Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

pauvreté(s) (juin 2007)

24 Février 2009 , Rédigé par Liensprotestants Publié dans #2007

Éditorial

 

Pauvreté(s)

 

 

Ces dernières années la pauvreté a progressé en France. L’afflux record aux Restos du cœur, le concept de travailleurs pauvres et le nombre grandissant de RMIstes sont des signes de la paupérisation de certains Français, phénomène souvent synonyme d’exclusion. La diaconie et nos œuvres ont un rôle à jouer dans l’aide aux plus démunis. Nous sommes donc amenés à lutter contre la pauvreté, mais dans le même temps le Christ nous invite à nous séparer de nos richesses pour une pauvreté évangélique. Ce simple constat doit nous rappeler que le mot « pauvreté » est riche de sens et qu’il n’est pas si facile à définir. À partir de quel moment quelqu’un est-il pauvre ? La pauvreté est-elle un état d’esprit ou une situation de dénuement ? Le mot a des sens multiples qui s’additionnent plus qu’ils ne se contredisent !

La pauvreté peut être subie, comme celle des chômeurs, comme elle peut être choisie, comme celle du moine[1]. La pauvreté peut être matérielle, et c’est celle que l’on dénonce facilement, mais elle peut être aussi relationnelle, intellectuelle, morale, humaine.

La pauvreté est donc relative et ambivalente. Un pauvre en France peut paraître riche ailleurs. Un riche matériellement peut être pauvre humainement. Ce numéro vise à aborder les différentes facettes de la question, en particulier les facettes sociale et religieuse.

 

Bonne lecture à tous.

 

LP


[1] Beaucoup d’ordres appliquent le vœu de pauvreté.


SOMMAIRE
Etre ou avoir ? (en ligne)
La pauvreté évangélique
Rencontre avec Joaquim Dassonville
Une matinée ordinaire à l'entraide (en ligne)
A la découverte de l'aide alimentaire
Lettre à Philémon aujourd'hui



Réflexion

Être ou avoir ?

 

La pauvreté… faut-il la rechercher ou faut-il la fuir ? Faut-il s’y vouer ou faut-il lutter contre elle ? La pauvreté est de ces choses dont on dit tout et son contraire. On prône la pauvreté évangélique mais on met aussi en place des campagnes de lutte contre la pauvreté.

            C’est sans doute parce qu’elle désigne les formes les plus diverses de dénuement qu’on peut en parler de façon si contrastée : est dit « pauvre » ce qui manque de quelque chose ; il peut s’agir d’un sol qui n’a pas les ressources pour fructifier, d’une langue qui n’a pas les mots pour s’exprimer, d’une imagination qui ne produit rien d’original, d’un homme ou d’une famille qui survit péniblement…  L’adjectif « pauvre » s’attribue donc à bien des réalités et c’est toujours pour signifier que quelque chose manque à cette réalité.

Il faut pourtant faire des distinctions car tous les manques n’ont pas la même portée ; il y a une pauvreté qu’on peut dire « radicale », c’est celle qui manque de l’essentiel et une pauvreté relative qui n’est, elle, que manque du superflu.

Un sol auquel manque l’eau est radicalement pauvre car rien ne peut y pousser et il perd sa fonction nourricière, un être humain à qui manque la nourriture est radicalement pauvre car il ne peut plus vivre. Nous avons inventé le concept de « grande pauvreté » pour spécifier cette pauvreté absolue qui est absence du minimum vital. Cette pauvreté-là n’a rien d’enviable et on voit mal comment on pourrait en faire l’éloge, elle est la pauvreté du figuier stérile, celui dont les jours sont comptés. Personne ne la choisit, personne ne fait vœu d’y vivre. Quand le dénuement se fait indigence et misère, on le subit, on ne le choisit pas.

Ce n’est pas à cette forme de pauvreté que se vouent ceux qui entrent dans la vie monacale, ce n’est pas à elle que Jésus invite le jeune homme riche. La pauvreté choisie est certes privation et renoncement, elle est surtout mise en commun et partage des biens disponibles. Il faut une bien grande force de caractère pour se déposséder du superflu, pour renoncer à posséder quelque chose en propre. Le moine mendiant dispose de ressources morales et psychologiques peu communes pour s’en remettre à la générosité d’autrui pour sa survie. Les pauvres par décision sont donc en vérité très riches. Ils n’ont pas besoin d’avoir pour se savoir être.

Inversement le désir de richesse est souvent la marque d’une grande pauvreté, il est l’espoir d’une compensation d’un déficit d’être par l’accumulation de l’avoir. Point besoin de grandes connaissances psychologiques pour comprendre que le désir de posséder est la réponse illusoire par laquelle on imagine réparer les blessures de la vie.

Être et avoir sont les deux premiers verbes que tout enfant apprend à conjuguer. Comment les conjuguons-nous ?

Ne sommes-nous que ce que nous avons ? Les riches de ce monde se définissent ainsi. « Dis-moi combien tu pèses en kilo dollars et je te dirai qui tu es » est leur devise. Ayant beaucoup, ils sont très pauvres.

