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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

La Genève de Calvin et de ses héritiers (été 2009)

23 Juin 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2009

Éditorial

Genève, la calviniste

 

Cette année les réformés commémorent la naissance de Jean Calvin à Noyon en 1509, il y a cinq cents ans… L’année 2009 est ainsi devenue l’année Calvin. Cet anniversaire est à l’origine de bien des rassemblements, conférences et expositions un peu partout en France, le pays natal du réformateur, mais aussi à Genève. Si Calvin n’a jamais oublié sa ville natale, c’est à Genève que son œuvre s’est réalisée. Le lien entre le réformateur picard et la cité helvétique fut très fécond. C’est dans les murs de cette dernière que la réforme calviniste s’est élaborée pour ensuite se répandre en Europe et même dans le monde. Inversement la cité d’importance régionale qu'était Genève changea de statut avec la Réforme et Calvin, en devenant la « Rome du protestantisme » au rayonnement international.

LP vous propose pour cet été un itinéraire protestant en Picardie incluant une étape à Noyon et un dossier sur Genève la calviniste. Le terme calviniste permet d’inclure à la fois le réformateur et ses héritiers qui ont poursuivi et pérennisé son œuvre. Ce numéro d’été est aussi une invitation au voyage… protestant.

 

Bonne lecture et bonnes vacances.




SOMMAIRE
Calvin et Genève (en ligne)
A genève sur sur les pas de Calvin (témoignage)
Une journée dans la vie de Calvin (exposition)
Balade dans la Genève de Calvin
Le Mur des Réformateurs (en ligne)



Histoire

CALVIN ET GENÈVE

 

Pourquoi un réformateur picard s’est-il installé dans une ville moyenne des Alpes ? En quoi a-t-il transformé cette cité ? Inversement en quoi lui est-il redevable ?

 

Histoire d’une rencontre

En 1536, au moment où Jean Calvin arrive à Genève, elle n’est alors qu’une ville de foires dont l’importance est régionale. Alliée à Berne par un traité de combourgeoisie, elle s’est libérée de son prince-évêque et de la domination savoyarde. Genève est devenue non seulement une ville indépendante du Saint-Empire mais aussi une république. En 1528, Berne adopte la Réforme puis envoie en 1532 Guillaume Farel, muni d’un sauf-conduit, prêcher à Genève. En 1535, la messe est interdite et en 1536, la réforme est officiellement adoptée et l’enseignement devient obligatoire. C’est à ce moment-là que Calvin passe à Genève.

Le réformateur a fait ses études en France, à Noyon, Paris (collège), puis à Orléans et Bourges (université). Mais en raison de ses idées évangéliques, il est inquiété et préfère quitter la France en 1534 après l’affaire des Placards. Commence alors pour le réformateur une vie d’exilé. En 1535, il fait publier une première version de l’Institution de la religion chrétienne à Bâle. Sa notoriété grandit. Lorsqu’il arrive à Genève, il n’a « l’intention de ne passer qu’une nuit », mais Guillaume Farel lui demande de rester, le menaçant de malédiction divine s’il fuit sa mission ! Calvin obtient un poste de lecteur à la cathédrale puis de pasteur. Mais le réformateur entre en conflit avec le conseil de la ville au sujet de la sainte Cène. Calvin en refuse l’accès aux non-repentis et récuse l’usage de pains azymes, une pratique bernoise. Il est démis de ses fonctions et s’exile à nouveau. Il passe trois années à Strasbourg où il rencontre son épouse et prend la direction de l’Église française de la ville. Mais Genève, à la recherche d’un réformateur de poids le rappelle après l’éviction du parti pro-bernois en 1541. Calvin y restera jusqu’à sa mort en 1563.

 

Genève, le laboratoire de la réforme calviniste

Calvin, sans occuper d’autre fonction que celle de président de la compagnie des pasteurs, va réaliser à Genève sa réforme. Son autorité lui vient d’abord de sa connaissance de la Bible et de son éloquence. En vingt-cinq ans il prononce quatre mille sermons ! Lorsque ses adversaires politiques, les libertins, sont bannis en 1555, il peut également s’appuyer sur les autorités séculières.

