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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

La prédication narrative (Matthieu 1,18-25 ; Jean 9 ; Luc 23, 13 – 35)

14 Avril 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #Prédications - homélies

Éditorial

La prédication narrative

 

Avec Eva Nocquet, pasteur à Lille pendant trois ans, j’ai découvert la prédication narrative. C’est un genre littéraire où la prédication devient histoire, avec un narrateur et des personnages qui participent à cette histoire. Le texte biblique est extrapolé pour être interprété. L’auteur doit bien maîtriser son sujet et apprivoiser le texte biblique, pour s’autoriser à faire parler tel personnage biblique ou à dire ce que ne disent pas les Écritures. La prédication narrative allie un langage fluide parfois familier, la profondeur théologique et un enracinement biblique … Elle renouvelle le genre pour le meilleur. Voici trois prédications narratives pour vous forger une opinion personnelle.

 

Bonne lecture à tous et bonne année 2009


 

Mt 1,18-25

 

LA NATIVITÉ : JOSEPH N ET JOSEPH O

 

Je vous raconterai aujourd'hui l'histoire bien connue de Joseph, Marie et du bébé à naître d'abord à partir d'un débat interne entre "Joseph O" (oui ) et "Joseph N" (non) – et puis nous réfléchirons à "qui est ce mystérieux enfant" pour nous.

 

Voici qu’elle fut l’origine de Jésus-Christ. Sa mère Marie était fiancée à Joseph. Or, avant qu’ils aient vécu ensemble, elle se trouva enceinte par la puissance de l’Esprit-Saint. Joseph, son homme, étant quelqu’un de juste, ne voulut pas la diffamer publiquement. Il résolut donc de la répudier secrètement.    (Mt1,18+19)

Joseph N : Jusque là, je n'avais pas la moindre raison de me plaindre de ma fiancée. Elle vient d'une famille simple, de bonne réputation, des gens bien qui  vont à la synagogue, qui ont un métier, qui participent à la vie communale, aux fêtes habituelles. Bref, une belle-famille comme on l'imagine. Marie a tout d'une honnête fille : bien éduquée, serviable, parfois rigolote, un peu coquette - juste ce qu'il faut pour plaire - sérieuse…  en tout cas, je le croyais. Mais là ! La nouvelle est d'autant plus cinglante : on l'a trouvée enceinte          alors que nous ne vivons pas encore ensemble ! J'en suis démoli… Quelle honte, mais quelle honte ! Jamais j'aurais imaginé cela de Marie, jamais ! Comment elle peut me faire un tel coup ? Une salope, ma fiancée ? C'est inimaginable, vraiment, je ne comprends plus rien. Comment est-ce possible ? Comment est-ce donc possible ? Oh, je lui en veux ! Me berner avec sa douceur, sa gentillesse… non, je suis dégoûté, c'est insupportable ce qu'elle me fait là ! Non, c'est terminé, fini, stop, ça suffit comme ça, hors de ma vue ! 

Joseph O : Eh, tu t'emballes …

Joseph N : Mais il y a de quoi, bon sang ! Mets-toi à ma place ! La honte ! Quel malheur, oh quel malheur ! Je voyais mon avenir assuré avec une fille sympa comme épouse et voilà une grosse gifle… pas une petite,  une grosse, grosse, grosse ! Et tu te plains que je m'emballe ? ! Je n'ai peut-être pas de raison de m'emballer ? On est où là ?

Joseph O : Oui, d'accord, tu as raison: le morceau est gros à avaler, mais calme-toi un peu, allez, calme-toi; tu n'es pas capable de réfléchir dans l'état où tu es; reprends tes esprits, pose-toi …

Joseph N : Mais c'est impossible! Un tel affront – et elle me fait ça à moi qui l'aimais ! Et toi tu veux que je reste calme… et quoi encore ? Peut-être que je l'épouse aussi, tant qu'à faire ?

Joseph O : Je ne te demande pas ça ! Tu peux la répudier discrètement, rompre les fiançailles. Justement parce que tu l'aimes ! Ainsi, tu lui laisses une chance: tu te retires du contrat, on va croire que ça n'a pas bien marché entre vous, mais tu ne lui bloques pas totalement l'avenir. C'est à peu près honnête…

Joseph N : Tu parles, honnête ! Il n'y a rien d'honnête dans cette histoire. MA fiancée enceinte avant même que nous ayons eu le temps de vivre  ensemble. Et au lieu de la punir, de faire connaître au grand jour sa mauvaise conduite, tu veux que je rompe secrètement notre engagement pour ne pas la gêner …

Joseph O : Oui, oui, oui, tu as très bien compris, mon vieux Joseph. Tu sais déjà que c'est la meilleure solution. Allez, tu es un brave, tu gardes ta vengeance et tu gardes ton honneur… tu la laisses aller libre, sans en rajouter, sans l'abaisser davantage, sans faire de drame.

Joseph N : Mais c'est un drame pour moi ! Tu ne vois donc pas que ça me blesse, mon honneur est bafoué !

