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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Les œuvres protestantes (octobre 2006)

5 Août 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2006

Éditorial

 

Les œuvres protestantes

 

 

En affirmant Sola fide, sola gratia, Luther ne dénonçait pas les œuvres en tant que telles. Le différent était d’ordre théologique, le salut par la grâce s’opposant au salut par les œuvres ! Les œuvres pour les protestants ne sont pas des moyens de salut, mais témoignages de l’amour de Dieu.

 Les Églises protestantes connaissent le ministère de diacre, chargé de l'assistance aux pauvres. Ce ministère s'exerce soit à travers des « institutions ou œuvres protestantes », indépendantes des structures ecclésiastiques stricto sensu, soit dans le cadre de diaconats paroissiaux. Ce sont ces institutions et œuvres protestantes qui vont constituer le cœur de ce dossier. Pour obtenir plus d’informations sur la diaconie paroissiale, je vous renvoie au numéro de juin 2001. Bien sûr, il nous faudra replacer ces œuvres dans la perspective historique et théologique, mais l’essentiel du dossier portera sur les œuvres proprement dites, telles que la Cause et la Mission populaire.

 

Bonne lecture à tous.

 

LP


SOMMAIRE

La question des œuvres chez les protestants (en ligne)
La Cause (en ligne)
La Mission populaire évangélique de France
Petite histoire des œuvres protestantes françaises
Entretien avec Gérard De Riemacker, vicaire épiscopal



Théologie

 

La question des œuvres chez les protestants

 

Redoutable question que celles des œuvres dans la vie des chrétiens : comment, combien, pourquoi, quand ? Il eut un temps d’opposition stérile entre catholiques et protestants sur la place des œuvres. Aujourd’hui ces accents différents sont plutôt compris comme une interpellation mutuelle stimulante.

La discussion n’est pas de savoir s’il faut ou non des signes concrets de la foi - oui, dans tous les cas, il en faut - mais quelle est leur place dans l’oeuvre du salut. La réponse catholique est plus participative et mobilisatrice, mais peut mettre en danger la gratuité du salut. Nous, protestants, ne sommes pas justifiés par nos œuvres, elles ne rajoutent rien au salut qui nous est acquis en Jésus-Christ seul. Nos actes sont toujours notre libre réponse à la grâce reçue, jamais un moyen pour l’acquérir. L’œuvre ne peut pas être “pour” - la récompense, le salut, etc. - elle est suite logique de l’amour que Dieu nous manifeste.

En bonne tradition luthérienne, le chrétien ne se distingue pas des autres par ce qu’il est ni par ce qu’il fait, mais par ce qu’il reçoit de Dieu. Il n’a pas à se justifier par ses œuvres, mais simplement se recevoir de Dieu, et répondre ensuite à l’amour de Dieu dans ses manières de vivre.

Les difficultés qui apparaissent avec cette affirmation de la gratuité du salut se situent dans le champ de l’application : si tout m’est acquis à quoi bon me fatiguer encore ? (question de la mobilisation) et s’il n’y a pas de réponse à la grâce première, où est la crédibilité de la foi (question de la sanctification. Ce type de question est aussi vieux que le christianisme comme le montre le débat que relate Jacques (2,14-20) qui prend un exemple de bon sens : quelle hypocrisie de laisser le pauvre avec des bonnes paroles grelotter dehors !

C’est le signe même qu’il n’y a pas eu de changement de mentalité et dans ce cas la foi apparaît comme un prétexte à la paresse. Montre-moi comment ta foi peut exister sans actes. Quant à moi, je te prouverai ma foi par les actes. La foi appelle les actes pour sonner juste sinon elle ressemble à une belle philosophie sans suites et n’est pas signe de la grâce reçue. De même que le corps sans le souffle de vie est mort, de même la foi sans les actes est morte. Apparaît une autre difficulté avec la gratuité : comment la conserver ? Comment faire des gestes visibles dans le secret ? L’acte bon suscité par la grâce ne peut être perçu comme tel sinon il perd immédiatement le caractère d’innocence et d’évidence qui le faisait bon.

Deux exemples bibliques nous en parlent : le grand tableau eschatologique en Mt 25 “quand t’avons-nous vu...?” Les bonnes actions ou leur absence ne se révèlent qu’au jugement, leurs acteurs n’en savaient rien. Il leur était évident de soulager les misères rencontrées sans en faire état ou bien ils ne les avaient pas vues.

Et à l’opposé se trouve le Pharisien qui énumère ses bonnes œuvres (la dîme, le jeûne, les prières). Il est tellement imbibé de lui-même qu’il n’y a pas de place pour Dieu, alors il ne rentre pas justifié (Lc 18,9-14) Tandis que le collecteur d’impôts avait pleine conscience de sa nullité et l’avouait sans s’en cacher : il restait donc de la place à Dieu pour le relever.

Dieu ne demande pas la perfection, lui aussi connaît nos limites et nos péchés. En revanche, pour pouvoir vivre avec Lui et les autres, il faut qu’il y ait de la place pour la gratuité des relations. Ce qui implique une certaine conscience de nos imperfections et une certaine modestie.

C’est à ce prix-là que la vraie rencontre peut avoir lieu, c’est à ce prix là que nous pouvons nous entraider. Si celui qui est dans la position forte de pouvoir donner le fait ‘pour’ quelque chose (s’assurer son propre salut, plaire à Dieu, recevoir une récompense), il est dans l’erreur.

Qui ne sait pas recevoir ne sait pas donner non plus. Qui a besoin d’une position de force pour être avec autrui ne peut rien lui donner, car il reste au-dessus, il n’est jamais avec.

