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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Protestants et politique (mai 2007)

24 Février 2009 , Rédigé par Liensprotestants Publié dans #2007

Éditorial

 

Protestants et politique

 

 

La place des protestants en politique est aussi discrète et réelle que celle de Sully[1] devant la palais Bourbon[2] ! Mais qu’entendons-nous par politique ? Au féminin, le terme désigne une activité au service de la cité, c’est-à-dire d’une société humaine organisée. Au masculin, il désigne l’homme, le citoyen qui s’y livre, en général à l’échelle de l’État ou d’une collectivité territoriale. Parler de politique, c’est autant parler de pouvoir que de service rendu dans la cité, d’engagement des citoyens que de pouvoir délégué par eux à des représentants élus…

La question des relations entre politique et protestants donnera des réponses diverses du fait même des sens multiples du mot politique. Ainsi nous nous poserons la question de la place des protestants dans la vie politique. La situation est bien différente entre le protestant laïc de France et celui d’Irlande du nord. Comment votent-ils ? Même en France la réponse variera suivant que l’on se place dans les Cévennes ou en Alsace ! Nous poserons également la question de la place des Églises dans le débat public comme la FPF a voulu le faire lors de cette campagne présidentielle. Notre dossier insistera donc sur la situation en France, sans négliger ce qui l’en est en Europe.

 

Chers concitoyens bonne lecture.

 

 

Note de la rédaction : Si vous avez besoin de précision, d’éclaircissement sur un terme ou un concept employés, n’hésitez pas à nous écrire.

 



[1] Sully fut un compagnon d’arme d’Henri de Navarre, puis son ministre des finances. Il est célèbre pour avoir réduit la dette colossale de l’État et pour son soutien à l’agriculture : « Pâturage et labourage sont les deux mamelles dont la France est alimentée, les vraies mines et trésors du Pérou ».

[2] Visible en couverture.


SOMMAIRE

Oser une parole politique (en ligne)
Comment votent les protestants français ? (en ligne)
Les protestants et la IIIème République
Les hommes politiques protestants
Les partis protestants d'Europe
Karl Barth et la politique


 

Réflexion

Oser une parole politique

 

« Les protestants français ont une responsabilité particulière concernant la laïcité. Ils ont été, à plusieurs reprises, dans leur histoire, victimes de l’intolérance politique et religieuse. Cette expérience les a conduits à devenir co-auteurs de la construction de la laïcité, lors de la laïcisation de l’école publique (1882) et de la loi de séparation des Églises et de l’État (1905) où des personnalités protestantes ont joué un rôle clef. Aujourd’hui la grande majorité des associations cultuelles créées conformément à cette loi  appartiennent aux cultes protestants. Enfin, le protestantisme est une religion laïque (il n’existe aucune distinction d’essence entre clerc et laïcs), une confession chrétienne et, en France, une minorité religieuse,  ce qui le place à un carrefour en matière de laïcité. » C’est ainsi que J. Baubérot introduit le dossier « laïcité », l’un des onze dossiers que propose la Fédération Protestante de France sur son site Internet (www.protestants.org) à l’occasion des prochaines élections présidentielles.

L’existence de ces dossiers et la réflexion de J. Baubérot invitent à une série de remarques :

 

1) L’histoire livre trop d’exemples tragiques de collusion des Églises et du politique pour que nous puissions sans méfiance donner un rôle politique aux églises. L’alliance du sabre et du goupillon, que J. Ferrat dénonçait violemment dans une chanson qui résonne sans doute encore aux oreilles de beaucoup, appartient à une époque qu’on souhaite révolue du côté des Églises chrétiennes. En France, la loi de 1905 est venue définir clairement les domaines respectifs de chacune des institutions. Cette loi – a-t-on envie de dire – « rend à César, ce qui est à César et à Dieu, ce qui est à Dieu » selon un partage qui semble clair et net : nul ne peut être empêché dans le choix de son Église, « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » (article 1) mais l’État « ne subventionne ni ne salarie aucun culte » (article 2). Dans la langue de la théorie des ensembles, on dirait que Églises et politique sont deux ensembles disjoints sans aucune partie commune.