Joseph O : Pas tant que ça. Allez, ne dramatise pas plus que nécessaire. Je t'ai fait une bonne proposition – saisis ta chance. Tu es honorable, tu veux faire la volonté de Dieu, être un juste… alors choisis la vie ! Tu sais très bien que c'est LA solution. Laisse aller ta colère, reprends ta vie en main, oublie cette fille, elle ne valait pas la peine. Demain tu es libre et tu en trouveras une autre, il y a assez de filles en Galilée.

Joseph N : … Mais celle-là me plaisait bien.

Joseph O : Elle ne te plait plus, à ce que j'ai compris … alors, tope-là, accepte ma proposition et demain tu vas voir son père et tu lui dis que tu as changé d'idée et que, finalement, tu n'as plus envie de te marier avec Marie – un point c'est tout. Et surtout ne t'avise pas de rajouter un quelconque mot qui pourrait la compromettre ! Promis ?

Joseph N : … T’as gagné… promis !

Joseph O : Dis ça avec un peu plus de conviction ! Fermement ! Allez: répète !

Joseph N : Promis.

Joseph O : Bon, la bataille est gagnée. Tu te reposes et demain, tu agis !

 

       Pendant que Joseph y réfléchissait, voici qu’un ange lui apparut en songe et dit : «  Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre Marie, ta femme, avec toi. En effet, ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint; elle enfantera un fils             que tu appelleras du nom de Jésus car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Tout cela arriva afin que se réalise ce que le Seigneur avait dit par le          prophète:” voici la vierge sera enceinte et mettra au monde un fils qu’on             appellera du nom d’Emmanuel. Ce nom signifie: Dieu avec nous”. »

 

Joseph O : Voilà encore une autre solution. Evidemment, j'aurais jamais trouvé tout     seul ! Il faut bien que Dieu s'explique un peu si Lui a envisagé de venir au monde à travers un bébé. C'est tout de même insensé: imaginer que Dieu vient s'incarner … et que c’est  via ma fiancée…

Joseph N : Bien sûr, il faut que cela tombe sur toi. Et qu’est-ce que cela veut dire : conçu du Saint -Esprit ? Comment il fait, lui, pour fabriquer un petit d’homme ? Sous quelle forme il se manifeste pour engendrer un enfant ? Comment cela se passe ?

Joseph O : Tu en poses des questions ! Est-ce cela a de l'importance de savoir           comment ? Dis-moi en quoi cela t'avance de savoir comment ? Le fait en lui-     même est suffisamment bouleversant. Essaie plutôt de comprendre ce que ça signifie que Dieu est avec nous ! C'est bien plus intéressant comme question, non ? !

Joseph N : Mais on peut tout de même se poser des questions, non ?! Après tout, ce n'est pas banal: "ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint ". Et toi, tu avales, tu dis "amen et merci", tu prends la fille enceinte sans mot dire et tu t'en accommodes.

Joseph O : Je te disais que je l'aimais bien et cette solution me convient tout à fait. Je n'ai pas besoin de tout savoir. Si Dieu a dit que cela se passe comme ça, je lui fais confiance… bien sûr que ça me dépasse, je ne comprends pas tout, je suis un être humain ordinaire… je ne suis pas Dieu !

Joseph N : Oh la la ! Avoue tout de suite que tu voulais la garder et évidemment         cette solution t'enchante: alors tu ne te poses pas de questions !

Joseph O : Il y en a assez avec toi qui en poses tout le temps. C'est bien, il faut se       poser des questions, je suis d'accord avec toi. Mais à un moment donné,

     tu peux accepter d'arrêter quand tes questionnements deviennent stériles.

Joseph N : Arrêter ? Même sans comprendre ?

Joseph O : Oui, même sans tout comprendre.Toi, tu veux toujours tout savoir, tout comprendre, tout maîtriser ! En fait, tu veux être Dieu ! Mais pour qui tu te prends ?

Joseph N : Oui, je veux savoir, autant que possible…

Joseph O : Autant que possible ! Mais tu as des limites, mon vieux. Penses-tu             vraiment que tu peux tout comprendre ? Et qu'est-ce que tu fais de la foi ? N'est-ce pas accepter de ne pas savoir et de faire confiance quand même ? Si Dieu a dit que c'est ainsi, moi, je lui fais confiance. Oui, je veux la croire cette histoire insensée " enceinte par l'Esprit Saint"   !

Joseph N : Bon, fais comme tu veux. C'est vrai, je ne trouve pas de réponse satisfaisante… Il y a donc deux chemins possibles: y croire ou pas … mais je ne sais pas, c'est tout de même incroyable …

Joseph O : Qu'est-ce que je perds si j'y crois ? L'histoire de notre peuple est pleine     de l'expérience de la présence de Dieu, même dans des situations            incroyables. Pense à Abraham qui quitte son pays, à Sara qui enfante hors d'âge, à Jonas dans le poisson, à Moise quand il va voir Pharaon… Notre histoire montre comment Dieu accompagne ceux qui croient en lui même quand tout est perdu à vues humaines. Et qui n'ose rien ne voit rien. Je fais le pari avec toi que nous verrons de grandes choses si nous faisons confiance à Dieu dans cette affaire avec Marie.

Joseph N : Sinon, tu te retrouves avec une femme infidèle et un bâtard sur les bras.

