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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

De la résurrection au ressuscité (Luc 24 ; Jean 20 ; Daniel 12 )

5 Juillet 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #Prédications - homélies

Éditorial

 

De la résurrection au ressuscité

 

 

La croyance en la résurrection est au cœur de la doctrine chrétienne. Elle n’est pas comme dans le judaïsme du simple domaine de l’espérance, elle est aussi une croyance en un événement accompli en Jésus-Christ. Nous confessons d’ailleurs cette croyance sans laquelle notre foi serait vaine.

Mais est-elle toujours du domaine de l’évidence ? La croyance en la résurrection était déjà discutée du temps de Jésus. Nos Écritures ne décrivent jamais la résurrection mais uniquement la découverte du tombeau vide et la rencontre du ressuscité. Pour certains, même parmi les chrétiens, la résurrection serait plutôt une chose difficile à croire, un obstacle à la foi. L'essentiel n'est-il pas de faire le bien, de croire en la présence de Dieu, de croire au secours qu'il apporte à celui qui se tourne vers lui ? Ces interrogations et parfois ces doutes ne peuvent rester sans réponses.

Ce numéro vous propose de revisiter la croyance en la résurrection de l’espérance juive à la rencontre du ressuscité.

 

PP


Évangile selon Jean chapitre 20, 1 à 16

 

1 Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine vient au tombeau dès le matin, alors qu’il fait encore sombre, et elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.

2  Elle court trouver Simon Pierre et l’autre disciple, l’ami de Jésus, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur du tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis ! »

3  Pierre et l’autre disciple sortirent donc pour venir au tombeau.

4  Ils couraient tous deux ensemble. Mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau ;

5  Il se baisse, voit les bandelettes qui gisent là ; pourtant il n’entre pas.

6  Simon Pierre, qui le suivait, arrive. Entrant dans le tombeau, il voit les bandelettes qui gisent là,

7  et le linge qui était sur la tête de Jésus ; ce linge ne gisait pas avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre lieu.

8  Alors l’autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi ; il vit et il crut.

9  Car ils n’avaient pas encore compris l’Écriture, selon laquelle il devait se relever d’entre les morts.

10  Les disciples s’en retournèrent donc chez eux.

11 Cependant Marie se tenait dehors, près du tombeau, et elle pleurait. Tout en pleurant, elle se baissa pour regarder dans le tombeau.

12  Elle voit alors deux anges vêtus de blanc, assis là où gisait précédemment le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds.

13  Ils lui dirent : « Femme, pourquoi pleures–tu ? Elle leur répondit : Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis ».

14  Après avoir dit cela, elle se retourna ; elle voit Jésus, debout ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.

15  Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Pensant que c’était le jardinier, elle lui dit : « Seigneur, si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et moi, j’irai le prendre. »

16  Jésus lui dit : « Marie ! » Elle se retourna et lui dit en hébreu : Rabbouni ! c’est-à-dire : Maître ! »


                                              
Nouvelle bible Segond Révisée


De la résurrection de Jésus à notre résurrection !

 

nous dit dans un langage très simple que Maris se rend au tombeau. Ce chemin nous le faisons nous aussi souvent pour rendre hommage à ceux qui nous ont quittés. Marie vient au tombeau parce qu’elle a perdu en la personne de Jésus un être cher, quelqu’un qui ne la jugeait pas, quelqu’un qui l’avait acceptée telle qu’elle était, quelqu’un qui ne se retranchait pas derrière les traditions pour mettre à l’écart les femmes et qui était loin de les considérer comme la source du mal.

A la différence des autres évangiles, Jean ne met pas en scène tout de suite les messagers ou le ressuscité lui-même, mais il insiste sur le côté inattendu de la découverte ; elle se rend au tombeau et il est ouvert et vide.. peut-être s’est-elle trompée, il y a pourtant peu de chances qu’elle se trompe car elle était l’une des seules à être restée jusqu’au bout, les disciples eux étaient partis… Dispersés et Jean n’omet pas de dire que ce ne sont même pas ses disciples proches qui descendirent le corps de Jésus de la croix.

Marie madeleine a assisté à tout, elle ne se trompe pas malgré le matin, la brume et la nuit qui ne s’est pas encore totalement retirée. Jean note cela au passage pour nous amener à réaliser que ce matin-là n’est pas un matin comme un autre mais que c’est celui qui nous fait passer des ténèbres à la lumière. Celui que l’on croyait anéanti par les ténèbres et la mort est vivant et sa lumière plus que jamais entre dans notre monde.