2) Toutefois, comme le signale J.-M. de Bourqueney dans son très lumineux texte de Évangile et Liberté de mars 2007 : « L’expérience de la laïcité française, bien que largement positive, nous fait courir le risque d’une schizophrénie des convictions, qui renforce le divorce entre foi et politique. » Et c’est pour ne pas sombrer dans cette schizophrénie que la Fédération Protestante de France a décidé d’ouvrir ces onze dossiers en vue de l’élection présidentielle. Mais la prudence avec laquelle J.-A. de Clermont s’exprime en préambule est très significative de la difficulté que nous avons, nous protestants, à dire une parole politique ès qualités. J.-A. de Clermont intitule son préambule : « De quoi se mêlent les Églises ? » et l’ouvre par la série de questions suivantes qui véhiculent très certainement nos doutes et hésitations quand il s’agit d’oser énoncer un jugement politique du point de vue de la foi : « N’est-ce pas à chaque chrétien, personnellement, de participer aux débats de société ? La laïcité n’impose-t-elle pas aux Eglises un devoir de réserve ? En prenant publiquement la parole ne favorisent-elles pas le communautarisme ? Les convictions chrétiennes ne doivent-elles pas rester du domaine privé ?… Que n’entend-t-on pas sur ce sujet, jusqu’à l’affirmation péremptoire du Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu interprétée comme un devoir pour les croyants de se taire dès qu’il s’agit de la vie publique. »

3) Il semble que nous soyons toujours menacés de passer d’un extrême à l’autre selon une oscillation que rappelle O. Abel dans la très riche introduction des onze dossiers de la FPF : « Dès la Réforme en effet, le mandat confié au politique a varié selon les diverses présentations bibliques de "la Justice de Dieu" et de son Royaume. Sur une des limites de cette variation, le mandat politique ne consiste pas à faire le Bien ni le Bonheur des citoyens, mais plus sobrement à maintenir l'ordre le moins pire, le moins injuste possible. Sur l’autre limite, il doit exprimer la possibilité d'un "Royaume de Dieu" auquel aucun régime humain ne saurait s'égaler, et il porte ainsi le sens du possible et de la critique de l'ordre existant. En simplifiant beaucoup, on peut dire ainsi que le mandat accordé dans le monde protestant au politique oscille historiquement entre le "maintien de la cité" et la "révolution des saints", et que cette oscillation traverse intimement le protestantisme réformé, comme presque toutes les composantes du protestantisme ». Notre timidité contemporaine à dire une parole politique au nom de notre foi pourrait bien être un effet de l’excès de prudence provoqué par la peur de tomber dans un de ces excès.

4) Et pourtant, pouvons-nous nous taire sans nous faire complices de discours qu’assurément la Bonne Nouvelle réprouve ?  Il est très certainement impossible de tirer un programme politique des textes bibliques et tous les contributeurs des dossiers réunis sur le site de la FPF en tombent d’accord. Il n’est en revanche pas impossible de déduire du message chrétien la condamnation de toute politique ségrégative, étroitement nationaliste et prônant l’exclusion. Comme le note J.-M. de Bourqueney dans l’article déjà cité : « Le symbole des apôtres occulte complètement la vie de Jésus : à peine "né de la vierge Marie", le voilà qui "souffre sous Ponce Pilate" sans même lui laisser le temps de vivre, de rencontrer, de libérer, d’aimer, d’incarner Dieu dans la vie ». Une théologie de l’incarnation a nécessairement quelque chose à dire de la vie des hommes en cité.

5) La forme « dossiers en débats » semble alors une heureuse formule permettant d’ouvrir un espace de parole publique à propos de la chose publique. Les remarques finales du préambule ne laissent aucun ambiguïté sur le projet de la FPF : « La Fédération protestante de France ne roule pas pour un parti ; en revanche, elle se méfie des campagnes électorales qui passent à côté de l’essentiel, et se focalisent sur des questions purement politiciennes. Aussi propose-t-elle aux Églises locales et aux associations d’organiser des débats publics autour de sujets qu’elle juge essentiels dans notre société. » Parce que nul n’est en droit d’accaparer les Écritures pour les faire servir son programme, seule la forme du débat permet de concilier la juste séparation des Églises et de l’État et un investissement de citoyens qui sont aussi et en même temps des chrétiens.