Joseph O : Tant pis … je veux croire cette explication de l'ange, je crois en ce Dieu avec nous … Réjouis-toi donc ! Tout n'est pas perdu ! Dieu est là…

Joseph N : Espérons-le pour toi, sinon t'es vraiment à plaindre.

 

À son réveil, Joseph agit comme l’ange du Seigneur le lui avait prescrit et prit sa femme avec lui. Mais il n’eut pas de relation avec elle jusqu’à ce qu’elle ait mis au monde son fils, que Joseph appela du nom de Jésus. Nous abandonnons ici Joseph et ses débats internes … nous en connaissons tous de ces débats entre confiance et doute, savoir et croire, accepter nos limites et nous révolter contre elles. La foi se construit toujours face au doute, elle se dégage d'un débat qui propose deux chemins et à un moment donné fait plus confiance à Dieu qu'elle ne cherche des certitudes intellectuellement raisonnables. La foi ose donner une place à la confiance, elle fait le pari que Dieu se tient aussi dans nos questionnements dépassés.

Joseph a dit “oui  ” (selon Mt)  - Marie a dit“oui” (selon Lc) -  chacun de son côté, a dit "oui" pour accueillir cet enfant qui dépasse leur vie et leur couple. Leur “oui” est aussi un “oui” à la vie avec Dieu qui se mêle à leur histoire, c’est le consentement de se mettre au service du Royaume de Dieu, malgré les surprises et les incompréhensions. Chacun d’eux a accepté d’être dérangé par l’imprévu de cet enfant - même s’il a fallu tout un cheminement à grand renfort d'anges pour y arriver. Ce qui dépasse infiniment l’être humain devient possible par cette communication divine lorsqu’elle rencontre la confiance humaine… c'est peut-être cela, le miracle que découvre celui/celle qui ose croire. Dieu qui se fait homme dans un enfant à naître d’une vierge - “oui”. Dieu crucifié qui ne permet pas à la mort de garder le dernier mot - “oui”. Dieu qui accueille sans condition autre que d’accepter son amour - “oui”. Car le “oui” de la foi en fait une réalité, fragile, contestée, hésitante parfois, mais une réalité perceptible, vraie, enthousiasmante - pour ceux et celles qui rencontrent Dieu vivant dans leur histoire. Jésus de Nazareth est un homme, né d’une femme et pourtant Dieu est aussi pleinement présent en lui, depuis le début et jusqu’à la fin. Est-ce qu’il est fils de Dieu ?  -“oui”. Est-ce qu’il est fils de Marie ? - “oui”. Est-ce qu’il est fils de Joseph ? - “oui”. Il y a là un problème ?

Ce qui est important, c’est qu’il est le Sauveur ! Il est celui qui révèle l’homme véritable à l’image de Dieu. Il est celui qui parle avec autorité de Dieu. Il a des paroles de vie éternelle.

Il est fils de Dieu, mort et ressuscité, notre frère, notre Seigneur et Sauveur. Tu crois cela ? - “oui”. La question principale est non pas:”comment Jésus-Christ était-il réellement conçu ? ”, mais : ” Qui est-il pour toi ? Comment se manifeste-t-il vivant dans ta vie ? Comment transforme-t-il ta conception du monde pour l’ouvrir à la dimension de Dieu ? Comment il te libère de tes péchés ? Comment il t’enseigne le chemin, la vérité et la vie ? Comment il te met au service d’autrui ? Est-ce qu’on peut saisir qu’il est ton Sauveur ? ” Cette histoire s'est mise en route parce que des gens ont fait confiance à Dieu. Marie a accepté sa grossesse – et le Sauveur nous est né. Joseph a accepté Marie enceinte et a adopté l’enfant qui n’était pas le sien. Il le nomme - comme jadis Adam a nommé tous les êtres vivants. Il lui donne une identité tu l’appelleras du nom de Jésus car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Joseph accompagne cet enfant comme un père. Il le protège du génocide, il le conduit dans l’exil pour échapper à la mort, il le ramène au pays dès que c’est possible, il veille sur lui quand il grandit à Nazareth, il le laisse partir quand il devient adulte, sans toujours comprendre. Il se comporte comme un vrai père - même s’il n’est pas le géniteur. Joseph a adopté Jésus-Christ en bonne et due forme avant même sa naissance et il prend sa tâche au sérieux : il donne identité, protection et un foyer à cet enfant aux dimensions célestes. Joseph se comporte avec Jésus-Christ, fils de Dieu, comme Dieu se comporte envers nous: c’est lui qui nous donne notre identité d’être ses enfants bien-aimés, il nous protège, il nous conduit et veille sur nous comme un père. Ainsi Dieu donne une dimension céleste à chacun/e de nous. Sais-tu dire “oui” à la vie avec Dieu, à ses imprévus et surprises, “oui “à cette adoption comme enfant bien-aimé de Dieu ? Dieu, il t’a déjà dit "oui" … il n'attend plus que ta réponse !Je souhaite à chacun/e de vous, de grandir alors sous le regard bienveillant de notre Père céleste, afin que celui-ci puisse être fier de nous, heureux parce que nous, ses enfants bien-aimés, lui apportons beaucoup de joie comme notre frère premier-né, Jésus-Christ.

