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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

L'Eglise et les enfants (décembre 2006)

7 Août 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2006

Éditorial

 

L’Église et les enfants

 

 

En ce mois de décembre nous célébrons la naissance de Jésus. Dieu s’incarne alors dans un enfant, fragile et plein d‘avenir, déjà reconnu par les mages et menacé par le roi Hérode. L’image de l’enfant est hautement symbolique. Le royaume de Dieu appartient à ceux qui leur ressemblent ! C’est à travers les plus petits et les plus fragiles que Dieu se manifeste.

Mais quelle place l’Église accorde-t-elle aux enfants ? Certes il existe l’école du dimanche et le catéchisme qui est aujourd’hui retravaillé comme nous le montrera Nicole Vernet. Certes les enfants peuvent être baptisés ou présentés au temple. Mais les enfants peuvent aussi être acteurs comme le montre l’équipe de scouts qui renaît sur la métropole lilloise.

Qu’avons-nous à leur dire ? Qu’ont-ils à nous apprendre ? Et vice-versa. Ce numéro nous invite à mieux cerner les rapports que l’Église entretient avec les plus petits ou les plus jeunes. Cette question est à la fois celle de la transmission, de la relation et du renouvellement.

 

Bonne lecture et Joyeux Noël à tous, grands et petits

 

LP  
Extrait du synode national de Cognac 2004
Un culte pas comme les autres (en ligne)


SOMMAIRE

Pan sur les doigts... des adultes (en ligne)
La catéchèse, transmission, relation ou témoignage ?


Méditation  biblique

 

Pan sur les doigts… des adultes

 

À propos d’une parole de Jésus : « Laissez venir à moi les petits enfants et ne les en empêchez pas car le Monde nouveau de Dieu appartient à ceux qui sont comme eux ! » (Mc 10/14 ; Matt 19/14 ; Lc 18/10)

 

Le temps n’est plus, chez nous (paraît-il), où un adulte estimait bien faire en sanctionnant un enfant pour une réponse erronée, une tâche bâclée ou une bêtise commise, à coups de règle sur les extrémités réunies des doigts d’une main. Ce sadisme passait couramment pour l’exercice légitime et moral d’une autorité éducative. Que l’on se rassure : le titre ci-dessus doit s’entendre en un sens symbolique !

 

Le bref épisode au cours duquel Jésus a accueilli des gamins figure parmi les plus connus et les plus souvent cités des évangiles. On se sert notamment de cette phrase de Jésus pour légitimer le baptême des petits enfants, voire des nourrissons. Mais les trois versions de cet épisode et de la phrase de Jésus ne comportent aucune allusion à un baptême qui n’existait pas encore. Il semble en revanche que le baptême chrétien ait été administré très vite après la mort de Jésus dans les communautés de disciples : aux adultes qui entraient ainsi dans la communauté, voire aux adultes accompagnés de leurs enfants comme à Philippes (Actes 16), en vertu d’une conception de la famille et de l’enfance dont nous sommes passablement éloignés de nos jours. Il vaut donc la peine de relire attentivement nos trois versions de l’épisode et du propos de Jésus. Elles comportent quelques différences qui signalent probablement que l’on s’est interrogé, que l’on a réfléchi et discuté sur la portée de ce qui a pris la forme d’une phrase-programme confiée aux communautés de disciples. La rédaction de Matthieu est la plus visiblement adressée à des communautés chrétiennes.

 

Première remarque : Jésus s’adresse oralement aux adultes, en l’occurrence à ses disciples. Ce sont ceux-ci qui se croient autorisés à faire barrage, alors que des anonymes, parents ou non, ont osé présenter des moutards à Jésus « pour qu’il les bénisse ». Image d’une Église déjà spontanément en retard parce qu’elle préfère un ordre établi… par la société à la parole libératrice de Jésus, qui ouvre des portes et appelle au changement. Question tout à fait actuelle pour les parents notamment (mais d’autres que les parents sont responsables d’un accueil !) : comment accueillir et accompagner nos enfants sur un chemin qui peut devenir le chemin de la foi ? Nous n’avons pas de recettes pour transmettre la foi, parce qu’elle ne se réduit pas à un catéchisme à mémoriser. Mais nous risquons toujours de constituer des obstacles à la découverte par nos enfants de l’amour de Dieu pour eux. Grave invitation à veiller, à chercher comment rendre plus lisible en nous, dans notre quotidienneté, une relation fondamentale avec Jésus-Christ.