On l’aura évidemment compris, ces quelques considérations sont une invitation à tous ceux qui en ont les moyens à consulter les pages remarquablement nourries du site de la FPF.

Sylvie Queval

 


 

Politique      

 

Comment votent les protestants français?

 

Les protestants traditionnellement à gauche ?

Les protestants ont soutenu la Révolution au moins à ses débuts (Barnave, Rabaut Saint-Étienne), la Monarchie de Juillet (Guizot) mais surtout la République et en particulier la IIIe République. Ils sont attachés à la laïcité, au suffrage universel et au régime républicain. De grands ministres des années 1880 sont protestants. Le premier gouvernement républicain formé en 1879 compte cinq ministres protestants dont le président du conseil (premier ministre) Waddington… alors que les protestants ne représentent que 2 % de la population. Un siècle plus tard, le gouvernement Mauroy, en 1981, compte un quart de protestants, les plus connus étant M. Rocard, G. Defferre, G. Dufoix…

On peut rappeler que les patrons protestants du XIXe votent à gauche quand leurs ouvriers votent à droite ! Les protestants voteraient donc plutôt à gauche. Aujourd’hui la géographie électorale peut rarement nous aider car les régions et villes majoritairement protestantes ont disparu du fait de l’exode rural et du brassage des populations. Mais les trois cantons cévenols de Lozère majoritairement  protestants sont toujours ancrés à gauche dans un département acquis à la droite. Les sondages semblent confirmer cet ancrage à gauche. Ainsi en 1988, 51 % des protestants ont voté à gauche au premier tour, tandis que 15 % des catholiques faisaient de même. On peut conclure que traditionnellement les protestants sont plutôt de gauche, d’une gauche réformiste et socialiste. Le vote communiste a toujours été rare.

 

Les protestants de plus en plus proches de la moyenne nationale

Cet ancrage à gauche semble de moins en moins vrai. S’ils sont moins à gauche que leurs aînés de 1789 ou des années Jules Ferry, c’est que la gauche et la droite ont changé !

Aujourd’hui la droite accepte l’héritage révolutionnaire, le régime républicain, la laïcité de l’école. Elle n’est plus monarchiste, ni cléricale. Inversement les valeurs de gauche sont moins politiques et plus sociales aujourd’hui. Le clivage droite-gauche a changé de nature.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, une partie de l’élite protestante rejoint la droite par nationalisme, certains rejoignent l’extrême droite de Maurras. Plus tard certains servent la France de Vichy. Après la Seconde Guerre mondiale le gaullisme et le poujadisme parviennent à s’installer dans des régions protestantes comme le Gard et l’Alsace. D’ailleurs aujourd’hui encore l’Alsace est ancrée à droite alors qu’elle est la région la plus protestante de France. L’Alsace bossue majoritairement protestante est marquée par un fort vote FN… mais cette région est fortement ouvrière et le FN est devenu le premier parti ouvrier… La droitisation des protestants du grand sud est à mettre en relation avec le vieillissement de la population (les seniors votent plutôt à droite), tandis que les jeunes des grandes agglomérations votent plutôt à gauche. Finalement l’âge et l’origine sociale influencent le vote, bien plus que l’appartenance religieuse. Le sondage de l’IFOP de décembre 2004 confirme que les protestants sont devenus des Français comme les autres ou presque ! La prime à la gauche s’explique par le poids des Verts au détriment de l’UMP. Le dernier sondage de l’IFOP d’avril 2007 indique pour la première fois que l’électorat protestant voterait plus à droite que la moyenne nationale. Il faut être prudent, l’échantillon n’est que de 395 personnes, le phénomène Bayrou perturbe le clivage droite / gauche et le bon score de Sarkozy s’accompagne d’un affaiblissement de Le Pen. Mais le simple fait qu’un institut de sondage pose la question de « la droitisation des protestants » montre que les temps ont bien changé.

 

 

Éric Deheunynck

 

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