A lui soit le règne, la puissance et la gloire.  Amen

 

Eva Nocquet


Jean 9

 

L'AVEUGLE NÉ


UN HOMME SANS REGARD

Un jour, après une longue et houleuse discussion  avec les prêtres de Jérusalem, Jésus sort du Temple. Il doit se cacher pour ne pas être lapidé, tué à coup de pierres. Matthieu, l’un de ses compagnons le suit en silence. En passant, Jésus voit un homme qui est aveugle depuis sa naissance. Un homme qui n’a jamais vu le jour, un aveugle né comme ça, avec ce handicap qui le marginalise. Il est mendiant, sans avenir… Un pauvre assis là, sur le bord du chemin, dans la poussière de Jérusalem. Ses vêtements sont sales, ses cheveux en désordre… Jésus le voit, il stoppe sa marche, à l’inverse de ceux qui chaque jour ont l’habitude de le voir au point qu’ils ne le voient même pas, ne le regardent même plus… Cet aveugle n’a pas crié à tue tête, comme son compatriote Bartimée de Jéricho que ses amis essayaient de faire taire… en vain. Cet homme sans regard devient le point de mire de toute l’assistance. Sur lui se posent tous les regards. Il est au centre d’un cercle qui se forme autour de lui d’une manière tout à fait fortuite, sans qu’il l’ait voulu. Matthieu ne sait pas ce qu’il doit penser. Il se sent gêné par cette rencontre, gêné face à son impuissance devant cette souffrance humaine qu’il côtoie de près, de manière inattendue. Quel regard soutenir devant cet homme lourdement handicapé devenu le rebut de la société ? Matthieu préfèrerait détourner son regard poursuivre la route, mais il n’a pas le choix : Jésus est arrêté et il regarde l’homme sans regard…

 

UNE QUESTION VIEILLE COMME LE MONDE

Alors, avec ses compagnons, Matthieu rompt le silence, pour ne pas perdre contenance, il risque une question : « Maître ! Qui a péché ? Lui ou ses parents pour qu’il soit né aveugle ? Qui est responsable ? Qui ? » Matthieu comprend que cette question posée à son Maître est déjà une première réponse. Il essaie de réfléchir… En quelque sorte, il vient de dire : « Cet homme aveugle est puni pour une faute qu’il a commise lui, personnellement ou bien se sont ses parents les coupables… Matthieu n’est pas à l’aise avec sa propre pensée, avec cette question…Il se dit à lui-même :  « Si c’est l’aveugle qui a péché, il a donc péché avant de naître et, il y a de quoi s’interroger sur la nature de cette faute embryonnaire, dans le sein maternel ! « Si ce sont ses parents les coupables… Quelle injustice de frapper le fils innocent pour les punir ! »Matthieu est en éveil, ce qu’il vient de dire et de penser en lui-même ne le satisfait pas. Oui ! Pourquoi la douleur ? La question est éternelle. Certains s’en prennent au péché, d’autres disent : « La nature est ainsi faite, elle blesse, et elle tue. » Mais la foi, la foi s’impatiente et finalement, elle convoque Dieu à son tribunal, ce Dieu qui a éteint les yeux d’un enfant…Oui ! Il ne reste que Dieu à la barre des accusés…

 

UNE RÉPONSE ÉBLOUISSANTE

Alors, Matthieu attend. Il attend que son Maître raisonne, qu’il brille sur ce beau sujet : le mal, ses origines et peut-être ses effets positifs… N’a-t-on pas parlé de souffrance purificatrice ?… Avec vivacité, Jésus intervient et brise son raisonnement : « Qui a péché ? Ni lui, ni ses parents… Matthieu retient son souffle : … " Il est aveugle pour que soit manifestée la gloire de Dieu…" Étrange répartie ! Matthieu s’étonne en lui-même : " Que veut-il dire ? Est-ce une dérobade ? "… Jésus poursuit…  " Il nous faut accomplir les œuvres de Dieu tant que dure le jour. La nuit vient où nul ne peut rien faire. Tant que je suis dans le monde : Je suis la lumière du monde. " Lentement, Matthieu s’ouvre aux paroles de son Maître. Il comprend ce que Jésus veut dire : cet homme est aveugle parce que le mal est aveugle. Ne regarde pas derrière toi Matthieu, vers l’obscurité des causes. Aveugle tu l’es aussi, toi qui cherches des explications scandaleuses… La seule réponse, la seule attitude possible face à la souffrance, c’est de travailler, c’est d’accomplir les œuvres de Dieu, c’est d’aller de l’avant aujourd’hui, tant qu’il fait jour.

 

LA GUÉRISON = LES GUÉRISONS

Matthieu réalise qu’un jour nouveau se lève pour lui, une nouvelle compréhension du monde éclaire ses pensées. Jamais réponse de Jésus n’a jailli dans son cœur telle une gerbe de liberté et d’audace…

Avec reconnaissance, il regarde son Maître….. Jésus se penche, ses doigts ramassent de la terre qu’il mouille de sa salive. Il en fait de la boue qu’il applique sur les yeux de l’aveugle.