N’avons-nous que le nécessaire pour être ? Les vrais riches se définissent ainsi. Étant pleinement, ils n’éprouvent pas le besoin d’avoir beaucoup.

Méfions-nous des confusions. La pauvreté que vantent les Béatitudes n’est pas la précarité et ce n’est pas toute richesse que condamne le Sermon sur la Montagne. « Ne vous amassez pas des richesses dans ce monde » car « vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » nous dit l’Évangile de Matthieu (6,19 et 24), c’est le règne de l’avoir qui est condamné, le monde de la cumulation, celui des pertes et profits. « Là où sont tes richesses, là aussi est ton cœur », « préoccupez-vous d’abord du royaume de Dieu et de la vie juste qu’il demande et Dieu vous accordera aussi tout le reste » lit-on aussi dans le même Évangile (6,21 et 33), c’est le règne de l’être auquel nous sommes invités. 

 

 

Sylvie Queval



Témoignage

Pauvreté

Une matinée ordinaire à l’Entraide.

 

Ce jeudi, nous arrivons à la Solidarité. L’équipe est déjà là, les uns actifs à la cuisine et les autres occupés à servir le café et le pain. Un petit signe de reconnaissance, de sympathie, et nous voilà aussi dans la course.

De table en table, certains « habitués » nous connaissent bien et nous serrent la main, parfois d’autres nous pressent sur le cœur. Quelques mots échangés nous permettent de prendre la température et, le cas échéant, de nous asseoir en leur compagnie. Lancer la conversation si l’humeur s’y prête, et surtout écouter, voilà qui nous paraît tacitement primordial.

Si l’humeur est favorable, en effet, car certaines personnes se trouvent parfois murées dans un sentiment de solitude. Ce besoin de considération, et tout simplement d’existence aux yeux des autres, s’avère capital.

L’un, les mains violacées, explique comment il a passé la nuit allongé entre les deux étages d’un garage collectif, une ficelle attachée d’une extrémité à sa main et reliée à l’autre extrémité à son vélo, par crainte de se le faire voler. Un autre comment, à longueur de jour, il trimballe son caddie contenant ses affaires personnelles et sa précieuse guitare qui lui permet de gagner quelques pièces en ce jour de marché. Un autre encore raconte ses ennuis afin de rester « au chaud » dans le squat qu’il partage avec des copains, et leur déconvenue lorsqu’ils se sont vus contraints, ce matin, de sortir par la fenêtre, la porte de sortie ayant été clouée dans la nuit !

On pourrait continuer ainsi et parler des exemples de gens enfoncés dans leurs problèmes et essayant de garder leur dignité envers et contre tout. Ajoutons le nombre croissant de femmes et de jeunes avec leurs problèmes dramatiques de précarité. Sans parler de ceux qui, par souci d’autoprotection, prétendent avoir choisi la rue. Mais comment vivre dans la rue, sans intimité, comme une ombre, et fuir le regard de ceux qui vous « ignorent », comment se laver, manger et passer ses journées dans un temps qui n’a plus de sens ? Seule une carapace vous permettra de fuir les émotions destructrices…

Tous nos cas, heureusement, ne sont  pas aussi dramatiques mais beaucoup sont dans un état précaire. Ne noircissons pas cependant trop le tableau et reconnaissons qu’on aime se retrouver ensemble dans une ambiance de fraternité, de partage, et qu’on y revient volontiers. Ne sommes-nous pas tous du même bois ! Certains le disent en toute simplicité et cherchent les motivations de l’équipe. On s’inquiète gentiment de vous, de votre santé, si vous étiez absent la fois précédente. Il nous arrive d’entendre « qu’on ne vit pas de pain seulement », et cela donne comme une connotation spirituelle à notre action.

À nous de prendre conscience de la portée de l’échange réciproque et, en tant que citoyens d’une société mercantile, de convaincre tout un chacun que la lutte contre les exclusions, la solidarité et le partage sont affaire de tous, seuls ou en collectivité, sans attendre les applications problématiques d’une loi hâtivement votée en période électorale...

 

Marianne et Roger Amédro

 

lettre de remerciement à Roger

 

À travers les lignes de ton message, je vois les séances du petit déjeuner du jeudi et du dimanche, je vous vois avec votre femme et les autres bénévoles vous activant sans relâche, ni fatigue, ni lassitude autour des tables, servant le café, le pain par-ci, le beurre et la confiture par-là, mais ce qui est à mes yeux plus important, vous transmettez la chaleur humaine qui va droit au cœur à travers un mot gentil c'est un sourire amical, ce que vous faites est admirable, certains que ces gestes redonnent de l'espoir et de la dignité à tous ces démunis. Aider autrui, soulager sa souffrance, partager ses peines, c'est ce qui donne un sens à la vie. Continuez ce travail d'entraide, ça permet à beaucoup de personnes de se sentir comme les autres. Je te remercie, Roger, pour ce message de soutien et de réconfort, ça me permettra de rebondir à coup sûr. Bien amicalement à vous, à votre femme.

Abdel,

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article