L’Evangile de Jean dans sa rédaction finale à réécrit le scénario de la résurrection, le rôle premier des femmes est ici un peu diminué. Selon Jean, les disciples courent au tombeau tout de suite alors que Luc laisse entendre qu’ils n’ont pas cru les femmes. L’arrivée au tombeau des disciples traduit aussi la perplexité, il n’ y a plus que des bandelettes et un linceul rangé, mais les disciples hésitent, l’un vit et cru, l’autre a du mal. ils sont bien comme nous.

L’Evangile de Jean poursuit sa narration en nous laissant devant Marie. Elle voit deux anges ; les anges dans la tradition d’Israël sont des êtres qui annoncent un fait incompréhensible, une révélation, l’irruption de l’œuvre de Dieu dans l’histoire humaine. Alors qu’elle est troublée par l’absence du corps, ce dernier lui apparaît et elle ne le reconnaîtra que lorsqu’il l’appellera.

Le fait qu’il se soit levé de la mort, nous invite à réfléchir sur l’engagement de Dieu dans un monde trop souvent porté par le mal. Aujourd’hui le Christ sort victorieux du tombeau, c’est un message d’espoir, une invitation à lui faire confiance. Quand les forces du mal suscitent jalousie, dispute entre les hommes, le Christ vient nous apporter par sa victoire l’apaisement des cœurs, aujourd’hui tous ceux qui exercent un pouvoir doivent le savoir, il y a quelque chose de plus grand, l’anastasis, la résurrection. Quand les forces du mal poussent à la violence, à la guerre, à la tendresse et à l’amour de Dieu, vienne transfigurer le monde, la résurrection, c’est cette œuvre dynamique de Dieu qui remet debout les captifs. Quand les forces de mort viennent déchirer la vie de nos jeunes, le Seigneur vient et nous invite face aux forces du mal à ce qui nous divise à ce qui nous oppose, à vivre de la Sagesse de Dieu, qui transforme 

 

Je crois en la résurrection de la chair, cette phrase figure dans le symbole des apôtres, ceux et celles qui récitent cette expression de la foi, dimanche après dimanche, la disent souvent parce que cela fait partie de la liturgie. D’autres la disent parce que réside là un morceau de la foi dite commune de nos Églises catholiques, orthodoxes et protestantes. J’avoue ne plus guère utiliser ce symbole, dans les liturgies que je prépare. Sur ces douze dernières années, je ne l’ai utilisée que pendant la semaine de l’unité, par soucis de dialogue et par soucis d’unité du christianisme dans un monde déchiré. Mais jamais par conviction dogmatique.

 

Par contre, il ne m’est pas difficile de dire, je crois en la résurrection, les textes bibliques de la passion m’intéressent essentiellement parce qu’ils introduisent tout de suite dans leur prolongement  la question de notre devenir à tous, en temps qu’individus et sans exception. La question de notre devenir, de la survie, du sort de nos proches est une question qui ne nous laisse pas insensible. Que deviendrons nous ? que sera le monde futur est il promis ? Face à ces questions difficiles, nous n’avons pas le droit de botter en touche ou de nous réfugier derrière un écran fumeux de pseudo vérités mais nous avons le devoir de nous replacer devant le Dieu qui nous a fait signe en Jésus de Nazareth…

Le Dieu vivant, a donné sans mesure sa vie à Adam, cette première page de la bible où Dieu donne son souffle au premier homme, souffle dans ses narines, dit quelque chose de très fort : l’humain est porté par Dieu, il est la force dynamique qui le met debout, le met en mouvement et lui communique quelque chose de son esprit divin. Il a fait de nous des êtres vivants. L’évangile de Jean poursuivant cette logique, parlera de celui qui donne la vie en abondance, la vie éternelle, le message pascal, souligne que la mort a été absorbée par la vie. Paul qui tentera d’expliquer aux chrétiens de Corinthe que ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, nous est aussi promis, essayera de dire que ce qui est corruptible doit être porté par l’incorruptibilité, revêtir l’immortalité, mais l’immortalité dont parle Paul n’est pas la continuité de notre être diminué atteint par le mal, une ombre qui dépérit éternellement. Mais la vie pleinement et totalement transformée par l’œuvre de Dieu.

