Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Dieu dans l'Ancien Testament (Exode 17 ; Genèse 22)

24 Mars 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #Prédications - homélies

 

 

Éditorial

 

Dieu dans l'Ancien Testament,

  

Réunir pour ce recueil trois prédications sur un passage de l'Ancien Testament, n'a pas été chose facile. Ces textes sont souvent ardus et rebutent le prédicateur. La distance historique, conceptuelle, culturelle qui nous sépare de l'Ancien Testament est grande. Le Dieu de l'Ancien Testament jugé, coléreux, violent, sexiste, ne nous convient guère. Nous lui préférons le Dieu d'amour et d'humilité du Nouveau Testament.  Pourtant il s'agit du même Dieu! Ce sont les témoins et les témoignages qui changent! Ce numéro vous invite à redécouvrir à travers ces témoignages  non le Dieu de l'Ancien Testament mais Dieu dans l'Ancien Testament.

- Le Dieu d'Elie qui se révèle non par la puissance mais dans le souffle d'un bruissement ténu.

- Le Dieu d'Abraham qui nous paraît incompréhensible lorsqu'il demande au père de sacrifier son fils!

- Le Dieu de Moïse, bien sévère lorsqu'il condamne son peuple à errer quarante ans dans le désert.

Au delà de notre surprise, de notre incompréhension, ce sont d'autres visages de Dieu qui s'offrent à nous, pour peu que l'on franchisse la distance historique et culturelle qui nous sépare des textes de l'Ancien Testament.

 

Bonne lecture à tous,

 

PP

 


 L’eau jaillit du rocher  à Massa et Mériba

 

Exode 17, 1-7


Toute l'assemblée des enfants d'Israël partit du désert de Sin, selon les marches que l'Éternel leur avait ordonnées; et ils campèrent à Rephidim, où le peuple ne trouva point d'eau à boire.
Alors le peuple chercha querelle à Moïse. Ils dirent: Donnez-nous de l'eau à boire. Moïse leur répondit: Pourquoi me cherchez-vous querelle? Pourquoi tentez-vous l'Éternel? Le peuple était là, pressé par la soif, et murmurait contre Moïse. Il disait: Pourquoi nous as-tu fait monter hors d'Égypte, pour me faire mourir de soif avec mes enfants et mes troupeaux? Moïse cria à l'Éternel, en disant: Que ferai-je à ce peuple? Encore un peu, et ils me lapideront. 'Éternel dit à Moïse: Passe devant le peuple, et prends avec toi des anciens d'Israël; prends aussi dans ta main ta verge avec laquelle tu as frappé le fleuve, et marche! Voici, je me tiendrai devant toi sur le rocher d'Horeb; tu frapperas le rocher, et il en sortira de l'eau, et le peuple boira. Et Moïse fit ainsi, aux yeux des anciens d'Israël. Il donna à ce lieu le nom de Massa et Meriba, parce que les enfants d'Israël avaient contesté, et parce qu'ils avaient tenté l'Éternel, en disant: L'Éternel est-il au milieu de nous, ou n'y est-il pas? Exode 17




