et la justification par la foi ; l’autorité de l’Écriture prééminente par rapport à la tradition et à la hiérarchie ; le salut par la grâce ; le sacerdoce universel ; la place centrale de la prédication ; la valorisation du culte et des sacrements…Martin Luther devant la frauenkirche reconstruite (Dresde). Les pierres noires ont été récupérées sur l'édifice originel.

Pourtant ces écrits ne sont pas les seules références des Églises luthériennes. Il faut y ajouter les trois symboles de foi dits œcuméniques : le Symbole de Nicée-Constantinople (381), le Symbole des Apôtres et le Symbole d'Athanase. En reprenant ces symboles, les Églises luthériennes voulaient manifester leur fidélité à l'Église ancienne et à l'Église universelle. Dès l’origine les luthériens prouvaient ainsi qu’ils n’étaient ni hérétiques, ni schismatiques, qu’ils ne voulaient pas créer une nouvelle Église mais voulaient réformer celle qui existait. Pour eux, l’histoire de l’Église ne débute donc pas avec la Réforme mais lui est bien antérieure. L’unité de l’Église est un objectif pour les luthériens, qui sont très présents dans le mouvement œcuménique.

La tradition luthérienne trouve aussi son expression dans des confessions de foi, en particulier la confession de foi d’Augsbourg dont beaucoup d’Églises se réclament. Cette confession de foi reprend les grandes lignes de la doctrine de Luther et ajoute les « Articles qui sont l'objet d'un désaccord ». La confession a été rédigée en 1530 par Philip Melanchthon, bras droit de Luther. Or Melanchthon apporte des nuances à la doctrine de Luther, en valorisant la place des pasteurs et des enseignants, ce qui atténue le principe du sacerdoce universel, en posant la question de la place des œuvres devenues signes extérieurs de la sanctification (la foi doit porter de bons fruits), en ayant des conceptions plus spirituelles de la présence réelle dans la Cène… La Formule de Concorde de 1580 établit l'orthodoxie luthérienne pour des siècles…

 

Au début, la religion du prince

Les princes ont joué un rôle déterminant dans l’essor du luthéranisme. Ainsi Luther a bénéficié de la protection du prince-électeur de Saxe, Jean-Frédéric dit le Magnanime. Les conversions des rois du Danemark et de la Suède ont permis l’essor de la réforme luthérienne en Scandinavie. À l’issue de la guerre dite de la ligue de Smalkalde (1546-1555), l’empereur Charles Quint reconnaît à chaque prince allemand le droit d'imposer dans ses États la religion de son choix, selon le principe cujus regio, ejus religio (tel prince, telle religion). Le nord et l’est de l’Allemagne passent au luthéranisme. Les conséquences en sont multiples. Les luthériens confièrent aux princes l'organisation des Églises et un certain rôle de surveillance. La doctrine des deux règnes insiste sur l'autonomie du temporel. Il a souvent été reproché aux luthériens leur attitude plutôt passive face aux pouvoirs politiques. Les piétistes dénoncèrent ce césaro-papisme. Aujourd’hui encore les liens avec l’État sont forts en Scandinavie : obligation pour les rois d’être luthériens, nomination des évêques par le gouvernement, impôt ecclésiastique, rôle social de l’Église, tenue de l’état-civil…

La seconde conséquence est que les luthériens sont ultra majoritaires dans ces États. Le luthéranisme est la religion établie et longtemps les autres confessions furent interdites. Le luthéranisme a favorisé la constitution d'Églises nationales soumises à l'État et l’affirmation des langues nationales.

 

Les mutations du luthéranisme

Au cours des XIXe et XXe siècles le luthéranisme s’est métamorphosé. Il a perdu sa prépondérance en Allemagne et en Scandinavie. Le XIXe siècle fut celui des mouvements du Réveil luthérien et de la constitution d'Églises libres (méthodistes, baptistes, etc.). De plus il ne faut pas se laisser abuser par les chiffres. Le fort pourcentage de luthériens en Scandinavie cache une forte déchristianisation. Ainsi si 80 % des Suédois appartiennent à l'Église luthérienne, on estime que seuls 2 % sont pratiquants. Dans ce pays un processus de séparation de l’Église et de l’État a abouti en l’an 2000. L’Église luthérienne n’est plus Église d’État, mais une communauté religieuse parmi d’autres !

L’émigration allemande et scandinave est à l’origine des Églises luthériennes des Amériques. De même le mouvement missionnaire a donné naissance aux Églises luthériennes d’Afrique, d’Asie et du Pacifique. Il y a aujourd’hui presque autant de luthériens hors d’Europe qu’en Europe. Ces nouvelles Églises ne sont plus des Églises d’État multitudinistes, mais des Églises libres, indépendantes et minoritaires.

Les luthériens sont entrés dans un processus de rapprochement avec les autres protestants. Après la dernière guerre mondiale, l'Evangelische Kirche in Deutschland (EKD) fondée en 1948 à Eisenach, réunit les Églises luthériennes, réformées et unies. Depuis 1973, en Europe, réformés et luthériens vivent en pleine communion ecclésiale à la suite de l'accord théologique de la "Concorde de Leuenberg". Le processus d’union a abouti en Alsace et vient d’être lancé en France (dite de l’intérieur). Le rapprochement entre ERF et EELF s’inscrit donc dans un contexte qui dépasse l’hexagone…

 

Éric Deheunynck



[i] Les calvinistes affirment que, dans la Cène, la présence réelle du Christ est spirituelle tandis que les luthériens affirment la présence matérielle et spirituelle ou consubstantiation. Les luthériens récusent la double prédestination calviniste. Ils accordent un intérêt pédagogique aux images…

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

de la Chaise 12/05/2015 08:56

Mais quelles conneries ces religions...Il ne faut pas en avoir beaucoup dans le ciboulot pour croire et faire croire à toutes ces âneries. Croire en Dieu au fond de soi passe, mais croire à la substantiation, à la crucifixion d'un prétendu messie (qui n'a amené que des guerres) , et autre immenses conneries inventées par des politiques pour manipuler les faibles, etc.... C'est (dangereuses) foutaises et compagnie !!