Si nous avons du mal à dire avec le credo : « je crois à la résurrection de la chair », ce qui donnerait l’impression qu’à un temps X déterminé à la fin des temps, Dieu reconstituera les parcelles de notre corps pour nous faire comparaître devant lui. Il n’en demeure pas moins vrai que cette phrase évoque l’œuvre de Dieu qui vise à renouveler notre être entier. Jésus a été vu vivant le matin de Pâques. Les disciples et les femmes ont été témoins d’un événement fondateur. Mais ils n’ont pas su nous dépeindre la matérialité de ce qu’ils ont cru discerner. Cependant une conviction majeure se dégage de tout ces textes : une rencontre nouvelle avec le ressuscité, une rencontre d’un autre type, mais il était bien là !!

 

Je suis convaincu qu’il y a dans l’évangile des textes qui sont plus fondateurs que d’autres, plus dignes de foi. La prédication apostolique a commencé avec ces écrits de l’annonce de la résurrection. La parole de Jésus sur la Croix, la parole adressée au larron est devenue plus tard pour les disciples promesse de Dieu « ce soir même je te le dis tu seras avec moi dans le paradis de Dieu », cette parole de Jésus dit bien face à nos vies qui sont livrées diminuées anéanties, le projet de Dieu et l’immensité de son amour. Nous attendons la résurrection oui mais elle a déjà commencé, elle a été pensée de toute éternité par Dieu. Il n’a pas voulu que l’homme meurt  pour le néant ou pour attendre à son ombre l’expectative d’un jugement redoutable mais en créant l’homme mortel, il l’a aussi porté vers une autre vie…la vie éternelle. Dieu n’a pas décidé cela a posteriori, quand les hommes se sont mis a se multiplier et à fauter. Non la grâce immense de Dieu avait imaginé la résurrection, la vie nouvelle, avant que la vie toute simple ne se mette en mouvement. Avant même que l’humain marqué par un corps de finitude ne meure.

Ainsi la résurrection de Jésus n’est pas un événement qui récompenserait les surdoués de la foi. Dieu est venu chercher les choses folles et perdues de ce monde dont nous sommes tous et toutes. Jésus n’est pas ressuscité parce qu’il était mi homme mi Dieu, et donc pas susceptible de mourir, mais il est mort comme un homme et en lui la grâce de Dieu dans ce qu’elle a de plus fort nous a montré la vie au-delà de cette vie qui nous porte et qui est la notre. Comme nous le savons tous, il n’est pas été facile pour les premiers témoins de parler de cette réalité de la résurrection.

 

Mais nous pouvons dors et déjà tirer quatre ou cinq enseignements de cette réalité telle que la bible nous la propose. La résurrection c’est le renouvellement de toutes choses mais c’est aussi avant tout le renouvellement de l’être :

Tout ce qui déjà est à l’œuvre ici bas et qui met en doute le principe de fatalité fait œuvre de résurrection.

La résurrection n’est pas un processus naturel, elle ne résulte pas d’un travail de l’œuvre des humains ; elle est donnée c’est un acte de Dieu. Par nous-mêmes, nous ne sommes que poussière, nous ne possédons jamais la vie éternelle mais elle nous est donnée.

Elle n’implique pas un degré de divinisation de l’homme même si les images orthodoxes sur la question sont fortement évocatrices. Dieu communique à l’homme ses énergies divines…le créateur reste le créateur et la créature reste créature, nous ne sommes pas absorbés dans le grand tout, nous ne devenons pas Dieu ni une partie de lui mais nous devenons enfin nous-mêmes…

Nous ne perdons pas notre personnalité mais, elle est transformée, transfigurée. Les angoisses et les peurs qui nous dévisagent sont détruites, notre personnalité est introduite à la vie éternelle.

Dès lors, commence la transformation de ce que nous sommes et il est clair que dans nos églises nous devons réentendre ce message qui est sensé créer en nous une créativité harmonieuse plutôt que les conflits destructeurs ; désormais nous sommes pris dans ce mouvement

Du corruptible à l’incorruptible

Du méprisable au glorieux

De l’infirme à ce qui est plein de force

Du naturel au spirituel….

Tout cela n’est accessible que dans la foi au Dieu vivant qui s’est fait proche de nous

En la personne de Jésus de Nazareth, en qui nous avons discerné le Christ… La transformation de l’être se produit dès lors que nous acceptons que la parole nous modèle.