Vous avez peut-être en mémoire ces mots du chanteur Renaud : on reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait lorsqu’il s'en va. Comme si nous fallait faire l'expérience de la privation pour goûter la saveur des choses.
Je me rappelle un voyage en Israël durant l'été 1999. Après plusieurs mois de sécheresse, l'une des deux principales sources d'eau du pays, le lac de Galilée, était au plus bas. Chaque jour, aux actualités nationales, son niveau était communiqué aux Israéliens qui savent tous que la vie et la paix sont liées à cette question. Je me souviens aussi, dans le courant de cet été caniculaire de 2003, comment les actualités nationales nous expliquaient que nos sources d'eau naturelle étaient encore loin d'être taries, comme si déjà nous avions besoin d'être rassurés sur la question.
On comprend l'importance capitale de cette eau dans la Bible en général et dans cette période de la traversée du désert en particulier. À Mara (Ex 15,24) , Moïse avait déjà transformé les eaux amères en eaux douces, et la mystique juive se plaît à croire que ces eaux douces n'ont jamais manqué au peuple hébreu, le suivant au gré de ses pérégrinations, comme si le seigneur poursuivait son peuple de sa grâce. Notre lecture nous rappelle que l'Éternel pourvoit aux besoins de son peuple, il veille à ce qui lui est hautement indispensable. Et devant la fidélité du seigneur qui ne tarit pas, on comprendra la sévérité divine dans le livre des Nombres (Nb 20), quand à Mériba, alors qu'il manque une fois encore de cette eau si précieuse, le peuple murmure contre ses conducteurs et contre son Dieu. Moïse fait jaillir l'eau (église Sainte-Elisabeth Paris 03)

Devant le doute que semblent éprouver Moïse et Aaron (Nb 20,10), l'Éternel répond par des paroles bien douloureuses « à cause de cela, vous ne mènerez à cette assemblée dans le pays que je lui donne ». Le lecteur moderne jugera cette sanction bien forte, trop peut-être, mais qui doit sonner en nos coeurs comme un avertissement plein de bienveillance, à savoir que pour avancer dans les projets que Dieu nous donne de rêver, il faut toujours nous rappeler avec reconnaissance de ce qu'il a déjà donné. Ce n'est pas le doute qui est ici condamné, mais le scepticisme là où le seigneur a été si généreux, si fidèle. Mon âme, bénis l'Éternel, et n'oublie aucun de ses bienfaits... Ps 103,2.

Aujourd'hui encore, le peuple a soif ! Il demande, exige, supplie. Il y a du conflit dans l'air : murmure dans les couloirs, prises à partie publiques... On se croirait dans un synode ! Et devant ses murmures, nous devons constater que Moïse n'a pas de solution. D'ailleurs sa réponse n'en n'est pas une. Moïse est sur la défensive. Il se sent pris à partie, menacé même : ils sont sur le point de me tuer ! (dit-il au Seigneur au verset 4). Une fois de plus, c'est le face-à-face entre Moïse et le peuple du Seigneur comme si l’un et l'autre n'étaient pas liés par un même destin.

Un face-à-face que la Bible interprète en la défaveur du peuple hébreu. Dans son testament (Deut 6,16), Moïse exhorte les enfants de Jacob a ne plus tenter le Seigneur comme ils le firent à Massa et Mériba. Le Seigneur ne peut être forcé, contraint par la main de l'homme. Oui mais, toujours dans la Bible, en Malachie 3,10, le Seigneur demande son peuple de le mettre à l'épreuve : Mettez-moi à l'épreuve, et vous verrez si je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux . Dieu veut être éprouvé, pour le dire d'une manière plus audible, il veut que son peuple fasse l'expérience de sa fidélité. Aussi, les murmures d'Israël ne me heurtent pas. Chacun de nous, dans son cheminement avec le Seigneur, a pu se croire abandonné de lui. Mais, quand nous lui crions notre désespoir et implorons son secours, d'une certaine manière nous l’éprouvons, et plus sûrement, nous nous attachons encore à celui qui a les paroles de vie (Jn5).

La réaction de Moïse nous surprendra davantage. Moïse qui désespère, qui se sent menacé, et redoute même de mourir. La crainte plus générale du serviteur de Dieu, du prophète de l'Éternel qui doute d'avoir quelque chose à donner au peuple. C'est à Moïse que le peuple réclame cette eau si précieuse, alors qu'il n'a rien à leur offrir. Moïse, lui aussi, est dans l'impasse, lui aussi lutte avec ses doutes, lui aussi est acculé au défi de la foi. Il peut connaître le Seigneur, entretenir avec lui une relation d'une grande intimité lorsqu'il se tient sur la montagne, mais sitôt descendu, il partage à nouveau l'humanité et la fragilité du peuple de Dieu tout entier.

