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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Jean le baptiste (janvier 2006) : son identité, son baptême et ses relations avec Jésus

28 Juillet 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2006

Éditorial

 

Jean le Baptiste

  

Ce mois de janvier est un peu celui de Jean le Baptiste. Quelques jours après l’épiphanie, nous célébrons en effet le baptême du Seigneur. Une prédication portera très certainement sur un passage des évangiles concernant le ministère de Jean le Baptiste.

La tradition chrétienne présente Jean comme celui qui précède, comme le précurseur de Jésus. Il est décrit par les évangélistes comme le dernier des prophètes. Il annonce la venue du Messie. Il est aussi celui qui introduit la tradition du baptême. N’est-il pas représenté sur de nombreux baptistères, vêtu d’une tunique de poil de chameau, tenant un bâton avec à son extrémité l’agneau crucifère inscrit dans un médaillon. Pourtant, il serait trompeur d’en rester à cette présentation établie. Le personnage de Jean le Baptiste est plus complexe.

Les récits du Nouveau Testament laissent apparaître une rivalité entre Jean et Jésus, et même entre les disciples de l’un et de l’autre. De même, le baptême au nom de Jean se distingue du baptême au nom de Jésus. Au-delà de la tradition, que peut-on dire de Jean le Baptiste ? Voilà l’enjeu de ce numéro.

 

Bonne lecture et bonne année 2006

 

LP



SOMMAIRE

Jean le baptiste et Jésus (en ligne)
Du baptême de Jean au baptême chrétien
Jean le baptiste dans l'art


 

Jean le Baptiste et Jésus : quelle relation ?

 

             Avant de devenir Jean-Baptiste, ce Jean-là a été désigné comme Jean le Baptiste, tout comme Jésus a été désigné comme Jésus le Christ, voire, dans les écrits de Paul notamment, par l’expression le christ Jésus, avant de se voir attribuer une sorte de prénom double, Jésus-Christ.

            L’importance du personnage si tôt désigné par un titre, le baptiste (entendez : le baptiseur, l’inventeur d’un baptême unique) est déjà suggérée par le nombre de mentions de ses faits et gestes ou de ses paroles dans le Nouveau Testament. Parmi l’entourage direct ou indirect de Jésus, seuls Paul (avec 195 mentions) et Pierre (avec 151) dépassent Jean le Baptiste (cité 94 fois). En dehors de Pierre, aucun des Douze, pas même l’autre Jean, le fils de Zébédée pourtant particulièrement proche de Jésus, n’apparaît aussi fréquemment, tant s’en faut. Jean le Baptiste est donc un personnage incontournable, dans nos évangiles mais aussi dans l’Évangile, dans l’événement proclamé et inauguré par Jésus le Christ.

            En nous en tenant aux sources néotestamentaires, il nous faut y regarder de plus près : quelle est cette présence du Baptiste ? Quel a été son rôle, avant Jésus puis alors que Jésus était devenu un personnage de premier plan ? Comment se situait-il lui-même par rapport à Jésus lorsque les autorités religieuses, l’important courant des pharisiens, l’opinion publique, voire le pouvoir policier d’un Hérode Antipas ou le pouvoir politique de l’occupant romain en venaient à se poser des questions sur la nature et la visée du mouvement provoqué par Jésus ?

 

Un titre peut-être réducteur 

Les textes du Nouveau Testament donnent déjà à ce Jean-là le titre de Baptiste, au sens de baptiseur. Peut-être était-ce commode pour le distinguer de Jean l’apôtre. Mais tout de même, le Baptiste n’a pas fait que baptiser. Il a été un prédicateur au verbe puissant, sur la voie publique et grâce au « téléphone arabe », au point que des foules se déplaçaient pour aller l’écouter et pour se faire baptiser dans le Jourdain. Mais il arrive souvent aussi que les textes en question le désignent simplement par son nom : Jean. Au lecteur de se prononcer devant ce personnage peu commun et son message en paroles et en actes.