 

Deuxième remarque : ces disciples qui rabrouent les audacieux introducteurs d’enfants auprès de Jésus agissent non pas en disciples mais par conformité à la culture et à l’usage de la société dans laquelle ils vivent. Assez généralement dans l’Antiquité, selon ce que nous en comprenons, les enfants étaient à tenir à l'écart des « grandes personnes » : ils n’avaient rien à dire, ils n’avaient pas droit à la parole, ils avaient seulement à obéir. Dans notre actualité récente (l’affaire d’Outreau), la parole des enfants a fait problème, dramatiquement. Jésus donnant la parole aux enfants en les accueillant inconditionnellement ne suggère pas qu’est bel et bon tout ce qui sortirait de la bouche des enfants… et de ceux qui estiment leur ressembler parce qu’ils s’autorisent enfin à être spontanés. Mais rien ne justifie une privation générale de parole ! Il incombe précisément aux parents, et aux adultes en général, d’apprendre à parler aux enfants qui leur sont confiés, pour qu’ils ne demeurent pas des infantes, des non-parlants c’est-à-dire des infirmes. La liberté accueillante de Jésus inaugure une révolution ; aux yeux du Dieu que Jésus nous invite à appeler Père, l’enfance n’est pas ce que l’on en faisait ! Il devient d’autant plus important de saisir ce que l’Évangile nous offre, à nous adultes, en nous proposant d’accueillir le Monde nouveau de Dieu comme des enfants. Là aussi, Jésus s’avère un révolutionnaire !

 

Troisième remarque : « Le Monde nouveau de Dieu appartient à ceux qui sont comme [des enfants] ». L’évangile selon Matthieu a déjà (18/3) recueilli, sous forme d’avertissement, cette invitation provocante adressée aux adultes à devenir comme des enfants pour entrer dans le Monde nouveau de Dieu. Les deux autres évangélistes s’emploient au contraire à illustrer l’invitation par le tableau de Jésus prenant des enfants dans ses bras, geste courant pour les pères d’aujourd’hui… dans notre environnement (mais il n’en est pas ainsi partout dans le monde !). Être un enfant, dans le propos de Jésus, ce n’est certainement pas décliner toute responsabilité ! C’est d’abord accueillir avec joie des cadeaux de toutes sortes : de l’amour, bien sûr, des amitiés partagées mais aussi lait puis nourriture solide, vêtements et soins ; ceci étant, l’enfant va faire son métier d’enfant, qui est d’apprendre, de découvrir, de grandir de diverses manières. Il en va ainsi de ceux qui entrent dans le Monde nouveau de Dieu : il n’y a pas de place pour la prétention, les titres, les classements par ordre de mérite. Mais accueillir cette invitation à entrer inaugure une nouvelle dynamique, un service reconnaissant qui sera à assurer jusqu’à la "vraie retraite".

 

Quatrième remarque : en s’interposant de leur propre chef, en faisant barrage, les disciples, bien intentionnés, commettent un acte grave. Marc l’exprime à l’aide d’une expression forte, que les deux autres évangélistes préfèrent éviter : « Jésus se fâcha » (Mc 10/14). Matthieu s’en tient prudemment à une expression très neutre : « Jésus dit ». Luc tient à montrer un Jésus pédagogue : « Jésus les appela ». Nous pouvons additionner Marc et Luc en notant que Jésus, en l’occurrence, n’en reste pas à sa légitime irritation et s’applique à éclairer ses compagnons : pour ce faire il les appelle. En une autre circonstance, ces mêmes compagnons seront dits « lents à croire » (Lc 24/25), tandis que l’auteur de l’épître aux Hébreux n’hésite pas à traiter ses lecteurs (les premiers et les suivants, n’est-ce pas ?) d’« hommes lents à comprendre » (Héb 5/11). Comme les Douze, nous opposons à l’enseignement radicalement nouveau de Jésus une résistance aux formes multiples !

 

Restent à l’adresse des adultes, parents et autres, précisément parce que le Monde nouveau de Dieu est là, une bonne parole et aussi un appel capital : ne prétendez pas être les propriétaires de vos enfants, ni les maîtres infaillibles des enfants. Renoncez à être des modèles… qu’ils critiqueront tôt ou tard. Soyez bien plutôt des témoins appliqués à dire vrai, à dire ou à donner à observer ce dont ils vivent vraiment, des relais, des échos de la grande invitation de Dieu à ses enfants, petits et grands : « Venez, entrez dans un autre monde, dans une autre vie que celui et celle que vous voyez tout autour de vous ! »

 

Étienne Babut

 


Témoignage

Un culte pas comme les autres

 

Nous sommes le 24 septembre 2006 au matin et je me rends au temple de Lille. Sur le parvis je reçois un carton avec une image, celle du groupe des mages ! C’est le groupe que je dois rejoindre. Dès l’entrée, nous sommes en effet répartis dans le temple. Lors de ce culte de rentrée, la prédication est remplacée par une discussion en groupe autour d’une question : « Qu’est-ce qu’être premier ? Être grand ? » Si les groupes d’adultes sont inter-âges, il y a aussi des groupes de jeunes et d’enfants. Chacun participe au débat puis un secrétaire vient faire un résumé à l’assemblée. Être petit, c’est « ne pas savoir marcher » ou « avoir beaucoup de bisous » ! Être grand c’est être responsable, protecteur, dominateur… Être le premier c’est dur !

Nos discussions deviennent le point de départ d’une réflexion de notre pasteur sur la place que nous accordons aux petits, sur la parole que nous leur laissons. Un culte atypique comme notre pasteur Eva en a le secret.

 

Éric Deheunynck

 

 

 

 

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