Comme Dieu, aux premiers temps du monde fit œuvre de création à partir de la poussière du sol, Jésus fait devant tous œuvre de re-création. Il reconstruit, il répare et là où il n’y avait pas de regard, il crée un regard… Et, pour que cette guérison soit effective, Jésus dit à l’aveugle : « Va te laver la figure à la fontaine de Siloé. » Matthieu est bouleversé. Il sait que Jésus veut remettre cet homme debout et qu’il lui indique là, la première étape de sa nouvelle vie : « Va, tu n’es plus un assisté. Tu dois prendre ta vie en main. » C’est ce que l’aveugle fait, il y va, se lave la figure et il voit de ses beaux yeux vivants !

 

LES RABAT- JOIE

Et maintenant ? Maintenant ! L’ex aveugle va pouvoir vivre heureux. Maintenant, il va pouvoir louer Dieu dans le Temple, son impureté est enlevée….Oui ! A moins qu’il y ait des rabat-joie…et malheureusement il y en a ! A peine notre homme a-t-il été guéri qu’il est confronté à la dureté des pharisiens. Les voilà qui s’agitent, ils légifèrent, ils le questionnent. Au lieu de se réjouir et de l’aider à se réinsérer dans la société, ils lui jettent un regard sévère. Lui, l’homme sans regard qui passait inaperçu, le voilà à nouveau encerclé mais cette fois de manière hostile. Jésus l’a guéri un jour de sabbat, un jour où il ne fallait pas….Cette guérison ne peut donc pas venir de Dieu ! La belle affaire se dit Matthieu. Stupidité des hommes religieux ! Ils soumettent notre homme à un interrogatoire serré. Même ses parents sont convoqués et s’esquivent : ils ne sont pas prêts à courir des risques pour leur fils. Mais que veulent les pharisiens ? Se demande Matthieu. Ils veulent qu’il renie celui qui vient de le guérir et ça, notre homme ne le veut pas, ne le peut pas. Il proclame haut et clair : « Je sais dit-il, je sais une chose, j’étais aveugle et maintenant, je vois ! » Alors, le cercle éclate, il se brise, l’homme se fait insulter : « Tu es né tout entier dans le péché, depuis ta naissance, et tu veux nous faire la leçon ? » Et ils le chassent dehors….

 

COMME UN NOUVEL ÉCLAIR DE LUMIÈRE

Comme un nouvel éclair de lumière, une pensée s’impose à Matthieu : les vrais aveugles, ce sont les pharisiens ! Ils croient voir, parce qu’ils sont les spécialistes de l’Ecriture. Ils se protègent derrière la Loi de Moïse qu’ils connaissent sur le bout du doigt, par cœur…. Par cœur !?! Non ! corrige Matthieu…le cœur n’y est plus, car il n’y a plus de place pour accueillir l’inattendu. Ces hommes religieux n’imaginent pas que Dieu pourrait s’adresser à cet homme insignifiant et de surcroît, un jour de sabbat. Comment pourrait-il, aujourd’hui s’abaisser, faire un geste en faveur d’un aveugle hors du chemin ? …..

Matthieu réalise que Dieu a changé de camp, que Dieu a changé de nom : ……Celui qu’on appelle le Très Haut est devenu, là devant lui, le Très Bas. Désormais, pour voir Dieu, il faudra beaucoup se baisser.

L’homme guéri ne s’y trompe pas. Dehors, il rencontre Jésus. Il se jette à ses pieds et le contemple à genoux. Oui ! On ne toise pas le Christ, on se jette à ses pieds et on l’aime. Tel est le vrai regard !

 

Nicole Vernet

Luc 23, 13 – 35

 

LETTRE DE RETOUR D’EMMAÜS

 

Mon cher frère

 

Il faut que je t’écrive tout de suite, même s’il est 3h du matin mais après tout ce qui vient de m’arriver, il m’est impossible de dormir. Pour me calmer, je vais tenter de mettre en mots cette journée tumultueuse. Que dis-je, journée ! Cela fait bientôt une semaine que cela dure !  Je passe par toutes les émotions possibles et imaginables, de la plus grande détresse à la plus grande joie, et cela parfois plusieurs fois par jour. Tu sais bien que depuis quelque temps je suivais Jésus, le prophète de Nazareth. C’est vraiment un homme passionnant: humble, doux, juste, instruit dans les Écritures et il parle toujours avec une telle autorité au nom de Dieu que je buvais ses paroles comme du petit lait. Bien sûr tu as aussi entendu parler de lui, un puissant prophète en paroles et en actes (19). Il est comme un grand frère pour nous, un maître spirituel, quelqu’un qui sait toujours où aller, comment faire. Seulement, lorsqu’il voulait absolument retourner à Jérusalem alors que les grands chefs religieux avaient une dent contre lui, il nous semblait qu’il se trompait. Nous, on s’en fout de ces fonctionnaires de l’institution, ce qui compte c’ est la proximité avec Dieu et personne ne le rendait aussi présent que Jésus-Christ. Ce n’était pas la peine de prendre des risques et se mettre dans ce nid de vipères à Jérusalem, on pouvait très bien continuer à traverser le pays et rencontrer les braves gens qui nous étaient rarement hostiles. 

