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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Le bouddhisme et les protestants (mars 2009)

1 Mars 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2009

Éditorial

 

LE BOUDDHISME ET NOUS

 

Lors de la semaine de l’unité des chrétiens, je vis dans le temple de Lille un gong, allusion aux Églises de Corée à l’honneur cette année… Ce gong placé dans un temple peut être vu comme le symbole de la rencontre du christianisme et du bouddhisme. En effet les missions chrétiennes en Corée sont à l’origine d’Églises qui prospèrent sur une terre de tradition bouddhiste, tandis que l’Occident a vu se multiplier des lieux bouddhistes et des conversions. À l’heure de la mondialisation des religions, chrétiens et bouddhistes se côtoient de plus en plus. Ce numéro se penche sur cette rencontre. Il ne s’agit donc pas d’étudier le bouddhisme en tant que tel, même si des rappels s’imposent, mais bien notre relation au bouddhisme.

Les premières pages du dossier sont consacrées aux bases du bouddhisme de façon très succincte[1]. Nous avons ensuite laissé la parole à des protestants qui ont personnellement vécu cette rencontre. Ils tenteront de répondre aux questions suivantes : peut-on comparer, associer ou opposer Bouddha et Jésus ? Que peut nous apporter la découverte du bouddhisme ? Quels ouvrages peut-on lire sur la question ?

 

Bonne lecture à tous

 

LP



[1] En mars 1959 le dalaï-lama fuyait le Tibet. Ce triste anniversaire nous donne l’occasion de présenter ce numéro. Une page sera consacrée au bouddhisme tibétain.

SOMMAIRE
Le bouddhisme en questions
Entretien avec Frédéric Fournier (en ligne)
Jésus / Bouddha
Le Tibet et l'Occident (en ligne)
Histoire-Vocalulaire-symboles


 

Interview

 

ENTRETIEN AVEC FRÉDÉRIC FOURNIER

 

Frédéric ne nous a jamais caché sa sympathie pour ses amis bouddhistes ni sa participation à des réunions, colloques, consacrés au bouddhisme. Nous lui avons donc tout d’abord posé quelques questions :

 

LP : Pourquoi cet intérêt ? En quoi la vie et la doctrine du Bouddha peuvent-elles nous concerner ? En quoi le Bouddha peut-il être proche de nous ?

FF : C’est à mon avis le premier « protestant » de l’époque, dans la mesure où il conteste les structures religieuses de son temps et s’élève contre la mainmise des brahmanes (des prêtres) sur la vie spirituelle des peuples. Il conteste également le système des castes en affirmant l’égalité fondamentale des individus. Parmi ses disciples figurent bon nombre de dalits (intouchables) et même… de femmes. Il n’hésite pas non plus à mettre en question les sacrifices d’animaux. Ce qui le rapproche peut-être le plus d’un Luther, c’est le caractère très existentiel de sa doctrine. En effet, ce n’est pas une spéculation théologique qui a conduit Luther à prendre ses distances à l’égard du ritualisme de l’Église et de la scolastique, mais bien une expérience. Chez le Bouddha, c’est son « éveil » qui a définitivement orienté sa vie spirituelle.

 

LP : Inversement pourquoi dites-vous ne pas pouvoir adhérer au bouddhisme ? En quoi nous est-il radicalement étranger ?

FF : Tout dans le bouddhisme, méditation, acquisition de la sagesse, etc., porte la marque de la spiritualité de l’effort (des œuvres) : dans son univers dépourvu de transcendance, le salut c’est la négation, l’extinction de l’existence. Or le chrétien,  lui, a une relation personnelle avec un Dieu qui, tout en étant « tout autre », s’approche de lui, l’interpelle, se plait à lui faire grâce, et dont la création est bonne. Pour nous, le salut n’est donc pas l’anéantissement de l’existence mais sa transfiguration.

 

LP : Dans les dialogues interreligieux, on aime souligner que certaines « différences » peuvent être « enrichissantes », à votre avis, est-ce le cas ici ?

FF : Certainement : le bouddhisme met en valeur la spiritualité, la mystique.

Pour nous, une véritable relation avec le Dieu de Jésus-Christ implique un approfondissement de la vie intérieure. Je crois aussi qu’il nous faut sortir de la logique binaire, celle du tiers exclu d’Aristote (ou bien la science ou bien la religion). Il s’agit moins de compter, de concilier des contraires que de dépasser une opposition.

 

LP : Certains chrétiens croient en la réincarnation et en la possibilité d’un christianisme bouddhiste ; et vous ?

FF : Non ! Les deux univers sont radicalement différents : on ne peut pratiquer en même temps deux spiritualités qui ont chacune leur cohérence et leur spécificité. Ceci dit, je crois que nous pouvons incorporer dans notre spiritualité certains éléments d’origine bouddhiste mais en les intégrant à notre manière dans la cohérence chrétienne. Je pense à certaines pratiques méditatives qui favorisent le calme mental. En conclusion, je dirai que je suis persuadé que nous avons intérêt à nous laisser interpeller par la spiritualité bouddhiste, ne serait-ce que pour découvrir nos propres trésors, et en ayant conscience que le nirvana n’est pas le but de notre vie – ce n’est pas une nouvelle naissance !