Vous lirez dans ce même numéro de L.P. quelques explications sur ce « baptême de Jean », son originalité et ses rapports avec le baptême chrétien. La Tradition a préféré, pour désigner le personnage, un autre titre, plus large que « le baptiste » : le Précurseur. Jean précédait Jésus et, par sa vigoureuse prédication et son baptême, préparait le peuple juif à accueillir le Messie attendu. Pareille interprétation du ministère propre à Jean le Baptiste (cf. Jn 1, 19-27 et Ac 1, 5) visait clairement à préciser le rôle, la place de chacun, Jean d’une part, Jésus de l’autre. Mais elle posait du même coup la question de savoir pourquoi Jésus lui-même avait demandé et reçu ce baptême de Jean. Matthieu 3, 14-15 exprime bien cet embarras, non seulement celui de Jean mais aussi sans doute celui des chrétiens contemporains de la diffusion de cet évangile : la réponse de Jésus au verset 15 reste obscure et ce n’est pas fortuit.

 

Prophète ?

            La manière d’agir de Jean, telle qu’elle est décrite évoque, à coup sûr une démarche de prophète. Tel un prophète d’antan, Jean n’a reçu aucun mandat institutionnel. Il semble n’avoir pas d’adresse, vivre en marginal (cf. son habillement et son régime alimentaire), n’exister que par son comportement de type prophétique. Jean clame à la cantonade un message que Dieu seul peut légitimer. Le peuple juif, en grande masse semble-t-il, ne s’y est pas trompé. Le prophétisme à la manière israélite avait quasi disparu depuis longtemps ; il fallait se contenter de la religion officielle, largement sacrificielle, célébrée au Temple de Jérusalem, et plus aisément des célébrations (non sacrificielles) dans les synagogues, des tensions entre mouvements divers tels que celui des pharisiens, celui des sadducéens, celui des zélotes, ou des sicaires, ou encore celui des esséniens, sans parler des samaritains considérés comme les héritiers d’intrus et de pestiférés. Et, comme toile de fond, il fallait évidemment prendre en compte  l’occupant romain présent un peu partout dans le pays. Cette situation, difficile à vivre pour  l’individu lambda, a sans doute contribué au retentissement de la prédication de Jean ; d’autant plus que Jean annonçait un événement absolument majeur pour la foi juive à cette époque et donnait à son apostrophe un caractère d’extrême urgence : le Messie attendu arrive, et ce sera la fin des temps ; préparez-vous à l’accueillir comme il convient ; changez votre manière de vivre pour que le Messie y soit traité comme il le doit !  

            Prophétiser ne signifiait pas prédire, encore moins deviner comme en Matthieu 26, 67, mais transmettre un message de Dieu lui-même. Jean a été, selon les témoignages recueillis dans les évangiles, un prophète en ce sens-là. Mais le judaïsme connaissait en même temps un emploi spécifique du mot prophète. Dans un courant messianique, le Messie devait être précédé par un messager annonçant son arrivée imminente. On appelait ce messager LE prophète (voir Mt 11, 10, Lc 7, 26b-27). Parfois l’identité de ce personnage unique était précisée : ce devait être Élie, Élie revenu précisément pour ce rôle de messager précurseur, au sens originel de ce dernier mot, celui qui court devant (voir Mc 6, 14s et 9, 12s ; Mt 11, 14 ; Lc 9, 18s) pour crier que le jour J arrive.

            Des contemporains de Jean et de Jésus, notamment des autorités juives, ont interrogé Jean lui-même sur son rôle : voyez Jean 1, 19-25. Alors que, dans les trois premiers évangiles, Jésus aurait clairement identifié feu Jean-Baptiste comme cet « Élie revenu » (Mc 6, 15 et parallèles), dans le quatrième évangile (Jn 1, 21), Jean interrogé décline cet honneur et définit très modestement son rôle : « Je suis la voix d’un homme qui crie dans le désert ». Cette réponse, sans doute de facture chrétienne, constitue une allusion à Ésaïe 40, 3ss. Jean refuse le titre et pourtant il évoque son rôle dans des termes qui rejoignent ceux des synoptiques précisément par des formules empruntées aux Écritures : préparer le chemin, ouvrir le chemin devant le Messie. Luc 7, 27 cite Malachie 3, 1, un texte qui annonce plutôt le Messie lui-même que le précurseur.