Avec une différence cependant. Son désespoir ne l'accule pas à une impasse mais à un défi. Un défi qui le retourne vers le Seigneur. C'est devant lui qu'il s’épanche, et crie, jusqu'à ce que la réponse divine le délivre de ses craintes. Avec cette verge dont il s'est servi devant Pharaon pour manifester la puissance de l'Éternel, Moïse doit frapper le rocher, celui-ci, le plus proche, et de ce rocher l'eau jaillit avec un naturel qui remplit de confusion tous ceux qui ont pu douter de l'Éternel.

Quelle surprise, l'eau était là, toute proche. Tous se voyaient morts alors que Dieu avait déjà tout donné. Moïse est peut-être semblable à tous les autres juifs, et nous-mêmes sommes si semblables au peuple de Dieu, lorsque nous nous sentons menacés nous sommes prompts à désespérer et à rejeter sur le Seigneur nos difficultés. Mais la gloire de Moïse, c'est d'avoir tenu son coeur à l'écoute de Dieu, même dans l'épreuve, et d'avoir ainsi reconnu, lui d'abord, où était le don de Dieu.

Dieu fait grâce, mais cette grâce a besoin d'être reconnue pour être accueillie. Dieu fait grâce, Dieu veut donner abondamment et gratuitement, son amour, son pardon, ses dons. Mais ce que Dieu donne doit être révélé à nos coeurs. La gratuité du Seigneur n'est pas celle des centres commerciaux. Quand on vous y offre quelque chose, généralement c'est sans valeur, ou alors il y a un piège derrière, on veut vous vendre plus. La gratuité avec le Seigneur, c'est ce qu'il y a de plus précieux : Dieu donne aux hommes gratuitement ce qu'il y a de meilleur pour eux, parce qu'il aime son peuple. Mais il appartient justement au peuple de Dieu de reconnaître ce que Dieu donne de beau et de bon, de le mettre en relief, de le faire valoir. On ne met pas la lumière sous le boisseau, dit Jésus. On ne laisse pas à l'eau vive sous terre.

Comme il me plaît se Moïse qui frappe ce rocher ! Cet homme à part entier qui partage les craintes d'Israël, mais qui ne se laisse pas submerger par elles. Il lutte contre cette réalité : contre l'évidente avidité de cette terre. Il lutte jusqu'à ce que la grâce jaillisse avec abondance pour le peuple tout entier. C’est Moïse qui lutte envers et contre tout, jusqu'à ce que tous puissent reconnaître et profiter de la grâce de Dieu, déjà là.

Comme Israël, nous, Église du Christ, nous sommes un peuple migrant sur cette terre. Comme Israël, sur notre route nous partageons le même combat de la foi : reconnaître la présence du Seigneur malgré les difficultés de la vie, la reconnaître comme ce qui nous est offert de plus précieux et nous attacher à elle. Le Seigneur demeure présent à nos côtés par le Saint-Esprit et il n'est pas étonnant que Jésus, à la suite du prophète Ésaïe, ait justement associé cette eau à la promesse de ce qui doit être le plus précieux pour nous aujourd'hui, le ton du Saint-Esprit.

Sur cette route, entre grande délivrance et terre promise, entre Golgotha et Royaume de Dieu, Moïse doit demeurer en nos mémoires comme un exemple, celui d'un homme avec toutes ses fragilités mais qui s'attache à la parole de Dieu et s'obstine contre ce rocher, contre la dure réalité jusqu'à ce que la grâce du Seigneur puisse être reconnue et accueillie par le peuple tout entier. Cette obstination, c’est l’attitude de l'amour. Aujourd'hui encore, de nombreux rochers obstruent la source, font obstacle à la pleine reconnaissance des dons de Dieu. La vocation de l'Église, c'est d’être prophétique, d’oeuvrer contre les puissances de mort et de manifester l'amour de Dieu pour qu'il soit reconnu de tous.