Mais non, il a fallu qu’on aille à la capitale pour la fête de la Pâque. Tout a commencé normalement, Pierre et Jean ont très bien préparé le repas, c’était un moment formidable de fraternité, d’amitié, tu sais un des ces moments d’éternité où on est tout heureux, où la présence de Dieu est palpable. Jésus-Christ parlait de son corps, donné pour la multitude et de l’alliance nouvelle en son sang (22,19s) ... et puis s’est introduit d’abord une remarque sur la trahison par quelqu’un qui était là, à table avec tout le monde. Cela nous a remués, on s’est mis à se disputer  mais Jésus-Christ  a encore trouvé des paroles admirables pour nous calmer “que le plus grand parmi vous devienne comme le plus jeune et celui qui dirige comme celui qui sert  - je suis au milieu de vous comme celui qui sert” (22,26s).

Cela, c’est beau, c’est encore une simple histoire d’humilité qui fait de la place pour chacun et comme ça, les esprits échauffés se calment et on peut se parler à nouveau. Mais, tu ne crois pas aussi, que le fait qu’on se dispute si vite, c’est que ce n’est pas toujours facile d’être humble ? On a quand même peur de se faire marcher dessus si on ne s’affiche pas comme quelqu’un de fort et puissant. J’avoue que j’ai encore du chemin à faire pour mieux apprendre d’avoir cette confiance en Dieu et son Royaume de Dieu  pour pouvoir être humble et doux - moi, je vois bien que c’est quand même une meilleure voie que de se dominer et s’entre-déchirer en permanence.

En tout cas avec ses paroles, Jésus-Christ  avait rétabli le calme - pour bien peu de temps, malheureusement. Car après, c’était au tour de Simon - il voulait aller jusqu’à la mort avec Jésus-Christ - mais lui, il lui a dit qu’avant le chant du coq, Pierre l’aurait renié trois fois (31,34). Encore un coup de froid dans l’assemblée. On a fini par aller au Mont des Oliviers, un lieu calme et agréable, propice à la prière. Mais ce soir, Jésus-Christ   était très angoissé - et nous, on s’est endormis, bercés par la brise du soir et le silence.

Je me trouve un peu lâche aujourd’hui. Jésus-Christ  nous a tant donné, et là, je me suis tranquillement endormi. Mais quand la foule a fait irruption dans ce jardin, je t’assure que c’en était fini avec le sommeil. Ils nous ont fait peur et pour nous défendre, j’ai coupé l’oreille d’un de ces gars (49-51). Mais Jésus-Christ   ne voulait pas qu’on le défende avec des épées et il a tout remis en ordre, comme ça, d’un geste de la main. Un vrai pacifique, lui, et en plus il a bien réparé les dégâts.

Les autres n’étaient pourtant pas des tendres. Ils l’ont emmené chez le grand- prêtre d’abord. C’est Pierre qui nous l’a raconté, moi, je suis resté comme cloué sur place, je n’ai plus bougé. Mais Pierre est allé jusque dans la cour et là, les autres l’ont accusé d’être un ami de Jésus-Christ   - comme si c’était un crime. Et au petit matin, Pierre s’est aperçu qu’il avait nié trois fois connaître Jésus-Christ  - le coq a chanté, exactement comme Jésus-Christ   le lui avait annoncé, tu te rends compte !

Il n’en menait plus large à ce moment, Pierre à la grande gueule;  il s’est vite caché pour pleurer- il avait trop honte. Il nous l’a avoué, à nous, cela l’a soulagé de le dire ouvertement et  de reconnaître devant nous sa faiblesse. C’est vrai, on n’a pas été à la hauteur - aucun de nous -  on a laissé Jésus-Christ   tout seul au moment le plus difficile. Je t’avais déjà dit que je suis passé par un tas d’émotions contradictoires chaque jour: chaud - froid -froid - chaud ... tu vois un peu. Et ce n’était que le début, la journée a été horrible ... tu as appris comme tout le monde que Jésus-Christ    a été crucifié avec deux autres gars, des malfaiteurs, en dehors de la ville, à Golgotha.

Moi, je n’ai pas supporté la foule des badauds, ces gens qui vont au spectacle comme s’ils allaient voir une pièce de théâtre. A vomir ! Avec quelques autres, on s’est réfugiés dans la maison de Jacques. On avait le moral à zéro - notre belle aventure allait se terminer dans un mur - le prophète assassiné, il ne restera rien de cet élan merveilleux, de cette voix qui défend les petits, les oubliés, et qui libère aussi les puissants qui finalement sont prisonniers de l’argent, du pouvoir, de l’orgueil et de l’amour-propre ... Pour tous Jésus-Christ  rendait Dieu compréhensible et présent. Et il était si humain, toujours il cherchait ce qu’il pourrait y avoir de bien chez quelqu’un - et il le trouvait ! Là où nous, on a mille préjugés... il regardait au-delà de l’apparence et il arrivait à toucher une corde sensible pour réveiller l’amour, pour susciter le pardon, pour ouvrir une brèche dans une situation bloquée. On en a vus des gens transformés par sa parole, ses gestes, son accueil inconditionnel ... des vrais miracles !