 

 

Propos recueillis par André Wacrenier

 





Histoire

 


LE TIBET ET L’OCCIDENT

 

 

La découverte du Tibet par les Occidentaux

Bien avant les romantiques, ce sont des voyageurs occidentaux qui ont découvert le Tibet au Moyen Âge. Souvent avec surprise – sur bien des plans.

Par exemple, aux yeux du franciscain Guillaume de Rubrouck, qui parvient au Tibet en 1254, il n’y a guère de différence entre les lamas et les moines chrétiens. « Il me semble voir des moines de notre pays. Ils ont la barbe et la tête rasées. Ils portent des mitres de carton sur la tête. Ils gardent la chasteté et se trouvent ensemble cent et deux cents dans un même couvent ». Bien des hypothèses tentent d’expliquer cette ressemblance entre catholicisme et lamaïsme. Il est significatif qu’en 1738, le pape Clément XII ait fait parvenir une lettre au 7ème Dalaï–lama : « Nous avons l’espérance motivée que, par la miséricorde du Dieu infini, vous en arriverez à voir clairement que la pratique de la doctrine de l’Évangile, dont votre propre religion se rapproche beaucoup, peut conduire au bonheur d’une vie éternelle ».

 

Naissance des sociétés secrètes

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la colonisation et les découvertes archéologiques ayant porté un coup fatal au rêve oriental des romantiques, ce sont les sociétés secrètes qui reprennent le flambeau en faisant du Tibet le dernier lieu sacré de l’humanité. Tentant de dépasser l’opposition typiquement occidentale entre savoir et foi, science et religion, les cercles ésotériques se tournent vers le spiritisme et ce qu’ils prétendent être les enseignements cachés du bouddhisme, du tantrisme en particulier.

Les pays où domine le protestantisme sont loin d’être les derniers à donner naissance à ces sociétés secrètes. Par exemple, c’est à New York qu’est fondée en 1875 la Société théosophique par le colonel Olcott et une médium russe, Helena Blavatsky. Les spécialistes ont beau démontrer l’inanité des nouvelles révélations, le succès des livres ésotériques ne se dément pas tout au long du XXe siècle. Dans les années 60, avec l’invasion chinoise (octobre 1950) et la fuite du Dalaï-lama en Inde (mars 1959), la véritable spiritualité tibétaine, elle, semble condamnée à disparaître de la surface de la terre.

 

Une terre d’asile inespérée : l’Occident

Certains lamas gagnent l’Occident. Or leur exil coïncide avec une crise de la société occidentale qui y favorise l’expansion du bouddhisme : les contestataires de la société de consommation qui refusent la sexualité débridée, l’usage de la drogue etc., se tournent parfois vers cette spiritualité qui leur promet ce qui fait défaut à notre monde rationnel et technique : le calme, la paix, la maîtrise du monde intérieur, « la connaissance des forces cachées de l’âme humaine » dit Anagarita Govinda dans son livre le plus célèbre : Les fondements de la mystique tibétaine (1956). Des réalisateurs de télévision contribuent également à la diffusion du bouddhisme en Occident, un Arnaud Desjardin, par exemple, à qui le Dalaï-lama permet de filmer, en 1966, des cérémonies initiatiques ordinairement secrètes. Le film enthousiasme téléspectateurs et journalistes. « Les Tibétains n’ont pas besoin de tranquillisants : leur religion leur assure la paix et le bonheur » titre l’Express, en consacrant une longue enquête sur le sujet[1]. De jeunes Français, comme Matthieu Ricard, prendront alors la route de l’Himalaya. Dans cette expansion du bouddhisme tibétain, le fait le plus révélateur est peut-être la création de centres spirituels, d’ashrams, en Occident à partir des années 1970, d’abord par de jeunes Tibétains venus pour apprendre l’anglais et pour se cultiver, puis par de véritables lamas. 

En France c’est surtout en Dordogne que viendront s’installer bien des maîtres tibétains authentiques. N’oublions pas, pour terminer, que la personnalité du Dalaï-Lama, sa spiritualité non-violente ne sont pas non plus étrangères à la sympathie qu’éprouvent bien des Occidentaux pour le bouddhisme tibétain. C’est cette spiritualité au cœur de leur identité qui a permis, et permet encore aux Tibétains de résister à l’idéologie de Pékin et d’être, malgré certaines réserves, appréciée en Occident.

 

Pour approfondir le sujet, nous recommandons vivement le livre de Frédéric Lenoir, – dont cet article s’est inspiré.

 

André Wacrenier



[1] Frédéric Lenoir, 2008, Tibet, le moment de vérité, Plon, page 199

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