Amen.



DIEU EST-IL COMPRÉHENSIBLE ?

 


TEXTE BIBLIQUE GENESE 22
1 Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici ! 2 Dieu dit : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. 3  Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l'holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit. 4 Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin. 5 Et Abraham dit à ses serviteurs: Restez ici avec l'âne; moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous. 6 Abraham prit le bois pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et il marchèrent tous deux ensemble. 7 Alors Isaac, parlant à Abraham, son père, dit: Mon père! Et il répondit: Me voici, mon fils! Isaac reprit: Voici le feu et le bois; mais où est l'agneau pour l'holocauste ? 8 Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble. 9 Lorsqu'ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l'autel, par-dessus le bois. 10 Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. 11 Alors l'ange de l'Éternel l'appela des cieux, et dit: Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici ! 12  L'ange dit: N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. 13 Abraham leva les yeux, et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier, et l'offrit en holocauste à la place de son fils. 14 Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova Jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui: A la montagne de l'Éternel il sera pourvu. 15 L'ange de l'Éternel appela une seconde fois Abraham des cieux, 16 et dit: Je le jure par moi-même, parole de l'Éternel! parce que tu as fais cela, et que tu n'as pas refusé ton fils, ton unique, 17 je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. 18 Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix.



INTRODUCTIONAbraham sacrifiant Isaac (cathédrale d'Amiens)

Nous voici aujourd’hui devant un texte majeur pour les trois monothéismes : judaïsme, christianisme et islam : En effet, la tradition juive parle de ligature d’Isaac puisque l’adolescent est lié pour être sacrifié. Abraham, le premier des patriarches, le père du peuple juif doit renoncer à Isaac, l’héritier de l’alliance, le fils de la promesse. Le christianisme a appelé ce passage le « sacrifice d’Isaac » et l’a mis en parallèle avec le sacrifice d‘un autre fils… le christ. Quant à l’islam, la figure d’Abraham, appelé Ibrahim, est pour lui exemplaire puisqu’il fait preuve d’une obéissance totale à Dieu… Le musulman n’est-il pas étymologiquement celui qui se soumet à Dieu ? C’est d’ailleurs du mont Morrya, lieu de l’épreuve d’Abraham, que le prophète s’est élevé vers les cieux d’après la tradition musulmane. Texte majeur pour les trois monothéismes mais texte qui nous met mal à l’aise ! Voilà un passage difficile à comprendre pour nous… voilà un dieu difficile à saisir… Dieu est-il compréhensible ? C’est la question que me pose ce texte.

 

UN TEXTE CHOQUANT


Première lecture !

Reprenons ce passage, que nous appelons sacrifice d’Isaac même si Isaac n’y est pas sacrifié… reprenons-le tel qu’on l’imagine : L’affaire paraît claire. Dieu demande à Abraham pour le mettre à l’épreuve de lui immoler son fils unique Isaac. Celui-ci dans une parfaite obéissance à l’ordre divin s’apprête donc à égorger ce fils sur un autel, en haut d’une montagne. Alors Dieu arrête la main d’Abraham : l’intention suffisait ; Dieu sait maintenant combien Abraham lui est soumis. Et les commentateurs de faire l’éloge de la foi d’Abraham ! Cette lecture du texte qui paraît évidente, nous met mal à l’aise devant Abraham et devant Dieu !


Un texte qui nous met mal à l’aise !