Et maintenant, avec sa mort, tout cela, c’était fini. Il était cloué sur une croix comme un minable criminel. Les puissants et ces chiens de religieux avaient gagné.

Ils lui ont cloué le bec à jamais, sa voix s’est éteinte... Et nous, on est tombés dans un désespoir terrible, une nuit noire, noire ... noire à n’en pas finir. Après deux jours, je n’en pouvais plus. C’était étouffant à la fin ce silence lourd dans la maison où on tournait tout le temps en rond. Alors, avec Cléopas on est partis marcher, aller n’importe où, mais ne plus rester comme ça dans ce noir paralysant. On a décidé d’aller à Emmaüs. D’abord, c’était difficile de retourner dehors, parmi les gens. La vie continuait comme si de rien n’était alors que pour nous, la vie s’était arrêtée, tout s’était écroulé. C’est déchirant, ce décalage, alors qu’on est bouffé par le deuil, il y a là des gens qui rigolent, qui font leur commerce, qui parlent de la pluie et du beau temps... déroutant. On a essayé de s’échapper rapidement vers la campagne, fuir ce bruit, cette vie qui continue.

D’abord, on se forçait à mettre un pied devant l’autre, à marcher, mais  petit à petit, le mouvement aidant, nos paroles se sont libérées, on marchait et on parlait, reprenant des fois et des fois tous ces événements des dernières 48h.  Finalement, cela m’a fait du bien de quitter la maison et de marcher et parler pour essayer d’y voir plus clair avec notre vie avortée du grand espoir qu’on avait mis dans ce prophète de Galilée qui allait libérer notre peuple, qui était l’envoyé de Dieu, le messie. Malgré cela, on tournait toujours un peu en rond, cela finissait toujours dans le mur avec cette fin incompréhensible de celui qu’on croyait le christ de Dieu. On ressassait sans fin notre déception, tous nos espoirs déçus, cette fabuleuse rencontre avec Jésus-Christ  qui se terminait dans une telle impasse. Qu’est-ce qu’il nous manquait pour trouver une brèche dans la paroi de la mort ! Lui était si lucide, il arrivait à voir les choses avec les yeux de Dieu comme s’il regardait lui-même du haut du ciel. On trottinait ainsi, quand quelqu’un s’est joint à nous.

Il était sympa de prime abord, compréhensif, il avait tout de suite vu que ça n’allait pas fort. On devait avoir des mines de déterrés après tant d’heures de doute, de deuil, de désespoir. Il nous écoutait simplement. Il nous laissait parler de tous ces événements qu’il avait l’air de ne pas connaître- ce qui est quand même fort- car tout Jérusalem en parle. Et puis qu’il nous inspirait confiance, on lui a même parlé de cette rumeur qu’ont rapportée les femmes, tu sais, celles qui suivaient aussi Jésus-Christ. Il avait une vision très large à ce sujet - des femmes sont des êtres humains tout pareils que les hommes devant Dieu- et on a fini par trouver normal qu’il y ait des femmes parmi nous. Après tout, c’est enrichissant  cette différence et quand on est lucide, on voit bien notre interdépendance mutuelle. Mais soit, je t’en parlerai une autre fois, de cette relation hommes-femmes, novatrice et riche.

Mais revenons pour l’instant au principal sujet de ce jour. Ce matin donc, après le jour de repos - les femmes étaient  allées selon la coutume avec des aromates au tombeau. Et là, elles ont trouvé le tombeau ouvert, la pierre roulée ... et pas de corps du crucifié. Des anges leur ont dit de ne pas chercher parmi les morts celui qui est vivant et leur ont fait voir l’endroit où il avait reposé et où il n’y avait plus personne, que les bandelettes (24,1-12). C’est vrai que cet épisode des femmes avait rajouté à notre confusion, on le prenait pour une fantaisie de leur esprit perturbé par la douleur. Elles répétaient que Jésus-Christ lui-même l’avait dit: il fallait que le fils de l’homme soit crucifié et qu’il se relèverait le troisième jour. Et en cherchant bien dans notre mémoire, pas trop claire en ces jours, il faut l’avouer, il est possible qu’il l’ait dit. Mais bon, je ne savais plus trop. En tout cas, on a vidé notre sac à cet inconnu qui écoutait attentivement. Après un temps, il s’est mis à parler et il nous a remarquablement montré par des passages de l’Ecriture - qu’il connaissait vraiment bien - que c’est tout à fait comme les femmes l’avaient dit: “il fallait que le Christ souffre de cette sorte pour entrer dans sa gloire”. Je commençais à trouver intéressant le dialogue avec cet homme, le voile de mon désespoir se levait un peu, mon cœur se réchauffait, c’était comme un baume sur nos désespoirs, mais la nuit allait tomber, il fallait se trouver un abri. Alors on l’a invité à rester avec nous - il a fallu insister- car il voulait continuer sa route. On a réussi  à le convaincre d’entrer avec nous dans une auberge et on s’est mis à table. Et là, tu ne vas pas me croire, il s’est passé quelque chose d’extra-ordinaire. Quand il a tout naturellement pris le pain pour la bénédiction, il l’a rompu pour nous en donner et,tout d’un coup, c’était évident: on avait déjà vécu cela !  C’était avec Jésus-Christ  avant sa mort, avec tous les douze, Judas, Simon, Cléopas et tous les autres. Et là - c’était lui aussi, ici, à Emmaüs ! Il était mort - mais là, il était totalement présent ! Subitement, les mots ont commencé à faire sens, tout ce qu’il avait dit au repas de la Pâque : “j’ai vivement désiré de manger cette Pâque avec vous avant de souffrir car je vous le dis, je ne la mangerai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu(22,15) - “c’est mon corps, donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi” (19) - “cette coupe est l’alliance nouvelle en mon sang qui est répandu pour vous » (20)