Tout est à construire, une organisation d’Église, une liturgie, un enseignement… Calvin se préoccupe d’abord de la formation des pasteurs et des fidèles. Des ministres de toute l’Europe sont formés à l’Académie de Genève. Le catéchisme et le psautier de Genève sont rédigés, l’un à l’usage des fidèles et l’autre à des fins liturgiques.

Calvin, qui souhaite distinguer les rôles respectifs de l’Église et de l’État, n’occupe aucune fonction politique. Inversement l’État n’a pas à s’immiscer dans le fonctionnent de l’Église. L’Église doit obéissance au politique et l’État lui accorde sa protection et la paix civile.

En s’appuyant sur les lois garanties par le pouvoir temporel et sur le consistoire, une instance disciplinaire, Calvin va modifier les mœurs des Genevois. Cet ordre moral est contesté par certains de ses contemporains qui n’hésitent pas à appeler leur chien Calvin ou à confondre Caïn et Calvin ! On peut être envoyé devant le consistoire pour un pas de danse, comme pour avoir battu sa femme ! Le système de surveillance semble avoir été efficace puisque le taux de naissances illégitimes à Genève est alors le plus bas d’Europe à 0,12 %.

 

Calvin et le rayonnement de Genève

Avec Calvin, Genève change de statut. La ville devient une cité au rayonnement international. Calvin a d’abord encouragé l’accueil des exilés. La plupart sont des huguenots qui lui sont favorables. Leur arrivée renforce l’autorité du réformateur. La population de Genève évaluée de 8 à 10 000 habitants à l’arrivée de Calvin atteint les 16 000 habitants à sa mort.

Ces immigrants sont à l’origine du développement économique de la cité. Certains sont de riches marchands qui apportent leurs capitaux, d’autres sont des artisans (horlogers et soyeux) qui apportent leur savoir-faire. On compte parmi eux des imprimeurs qui travaillent pour l’industrie du livre. Genève devient un centre d’édition… calviniste.

À ce développement économique, il faut ajouter le rayonnement culturel. Le collège puis l’Académie sont des centres de formation internationale. Les pratiques genevoises (liturgie, catéchisme) se répandent en Europe. Genève devient le centre de la réforme calviniste, au même titre que Wittenberg pour le luthéranisme et Londres pour l’anglicanisme.

Il ne faut donc pas s’étonner si Genève rend autant hommage à Calvin que sa ville natale Noyon, si ce n’est plus…

 

Éric Deheunynck

 


 

Mémoire

 

LE MUR INTERNATIONAL DE LA RÉFORME

(ou Mur des Réformateurs)

 

Le projet et sa réalisation

Sur les soixante-douze projets présentés au concours lancé en 1908, c’est celui de quatre architectes suisses (dont Alphonse Laverrière et Jean Taillens) qui est retenu. Parmi les sculpteurs on compte Paul Landowski, l’auteur du Christ rédempteur de Rio, et Henri Bouchard, dont l’œuvre a fait l’objet d’une exposition à Roubaix du 21 juin au 21 septembre 2008. Mais en 1909 pour le 400e anniversaire de la naissance de Calvin et le 350e anniversaire de la création de l’Académie, seule une plaque commémorative est apposée. Les travaux ne commencent qu’en 1911 et sont achevés en 1917. En 2002 quatre noms sont ajoutés, ceux des trois préréformateurs (Valdo, Wyclif et Hus) et celui de Marie Dentière, originaire de Tournai, prieure du couvent des augustines, devenue théologienne protestante. Le monument est adossé aux anciennes murailles du XVIe dans le parc des Bastions, face à l’université. Le plan d’eau à la base rappelle les anciennes douves.