 

Il est ressuscité

Amen

 

Frédéric Verspeeten

                                                                      



Dn 12,1-13

Notre résurrection

 

INTRODUCTION

Le passage de Daniel 12 fait partie de la littérature apocalyptique, avec une orientation eschatologique. Eschaton signifie le dernier, la fin des temps ou plutôt la résurrection à la fin des temps. Voilà le thème central de ce dernier chapitre du livre de Daniel. Je sais que la description d’une réalité post mortem comme celle donnée par Daniel n’a pas vraiment la cote ! Pourtant, en théorie, la résurrection est une des croyances fondamentales du christianisme. Mais concrètement, cela est vécu de façon assez différente par les croyants. Pour certains, la croyance en la résurrection représente le fondement de leur espérance ; ne pas croire en la résurrection rend notre foi vaine, avait dit en son temps l’apôtre Paul. Pour d'autres, la résurrection serait plutôt une chose difficile à croire, un obstacle à la foi. Même s'il n'y a pas de résurrection, l'essentiel n'est-il pas de faire le bien, de croire en la présence de Dieu, de croire au secours qu'il apporte à celui qui se tourne vers lui. Cette façon de voir n'est pas sans intérêt. Elle rend notre foi désintéressée et sans calcul. Pourtant, l'annonce de la résurrection est réellement centrale dans tous les livres du Nouveau Testament. Elle est indissociable d'une certaine conception de l'être humain et du sens de l'existence. Ces derniers chapitres du livre de Daniel sont l’un des rares passages de l’Ancien testament qui nous parle de résurrection. Revisiter la conception juive de la résurrection pour mieux dire la résurrection aujourd’hui, voilà le cheminement que je vous propose.

 

I CE QUE NOUS DIT Dn12 DE LA RÉSURRECTION

 

1 Texte ésotérique ?

Ce passage semble ésotérique, truffé de mystères. Mystère sur le temps ? Un temps d’angoisse, 1290 jours, 1335 jours… Que signifie ce calendrier ? Mystère autour du lieu : quel est ce fleuve ? Mystère autour des personnages : Michel, grand prince, deux hommes dont un vêtu de blanc ! Qui sont-ils ? Mystère autour des objets : Quel est ce livre que Daniel doit sceller ? Quel secret renferme-t-il ?

Il nous faut franchir la distance historique, conceptuelle, qui nous sépare de ce texte pour qu’il ne reste pas mystérieux ! Ce texte se divise en deux parties, d’abord une parole adressée à Daniel, puis une vision avec des débuts de réponses dans l’urgence. Ce passage n’est pas une présentation doctrinale, mais une situation concrète, celles des frères victimes du roi. Nous n’entrerons pas dans le contexte historique, mais nous retiendrons que l’auteur écrit sur fond de crise et passe d’une crise historique à une crise finale. Les chiffres sont symboliques : 3,5 périodes, soit 1260 jours ; 3 ans et demi, c’est la moitié de 7. Ce n’est pas la fin des temps que l’on nous décrit mais une situation intermédiaire. Michel, ange de premier rang, n’est cité que trois fois dans l’Ancien Testament. C’est l’ange gardien de la nation d’Israël. Les anges, dans le langage apocalyptique, sont les témoins des profondeurs du monde qui nous échappe, du monde que nos yeux ne peuvent voir ! Parmi ces profondeurs, il y a la résurrection. En quels termes le livre de Daniel nous en parle-t-il ?

2 le temps et mots de la résurrection

Notons d’abord que les mots "ressusciter" et "résurrection" ne sont pas utilisés. Notre Bible, qu’elle soit écrite en hébreu ou en grec, prend des mots qui appartiennent au langage courrant. Au verset 2, l’auteur parle de ceux qui vont se réveiller : mourir c’est dormir, donc se réveiller c’est ressusciter. Au verset 13, il emploie le verbe se lever, comme on se lève de table, ou comme on se lève le matin pour aller au culte. Ici c’est un mouvement très concret qui est traduit par "ressusciter". Notons que, dans ce passage, l’auteur parle au futur, pour être plus précis à l’inaccompli. Mais d’autres passages, en particulier chez Paul, en parlent au présent. Il ne dit donc pas :"Vous ressusciterez après votre mort physique", mais bien : "Vous êtes ressuscités avec Christ". (Col 2:11-13, Eph 2:1-5, etc.)
Nous sommes en fait prisonniers des mots que nous utilisons. Soit la résurrection est à venir et donc elle est pour un autre temps, comme dans ce passage de Daniel, soit elle a déjà commencé et donc elle est pour un ailleurs, comme chez Paul, car si nous sommes déjà ressuscités, c’est que nous sommes déjà dans le royaume ! En fait la résurrection n’est pas pour ce monde, elle n’est pas pour notre espace temps, elle est dans un au-delà.