En revanche, celui qui se sait interdépendant, fragile et imparfait par ailleurs, qui peut autant recevoir que donner, celui-là est libre pour une relation gratuite. Dieu se niche dans cette gratuité de nos relations, de nos actions.

C’est dans cette même gratuité qu’Il entre en relation avec nous, par grâce seule au moyen de la foi en Jésus le Christ mort et ressuscité.

Ne pas changer de regard sur l’autre et notamment sur celui qui est dans le besoin, c’est garder son regard de non-converti (Paul dirait vivre selon ‘la chair’ et pas selon ‘l’esprit’), c’est tenir la grâce en échec.

Tout l’art est donc de sortir de l’indifférence et de l’affairisme, de la paresse et du calcul pour être simplement avec, attentif aux besoins d’autrui sans l’instrumentaliser pour mes propres besoins et bonnes œuvres. Ce qui, en revanche, peut/doit s’acquérir c’est une compétence dans le service de l’autre, la diaconie, les actions envers les démunis de tous bords, un savoir-faire qui complète le savoir-être.

Ayant reçu notre identité profonde de Dieu, étant ses enfants bien-aimés sans mérites particuliers, nous pouvons, avec conscience de nos limites et ambiguïtés, assumer joyeusement le service diaconal en laissant la grâce de Dieu agir en nous et à travers nous.

C’est gratuit, c’est pour rien, mais c’est beaucoup et à la gloire de Dieu.

Éva Nocquet

 

PS : utile à lire : I. Grellier, Action sociale et reconnaissance, Éd.Oberlin, 2003


Œuvres protestantes

 

La Cause

 

"La cause pour laquelle nous combattons n’est pas la nôtre, mais celle du Christ" (Melanchthon)

 

Au début du 20e siècle, au moment où le protestantisme français commence à se structurer[1] et avant que l’Église réformée de France elle-même ne se rassemble dans sa forme actuelle[2], est apparue à beaucoup la nécessité de mettre en commun les bonnes volontés pour œuvrer efficacement, en particulier en matière d’évangélisation. L’appel lancé par le pasteur Freddy Durrleman a été le facteur déclenchant d’un mouvement qui a rassemblé deux cents protestants issus d’Églises différentes autour d’une idée : créer une œuvre d’évangélisation multiforme. La Cause est ainsi née en 1920 et agissait à l’origine dans une trentaine de domaines d’action.

Aujourd’hui La Cause poursuit sa vocation et apporte son soutien à l’ensemble des Églises protestantes auxquelles elle offre différents services, moins nombreux que jadis, mais adaptés au monde contemporain.

-         Les Éditions de La Cause proposent de nombreux ouvrages sur les principes et l’histoire du protestantisme, des témoignages, des romans, des ouvrages pour les jeunes, des enregistrements de cantiques et de musique religieuse.

-         Une bibliothèque sonore et Braille, pour les non-voyants ou mal-voyants, fait circuler en France et dans les pays francophones les ouvrages les plus divers.

-         Le service « Solitude, Célibat, Mariage » est assuré par une conseillère conjugale et familiale qui est en même temps pasteur. Il s’articule en trois types d’activités répondant à un véritable besoin. SOLidarité FAce à la SOLitude organise des rencontres en France, en Suisse et en Belgique pour ceux qui, sans engager de recherche de conjoint, cherchent à briser l’enfermement de la solitude. Éliezer favorise les rencontres en vue de mariages basés sur une foi partagée. L’accompagnement conjugal permet de réconforter des couples qui traversent des phases difficiles.

-         Un service d’adoption, un des plus anciens de France, a permis à plus de deux mille enfants de trouver un accueil chaleureux dans des couples protestants. La Cause travaille essentiellement avec des orphelinats de Madagascar, du Cameroun et d’Haïti, elle attend en outre une habilitation pour trois nouveaux pays : la Hongrie, le Togo et le Vietnam.

-         Des camps de jeunes « Baladins » proposent à des enfants et adolescents des séjours de quinze jours chaque été. Dans la détente, ils allient découverte de la Bible et préparation d’un spectacle alliant chorégraphie, musique, chant et théâtre. Les Baladins présentent ensuite leurs créations aux touristes de la région.

-         Une aide financière, affective et spirituelle est apportée à de jeunes collégiens, lycéens ou étudiants qui vivent en orphelinats protestants ou dans des structures socialement assistées de Madagascar, du Cameroun, d’Haïti ou du Togo, dans le cadre de parrainages.

-         La Cause est enfin engagée dans des programmes d’aide humanitaire. Elle expédie des médicaments et du lait dans des orphelinats, elle collecte des lunettes qu’elle envoie en Afrique, elle finance la construction de bâtiments ou d’équipements au Togo, en Arménie, en Roumanie et à Madagascar.

-          

Comme toute œuvre, La Cause ne peut mener ses actions que grâce au concours financier de ses donateurs et à l’engagement de ses bénévoles. Vous pouvez rejoindre les rangs des uns ou des autres !

La Cause 69, avenue Ernest Jolly 78955 Carrières-sous-Poissy Tél : 01 39 70 60 52.

Site internet : http://www.lacause.org , contact : lacause@lacause.org

 

Jean-Paul Rœlly

[1] Création de la Fédération protestante de France en 1905.

[2] Création de l’Église réformée de France en 1938.


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Damien 02/12/2014 13:07

Encore une fois un article très riche et très documenté ! Merci. Si cela vous intéresse de creuser la question, je vous conseille cet ouvrage : http://librairie-7ici.com/9704-oeuvres-protestantes-en-europe-les.html