Que penser de ce père prêt à sacrifier son fils ! Voilà un bien étrange amour ! Que penser des silences d’Abraham qui ne révèle ni à Isaac ni à ses serviteurs ses véritables intentions ? Que penser d’un texte qui accorde une grande place aux actes et si peu aux sentiments ? Ton unique nous dit le texte c’est-à-dire ton préféré, ton plus cher et pourtant Abraham doit renoncer à ce fils qui incarne son futur ! Quant à Dieu, pourquoi joue-t-il de la sorte avec ses créatures ? Il sait qu’Abraham avait demandé et désiré cet enfant et pourtant il lui demande de le sacrifier ! L’enfant de la promesse, celui qui doit assurer à Abraham sa descendance, lui qui est censé devenir le père d’une multitude ! Pourquoi Dieu demande-t-il cela ? Dieu est-il compréhensible ? La question reste entière.

 

UN SACRIFICE ?

Je pense que le sacrifice est l’élément qui fait écran, qui nous empêche de saisir le sens de ce texte…


Le sacrifice d’enfant, étranger au judaïsme

Une première lecture de ce passage a consisté à voir un récit de sacrifice. Certains théologiens y ont même vu la fin du sacrifice humain remplacé par un sacrifice d’animal. Cela paraît simple à comprendre avec ce texte mais… le judaïsme n’a jamais autorisé le sacrifice humain ! Le deutéronome le condamne clairement ! Les prophètes aussi ! Seuls les mauvais rois ont sacrifié leur premier né ! Seuls deux passages tardifs nous présentent des israélites sacrifiant leur enfant : Abraham et Jephté. Sur ce point Israël s’est distingué de ses voisins dès l’origine ! Cela veut dire que le lecteur juif fut autant scandalisé que nous par cette histoire !


Un défi théologique ancien

Très tôt les rabbins ont interprété l’ordre de sacrifier Isaac comme n’étant pas de Dieu mais de satan.  Une autre interprétation juive fait intervenir le diable mais pour empêcher Abraham d’obéir.  Le Satan aurait confronté Abraham à une citation biblique Gn 9,6 : «  qui versera le sang de l’homme, par l’homme verra son sang versé ». Ceci montre bien que les rabbins avaient conscience du problème théologique posé par l’ordre divin ! Plus récemment une psychanalyste a lu ce texte comme un malentendu entre Abraham et Dieu. Faire un sacrifice c’est littéralement en hébreu faire monter car en brûlant l’animal sacrifié la fumée monte vers dieu. Il y aurait donc un quiproquo puisque dieu demande à Abraham de faire monter son fils sur la montagne et non de le sacrifier !

Le sacrifice comme procédé littéraire
Et si le sacrifice n’était qu’un procédé littéraire ! Vous avez remarqué que le lecteur en  sait plus qu’Abraham puisque le narrateur dès le départ précise l’intention de Dieu. Le lecteur se trouve ainsi devant une tension dramatique particulière, puisqu’il ne peut communiquer au personnage principal ce qu’il sait déjà. C’est d’ailleurs un procédé souvent utilisé dans les films à suspens. Le spectateur connaît le vrai coupable mais ne peut intervenir pour prévenir le héros parfois soupçonné à tort.

L’intérêt n’est donc pas de savoir si le récit est historique mais de saisir l’effet du récit sur le lecteur. Ce qui va être fait ne peut pas, ne doit pas être fait à nos yeux de lecteurs modernes mais aussi pour un juif de l’époque. Ce sacrifice plus qu’une pratique courante est donc un procédé littéraire qui accentue le côté inacceptable de ce qui va arriver. La technique semble bien efficace, bien qu’Isaac n’ait jamais été sacrifié tout le monde continue à parler du sacrifice d’Isaac et la tradition juive parle de ligature bien qu’Isaac ait été délié !

 

QUELS ENJEUX ?