II CE QUE LA RÉSURRECTION EST ET N’EST PAS


Dans ce cas comment parler de la résurrection ? Je crois qu'il est d'abord nécessaire de remettre les choses au point !

1 La résurrection et la mort

La résurrection n’est pas l’absence de la mort ! La résurrection c’est l’affirmation de la mort. Le passage de Daniel nous parle de ceux qui dorment dans la poussière. La mort, qui est coupure et séparation, n’est pas niée. Dans l’Ancien Testament, elle est totale, rien ni aucune partie de l’humain n’y échappe. Il y a une radicalité de la mort, mais cette coupure n’est pas sans espérance.

2 La résurrection n’est pas la réincarnation

La deuxième précision, qui me paraît nécessaire, est de rappeler que la résurrection n’est pas la réincarnation. La croyance en la réincarnation a connu un certain succès en occident, par vision optimiste (c’est la seconde vie), contrairement aux religions orientales qui y voient une fatalité dont il faut se débarrasser. La réincarnation n’a pas besoin de Dieu. L’avenir de l’homme sans Dieu, c’est le retour sur lui-même, un retour à notre vie antérieure, comme si l’homme se suffisait à lui-même.

Notre avenir est en Dieu, notre espérance est dans la transfiguration de notre personne. La résurrection affirme l’un et l’autre.

 

III DIRE LA RÉSURRECTION AUJOURD’HUI

 

1 Avec quel mot parler et croire en la résurrection ?

Pour certains, la résurrection est celle du corps et l'on se retrouve là-haut à peu près comme ici-bas. Pour d'autres, la résurrection est quelque chose de spirituel et l'on se retrouve comme de purs esprits, bien différents de ce que nous sommes maintenant. Pour d'autres encore, il s'agit juste d'une certaine dimension de notre vie qui demeure, au minimum dans le souvenir de ceux que nous laissons derrière nous, ou par nos œuvres. Pour répondre à cette question, repartons du texte biblique, et en particulier de la conception juive transmise par ce passage du livre de Daniel.

 

2 Le comment n’est jamais expliqué

Notons d’abord qu’il n’y a pas de description détaillée de la résurrection, ni dans ce passage, ni dans les évangiles, ni chez Paul. Le comment n’est jamais expliqué. Nous sommes incapables de nous représenter, ni la résurrection, ni un au-delà de notre vie. Notez au passage que les évangiles ne nous décrivent pas la résurrection, mais le ressuscité. Ce constat doit nous éviter de tomber dans le piège de l’imaginaire.

3 Affirmation d’un au-delà

Cet au-delà est hors de notre espace et hors de notre temps. Être hors du temps, c’est ce qu’Augustin appelle l’éternité. L’éternité n’est pas un temps infini, non, c’est un temps hors du temps ! Parler d’un au-delà, et finalement d’éternité, peut paraître étrange puisque tout ce que nous voyons dans ce monde n’est que matériel et temporel. Mais précisément, croire en Dieu, c'est croire que la réalité ne se limite pas à ce qui est matériel. La vie éternelle que nous propose le Christ n'est pas une vie matérielle qui serait rétablie un jour dans le futur pour durer indéfiniment, c’est une vie autre dans un autre monde.

4 Mort et recréation

La croyance juive en la résurrection est souvent oubliée à cause de la conception grecque qui affirme la séparation du corps et de l’âme et l’immortalité de l’âme. Or les juifs ne distinguent pas comme les grecs, corps et esprit. Cette conception leur est étrangère. Les juifs affirment au contraire l’unité de l’être, corps et esprit. Ils affirment aussi la radicalité de la mort. La résurrection ne peut donc être qu’une re-création sous un autre mode d’existence.

CONCLUSION

La croyance en la résurrection présentée dans ce livre de Daniel est importante pour nous. Elle nous rappelle que la radicalité de la mort n’est pas sans espérance. Elle veut dire que l'homme n'est pas condamné à la mort, mais il est promis à la vie, une vie renouvelée. La résurrection, c’est une création renouvelée, notre personne renouvelée. Nous, chrétiens, nous comprenons cette résurrection à partir de la présence du Christ aujourd’hui en nous et autour de nous. C’est le Christ qui renouvelle la création. L'accès à l’au-delà, suppose la mort, c’est-à-dire un certain renoncement à ce monde et à nous-mêmes. Elle est aussi confiance en Dieu le créateur et le re-créateur.


Éric Deheunynck

 

 

 

 

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