La, on voyait clair, je t’assure ! Plus aucun doute - c’est Jésus-Christ-   , il est vivant, il est ressuscité ! On s’est regardés avec Cléopas - on avait compris : le tombeau n’a pas pu le retenir “pourquoi cherchez- vous le vivant parmi les morts ?”  Les femmes avaient parfaitement raison: Jésus, le crucifié, est le christ de Dieu, il est vivant à jamais. Dieu lui donnait raison contre tous les violents, ceux qui avaient gagné la première manche étaient réduits au silence maintenant. Qu’est-ce qu’on est stupide et lent à croire - cela, il nous l’avait dit aussi en route (24,25) - et il avait encore raison.

Le temps que l’on se retourne avec Cléopas  et il avait disparu aussi subitement qu’il était apparu sur la route à nos côtés. Mais nous, on était complètement retournés. Plus les mêmes du tout. De la peur, la tristesse, la déception on est passés à la confiance, la joie, l’espérance renouvelées : la vie a gagné, Christ est vivant, sa mission n’était pas un échec, Dieu lui donnait raison, à lui, l’amour, le pardon ...

Et nous, on était aussi revenus à la vie ! En un rien de temps, on était retournés à Jérusalem - comme si on avait des ailes. On a retrouvé le groupe des onze et avant même qu’on ait pu leur raconter notre chemin et la rencontre avec le Seigneur, il nous disaient que Simon avait rencontré Jésus-Christ vivant. Vois-tu, les femmes, Simon, Cléopas et moi ...ce n’est pas une affabulation ! C’est vrai: Jésus de Nazareth est le Christ, il n’est pas mort, il est ressuscité.

Et maintenant je me dis: même si je ne l’avais pas vu à Emmaüs, rien que par le chemin que j’ai fait depuis avant-hier, de la nuit totale et du désespoir à ce nouvel élan de vie qui me remplit tout entier ... moi, je croirais à la force de l’amour de Dieu.

Et aussi, je suis plein d’admiration devant Dieu qui ne nie pas la souffrance, qui la vit, qui l’accompagne, qui la remplit de sa présence ... n’est-ce pas spectaculaire ? Quel dieu est présent même dans la faiblesse, l’abandon, la souffrance ? Quel dieu donne victoire à tout ce qui aliène les hommes, à la mort ? Les dieux invoqués sont toujours tout-puissants comme ceux qui les vénèrent - mais la puissance de notre Dieu que Jésus de Nazareth ,Christ, nous a révélée, est dans l’amour offert jusqu’au bout. C’est cela la vie ! En tout cas, c’est la conclusion que je tire de cette journée - d’ailleurs, elle se termine… le jour se lève sur la ville et sur ma vie ! Je suis calme et heureux - méconnaissable. Si tu m’avais vu il y a 24 h ... ! Et j’avais besoin de dire à quelqu’un tout ce cheminement, cette aventure dans la foi avec Jésus-Christ , cette vie retrouvée, indestructible désormais, j’en suis sûr... mais elle ne s’impose pas ainsi tout de suite, sans que je fasse le chemin moi-même, à travers les aléas de ma vie. Je passerai sans doute encore par des hauts et des bas, des doutes et des angoisses - mais je ne les vois plus comme une impasse - je sais que Dieu est vie, Jésus-Christ  m’attend avec le pain de la vie et la coupe de bénédiction ... rendons grâce à Dieu !

Ce parcours imaginé du compagnon de Cléopas nous retrace le parcours d’un demi-croyant qui va de la mort à la vie et fort de cette expérience va devenir croyant, réconforté par l’accompagnement à travers la nuit et le désespoir. Je pense que la force de la foi est ce passage accompagné, parfois sans que nous le voyions, de la mort à la vie. Le chemin ne nous est pas épargné: il faut bien se mettre en route, accepter de partager ses doutes, accepter d’entendre une voix autre qui peut ouvrir une brèche dans l’incompréhension, prendre de la hauteur à travers la Parole de Dieu, pour recevoir un regard renouvelé sur la même situation et trouver la vie. Que ce témoignage nous encourage à chercher le Vivant parmi nous et que notre vie ressuscitée témoigne de la présence de Dieu.

 

À lui soit la gloire !

 

Amen

 

Eva Nocquet



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