 

Au centre

Comment ériger un monument à celui qui ne voulut pas que l’on plaçât une pierre sur sa tombe et qui fut inhumé dans une fosse commune ? La solution consista à réaliser un mur long de cent mètres dédié au mouvement calviniste plus qu’à une personne. Calvin est bien représenté mais parmi ses héritiers, proches ou lointains.

Au centre les grands réformateurs passés à Genève sont représentés de façon stéréotypée, tous vêtus de la robe de Genève et portant une Bible. De gauche à droite sont sculptés :

§        Guillaume Farel, né à Gap, étudiant à Paris, membre du cénacle de Meaux, réformateur à Neuchâtel et Montbéliard puis à Genève où il retint Calvin.

§        Jean Calvin, né à Noyon le 10 juillet 1509, qui passa vingt-cinq ans à Genève

§        Théodore de Bèze, bras droit et successeur de Calvin, premier recteur de l’académie de Genève fondée en 1559.

§        John Knox, pasteur à Genève de 1556 à 1559 et réformateur de l’Écosse.

Les blasons au sol sont ceux de Berne (l’ours), de Genève et de l’Écosse (le lion).

 

Un tour du monde… calviniste

Aux extrémités du mur sont inscrites les deux dates essentielles de la Genève calviniste : 1536, année où le peuple de Genève ratifie les édits de Réformation et décrète l’instruction publique obligatoire, et 1602, année où les Genevois repoussent l’Escalade tentée par le duc de Savoie, assurant ainsi leur indépendance religieuse et politique. Sur le mur est gravée en grandes lettres la devise de Genève : Post tenebras lux (Après les ténèbres, la lumière). Entre ces deux dates, se succèdent statues et bas-reliefs. De gauche à droite :

§        Frédéric-Guillaume, le grand électeur de Brandebourg, s’impose par sa silhouette. Sur le bas-relief, il accueille à Berlin les réfugiés huguenots quelques semaines après la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV.

§        Guillaume le Taciturne, l’âme de l’indépendance des Pays-Bas face aux Espagnols, est reconnaissable à sa calotte. Le bas-relief illustre la déclaration d’indépendance des Pays-Bas par l’assemblée des États Généraux en 1580.

§        Coligny, homme de guerre huguenot et première victime de la Saint-Barthélemy représente la France. Sur le bas-relief, Henri IV signe l’édit de Nantes.

§        Roger Williams est un puritain qui quitta l’Angleterre en 1630 pour le Massachusetts. Il était favorable à la séparation de l’Église et de l’État et à la totale liberté de conscience (y compris pour les catholiques, les musulmans et les juifs). Après s’être réfugié chez les Indiens, il fonda la ville de Providence et l’état du Rhode-Island aux Amériques. Les Pères Pèlerins fondant la première colonie en Nouvelle-Angleterre sont représentés sur le bas-relief.

§        Oliver Cromwell, le puritain maître de l’Angleterre lors de la première révolution anglaise, est le plus controversé. Sa présence sur le Mur des Réformateurs a fait débat. Le bas-relief est d’ailleurs consacré à la deuxième révolution anglaise et en particulier à la Déclaration des droits de 1689, fondement des libertés anglaises. Les Églises non-conformistes (protestants non-anglicans) sont désormais reconnues.

§        Le noble Itsvan Bocskay représente la Hongrie. Il s’oppose à la politique anti-protestante des Habsbourg. Il est proclamé prince de Transylvanie en 1605 et obtient en 1606, à la paix de Vienne, des garanties des droits des protestants, mais il meurt empoisonné en 1606.

 

Le Mur des Réformateurs est bien plus qu’un monument à la gloire de Calvin. Ces cent mètres de long sont dédiés à 450 ans d’histoire du mouvement calviniste en Europe et au Nouveau Monde… Calvin et Genève y deviennent le point de départ du rayonnement de la Réforme calviniste. Le lieu est donc hautement symbolique non seulement pour les Genevois mais aussi pour les protestants américains, coréens, africains… et nous-mêmes probablement.

 

Éric Deheunynck

 

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romain blachier 29/06/2009 15:46

ah le bel anniversaire!