            On peut ici se rendre compte du flottement qui a tourmenté bien des esprits quant aux rôles respectifs de Jean le Baptiste et de Jésus, flottement qui a persisté après la mort de l’un puis celle de l’autre. Mais il faut en même temps tenir compte que nous lisons des textes appartenant pour la plupart à la catéchèse chrétienne. Ainsi force est de rapprocher la modestie de Jean – « je ne suis ni le Messie, ni Élie, ni le Prophète, je suis la voix d’un homme qui crie dans le désert » – du fait que Jésus n’a jamais revendiqué aucun titre messianique, au moins jusqu’aux interrogatoires lors de son procès – interrogatoires auxquels n’assistait d’ailleurs aucun de ses disciples ou de ses partisans. Tous les titres étaient piégés ; si donc on souhaitait intégrer Jean le Baptiste à l’épopée dont Jésus était le héros, il convenait d’aligner le messager sur le héros dont il devait annoncer l’arrivée imminente.

 

Retrouver l’histoire des historiens ?

            On le voit, ce n’est pas simple puisque les écrits qui sont devenus le Nouveau Testament ne se présentaient pas comme des documents issus de reportages en direct mais relevaient bien plus d’une catéchèse interprétant et commentant les faits qui avaient suscité la foi en Jésus reconnu Christ, Messie.

            Parfois les faits sont têtus, ineffaçables même lorsqu’ils sont devenus gênants. Ainsi en est-il du baptême de Jésus par Jean. Si ce baptême administré par Jean couronnait une préparation à un accueil « à cœur ouvert » du Messie grâce à une sorte de conversion, de changement de projet de vie, pourquoi Jésus devait-il recevoir lui aussi ce baptême ? Matthieu (3, 13-15) traduit bien la difficulté d’une telle situation, et la réponse de Jésus à la protestation de Jean[1] obtient la soumission de Jean mais nous laisse le soin de comprendre ! On nous explique généralement que Jésus manifestait ainsi son appartenance profonde au peuple élu, sa solidarité, mais cela n’explique rien quant à la nécessité de son baptême par Jean, et en quoi Jésus devait changer pour… accueillir le Messie. Le lecteur non chrétien est amené à se dire que rien ne distinguait encore Jésus de ses contemporains et qu’il agissait exactement comme les foules qui se pressaient autour de Jean jusqu’à ce que chacun ait été baptisé. Luc (4, 21) sent la difficulté et la traite autrement que Matthieu : Jésus est baptisé le dernier, comme s’il concluait cette démarche préparatoire du peuple juif, et son baptême, suivi d’un temps de prière est l’occasion pour Dieu de désigner Jésus pour tenir le rôle de Messie.

Nous aurons à revenir dans un instant sur cette intronisation en évoquant la question de la « conscience messianique » de Jésus, qui a beaucoup occupé naguère les biblistes. Mais il nous faut d’abord relever des divergences dans la succession des événements significatifs entre Jean et Jésus. D’après Luc (4, 14s), Jésus quitte la Judée et le voisinage de Jean tout de suite après son baptême et entame sans délai son travail propre. Mais le quatrième évangile, qui s’attarde plus longuement que les autres sur le baptême reçu par Jésus, signale bien un départ de Jésus pour la Galilée sitôt après cet événement mais ramène bientôt après Jésus en Judée (Jn 3, 22s), cette fois entouré des premiers disciples recrutés en Galilée. Et voilà que Jésus, assisté de ses disciples ou les faisant agir pour son compte, agit comme le Baptiste et baptise ou fait baptiser. Quel sens peut avoir  ce baptême administré par Jésus ou de sa part ? Aucune explication ne nous est donnée. Bien au contraire, le quatrième évangile garde le souvenir d’une irritation éprouvée par certains disciples de Jean le Baptiste en raison de la concurrence ainsi faite à leur maître (Jn 3, 25ss) : « Tous vont à lui [Jésus] » (3, 26). Le Baptiste, dûment christianisé, répond de façon fort irénique et sa réponse culmine dans une belle formule : « Il faut qu’il croisse et que je diminue » (3, 30).