La foi

L’enjeu n’est donc pas le sacrifice mais la foi. Dieu veut  « mettre à l’épreuve. »  or  Eprouver c’est aussi essayer, découvrir. Qu’ont découvert Abraham et finalement nous-mêmes ? Nos réactions face à ce texte sont fortes et pleines d’incompréhension. La coexistence de la demande et du refus nous perturbe ! Pourquoi Dieu demande-t-il à Abraham de sacrifier son fils pour finalement l’empêcher de le faire ! L’explication n’est pas donnée. Il faut retenir cette tension… Abraham a un choix dramatique à faire. Le texte ne nous donne pas de réponse … ou plutôt, c’est une réponse en creux. Il y a des situations humaines pour lesquelles il n’y a pas de modèle. Nous serons un jour confronté à des choix difficiles. Abraham doit choisir entre son obéissance à Dieu et son attachement à son fils. Le récit ne dit pas quoi choisir mais comment choisir ! Abraham trouve la réponse en levant les yeux… les yeux vers dieu mais un dieu dont le discours varie.


Une dimension dynamique

Il y a dans ce texte une dimension dynamique. Un avant et un après dans la relation Isaac Abraham et dans la relation dieu homme. Isaac emporté par Abraham revient avec Abraham….. Lui qui est lié par son père est délié par son père ! Dieu veut qu’Abraham détache Isaac et que tous les deux entrent ensemble ! Aucun ne doit utiliser l’autre.  Il n’est plus celui qui prend mais celui qui accompagne ! Dieu nous change même si nous ne comprenons pas !


Quelles images de Dieu ?

En fait le passage de Gn 22 nous renvoie à la question de notre image de Dieu. Nous voulons un dieu qui corresponde à notre vision, à un dieu sur mesure… regardez comment nous avons évacué le dieu qui juge mais nous dénonçons le mal qui existe. Nous voulons un dieu qui nous laisse libre mais qui intervient dans le monde! La question d’un dieu compréhensible s’est posés de façon dramatique. Je pense à Job le juste qui perd ses richesses et sa famille et qui accuse dieu! Je pense à la Shoah ! Comment dieu a-t-il pu rester muet face au génocide du peuple juif pendant la seconde guerre mondiale? Le mal ne s’est-il pas alors incarné ? Lors d’une pendaison dans un camp de concentration, une voix dans les rangs murmura «  mais où est dieu ? » une autre voix répondit «  il est là devant toi »…

 

Finalement, plutôt qu’un dieu que nous connaissons, un dieu que nous idéalisons, voici un dieu qui surprend ! Lui qui a fixé des règles est prêt à remettre en question ces mêmes règles ! Lui qui a dit tu ne tueras point, nous dit va sacrifier ton fils ! Il nous surprend pour nous faire réagir, pour nous faire réfléchir, pour nous faire évoluer…. Dans cette histoire, il y a un avant et un après ! Il y a une dimension dynamique. A la fin du récit, nous ne sommes pas revenus à la case départ ! Cela doit nous faire comprendre ce qu’est la foi…

La foi est un cheminement, fait de questions, d’hésitations, de révoltes. Elle n’est pas un bloc de granite immuable, fixé une fois pour toute, de toute éternité ! La foi n’est pas la possession de la vérité mais la quête de la vérité… puisse cette prédication vous avoir aidé dans cette quête…

 

Amen

 


Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Mamjo 22/10/2009 16:25


En faisant des recherches sur Exode 17 j'ai lu votre article concernant ce passage. Même si je le connais il est toujours bon de réentendre la parole et cela m'a fortifié particulièrement en ce
moment. Un site intéressant. Bonne continuation !


Liens protestants 23/10/2009 22:41


Merci pour vos encouragements. N'hésitez pas à nous rendre à nouveau visite


Monique Marie 04/06/2009 23:26

Bonjour


Dans les textes de apocalypse, un livre est ouvert par un ange
Voici ce livre. Il est écrit par EMMANUEL - le prophète que Dieu promit à Moise - le consolateur - le Schilo - le Bon Berger - Le Fils de l'homme ....

WWW.LELIVREDEVIE.COM

" Mais quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la Foi sur Terre ?"
" Il sera une occasion de chute, un filet et un piège"
" Luc 2.34 Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction"

Bonne lecture
Monique Marie