Il semble bien que, paraissant dans la dernière décennie du 1er siècle, le quatrième évangile juge opportun de pondérer encore le souvenir de cette fâcheuse concurrence, à moins que celle-ci n’ait été imaginée a posteriori pour expliquer la persistance de groupes de disciples de Jean le Baptiste et leur hostilité. En Jean 4, 1-4 l’information apportée peu avant (3, 22s) est minorée par une précision : Jésus ne baptisait pas lui-même. Mieux, quand il apprend que son action est jugée avec amertume et hostilité par les disciples de Jean, Jésus plie bagage et retourne en Galilée. Et il se démarque si bien de Jean qu’il ose traverser la Samarie, région ordinairement interdite par la bienséance juive de l’époque. Reconnaissons que ces récits et autres correctifs font un peu désordre. L’action baptismale de Jésus, copiant celle de Jean, n’a pas reçu d’explication et le comportement de Jésus paraît encore bien tâtonnant sinon improvisé.

C’est ici que resurgit la question de la « conscience messianique » de Jésus. Force nous est de constater que les textes des évangiles, et pas davantage les lettres de Paul, ne permettent de saisir une explication. La séparation d’avec Jean le Baptiste y a sans doute contribué. L’arrestation, l’emprisonnement puis l’exécution de Jean davantage encore.  Mais le quatrième évangile ne reconnaît que du bout des lèvres (3, 24) qu’il y avait un rapport entre l’élimination de Jean et une action autonome de Jésus. Les évangiles synoptiques sont nettement plus catégoriques (Mc 1, 14-15 ; Mt 4, 12 ; Lc 4, 14-15). Mais on a du mal à comprendre pourquoi l’arrestation de Jean sur l’initiative d’Hérode Antipas amène Jésus à rallier la Galilée… où règne ce roitelet tyrannique, sous le titre de tétrarque (chef d’un quart de royaume !). La version du quatrième évangile élude cette question d’ordre tactique et nous invite à nous satisfaire d’un irénisme partagé entre Jean et Jésus. Cette version est probablement destinée aux lecteurs de ce quatrième évangile, parce qu’il existe encore un conflit non seulement entre Jésus et le judaïsme officiel mais encore entre le « mouvement Jésus » et le mouvement baptiste persistant.

 

Jean le Baptiste pris de doute et Jésus prononçant une évaluation ambiguë sur cet ″Élie revenu″

            C’est la fameuse question confiée par Jean, du fond de sa prison, à deux de ses disciples à l’adresse de Jésus : « Es-tu celui qui doit venir (c’est-à-dire le Messie attendu) ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 1-5 et Lc 7, 18-23). La réponse destinée par Jésus à Jean laisse ce dernier non avec une réponse à enregistrer comme un élément de savoir mais devant une décision existentielle à prendre, et ce aux portes de la mort, la décision de la foi.

            Mais Jésus, qui nous est présenté alors pleinement engagé dans son rôle unique, semble avoir été touché, voire blessé par cette question émanant justement de cet « Élie revenu ». Matthieu 11, 16-19 et Luc 7, 24-30, dans la suite immédiate de la question de Jean et de la réponse de Jésus, parle de Jean le Baptiste de façon fort paradoxale, Jean est à la fois « un prophète et plus qu’un prophète » (entendons : LE prophète), et encore, « Parmi les enfants  de femmes, il ne s’est pas levé de plus grand que Jean le Baptiste ». Mais dès le verset suivant, dans la foulée, Jésus poursuit : « mais le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui ». Avouons ne pas comprendre cette hiérarchie terrestre, et encore moins cette autre hiérarchie, qui existerait dans le Royaume de Dieu. Mais cette obscurité même, plus épaisse peut-être pour nous que pour les auditeurs de Jésus, traduit en tout cas l’embarras des groupes de disciples dans le dernier tiers du Ier siècle quant au rôle effectif de Jean et à la relation entre Jean et son rôle d’une part, Jésus et son rôle d’autre part. D’aucuns auraient peut-être jugé plus habile de censurer cette question de Jean et la réponse de Jésus. Cela aurait facilité l’écriture d’une « histoire sainte » tranquillement édifiante. Mais en dépit de leur visée catéchétique, les textes évangéliques ne nous proposent pas de vivre notre foi dans une humanité idéalisée, dans un monde déjà acquis au règne de Dieu, dans une Église joyeusement fraternelle où n’existerait aucun conflit, aucun malentendu, aucune souffrance infligée à l’autre ou par l’autre. Il semble bien que, au fond de son cachot, Jean le Baptiste ait « raté la marche ». Et ce récit, qu’on ne peut croire inventé de toutes pièces pour ruiner la crédibilité des groupes baptistes, est adressé aux lecteurs d’aujourd’hui. : « Celui qui pense être debout doit prendre garde de ne pas tomber » (1 Co 10, 12).

 

Le Baptiste considéré comme le Messie ?

            La persistance de la pratique du baptême de Jean et de l’existence de groupes de disciples de Jean ne peut se comprendre que par une identification de Jean avec le Messie. Cette explication raisonnablement incontournable n’est jamais énoncée dans les textes du Nouveau Testament. Ç’eût été provoquer une situation de guerre entre sectes : si Jean avait été le Messie, Jésus aurait été un usurpateur et un imposteur, pas moins ! C’est sans doute pourquoi les textes du Nouveau Testament s’en tiennent à mentionner la persistance du baptême de Jean, devenu le baptême « au nom de Jean », opposé au baptême « au nom de Jésus ». En Actes 18, 24-26 apparaît Apollos, un missionnaire plein de zèle et de talent de prédicateur ; il est d’origine juive, de l’importante communauté juive d’Alexandrie en Égypte. Il « ne connaissait » (n’avait reçu et ne proposait) que le baptême de Jean » lorsque Priscille et Aquilas le rencontrèrent à Éphèse et complétèrent (!) son instruction religieuse : présentation qui évite tout conflit. À Éphèse encore, Paul, en tournée missionnaire, rencontre « quelques disciples » et leur demande « quel baptême » ils ont reçu (Ac 19, 1-3). Réponse : le baptême de Jean. Paul s’empresse de procéder à une ferme mise au point sur le rôle de Jean le Baptiste par rapport à celui de Jésus (Ac 19, 4-5) et régularise la situation en prescrivant « le baptême au nom de Jésus » ; dont acte. Constatons que la formule trinitaire qui figure en Matthieu 28, 19s, et là seulement, ne s’est pas encore imposée. Il faudra attendre le IVe siècle et le concile œcuménique de Constantinople pour la promulgation de ce dogme, source d’un conflit théologique qui aboutira, au XIe siècle, au grand schisme qui sépare encore l’Église de Rome des Églises orthodoxes.

            L’histoire des rapports entre Jean le Baptiste et Jésus est donc plus complexe, moins édifiante que celle que les premières communautés chrétiennes se sont efforcées d’accréditer. Jean le Baptiste semble bien avoir conçu pour lui-même le rôle de précurseur du Messie, mais il s’est profondément trompé sur la manière dont Jésus serait le Messie de Dieu. En effet Jésus n’est pas arrivé avec une cognée pour abattre les arbres à la racine s’ils ne portent pas du bon fruit (Mt 3, 10), autrement dit pour exécuter sans délai le jugement dernier. Nous avons là probablement la raison de la question de Jean : « Es-tu celui qui doit venir ? » et de l’opinion réservée de Jésus sur ce Précurseur resté à la porte du Royaume.

 

                                                                                                             Étienne Babut



[1] « Accepte qu’il en soit ainsi pour le moment. Car c’est de cette façon que nous devons accomplir tout ce que Dieu demande »

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