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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Etude biblique : la critique textuelle (1 Corinthiens 14)

7 Août 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #Etude biblique


Etude biblique

 

La critique textuelle : l'intervention du copiste

 

Nous n’avons gardé aucun texte biblique écrit de la main de son auteur. Seules des copies nous sont parvenues avec plus ou moins d’erreurs. La critique textuelle se fixe comme objectif de reconstituer le texte original à partir de ces copies.

 

1- Exercice

Voici un exercice donné à la faculté de Genève en 1997. Le texte de Mc 9,47-50 est dicté successivement à trois personnes qui le dactylographient au fur et à mesure. La version qui présente le plus de variations avec le texte lu est ensuite présentée par écrit à une quatrième personne qui est chargée de le recopier en le dactylographiant. Et ainsi de suite. Pour augmenter le nombre d'erreurs lors de la transmission, on indique aux personnes qui dactylographient qu'elles n'ont que deux minutes pour réaliser la tâche. A vous de reconstituer la filiation entre les textes. Seuls quatre textes vous sont présentés.

 

Basile

Et si ton œil entraîne ta chute, arrache-le ! Il vaut mieux que tu entres borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géenne où le vers ne meurt pas et où le feu ne s'éteind pas, car chacun sera salé au feu. C'est une bonne chose que le sel. Mais si le sel perd son goût, avec quoi le rendrez-vous ?

Laurent

et si ton œil entraîne ta chute, arrache le. Il vaut mieux que tu rentres borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la Géenne. Ou le vers ne meurt pas et ou le feu ne s'éteint pas. Car chacun sera salé au feu. C'est une bonne chose que le sel. Mais si le sel perd son goût, avec quoi le rendrez-vous ?

Martin

Et si ton œil entraîne ta chute : arrache-le, il vaut mieux que tu entres borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes eux yeux dans le Géhenne où le vers ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas car chacun sera jeté au feu, c'est une bonne chose que le sel mais si le sel perd sa saveur avc quoi le lui rendrez vous ? .

Jérôme

Et si ton œil entraîne ta chute : arrache-le, il vaut mieux que tu entres borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la Géhenne oû le vers ne meurt pas et oû le feu ne s'éteint pas car chacun sera jeté au feu, c'est une bonne chose que le sel mais si le sel perd sa saveur avec quoi le lui rendrez-vous ?

 

2- Eléments de réponses

Dans un premier temps, on remarque une différence majeure entre les textes. "Sera jeté" ou "sera salé" au feu ? Une famille de textes (Basile et Laurent) écrit sera salé au feu tandis que l'autre famille de textes écrit sera jeté au feu. Première hypothèse : le copiste a commis une erreur en recopiant jeté au feu qui est devenu salé au feu ce qui est incompréhensible. Deuxième hypothèse qui est la bonne : salé au feu étant difficile à comprendre, un copiste a pensé corriger le texte en écrivant jeté au feu. Il fallait donc garder la variante la plus difficile ! Voici la filiation des textes et la source :


                                                Source

 

                                        Basile         Laurent

 

                                                          Martin

 

                                                          Jérôme

 

Mc 9,47-50 (TOB)

"Et si ton œil entraîne ta chute, arrache-le ; il vaut mieux que tu entres borgne dans le Royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas. Car chacun sera salé au feu. C'est une bonne chose que le sel. Mais si le sel perd son goût, avec quoi le lui rendrez-vous ?"

 

3- Pour aller plus loinMarc copiant son évangile (cathédrale de Strasbourg)

Nous venons de découvrir la modification intentionnelle du copiste. Le scribe peut en effet corriger le texte, par exemple ici pour le rendre compréhensible. D'autres cas de figures sont envisageables :

- Modification théologique : Le psaume 82 commence ainsi : Dieu s’est dressé dans l’assemblée divine, au milieu des Dieux …Cette dernière expression peut apparaître contradictoire avec l’affirmation d’un Dieu unique. Les versions grecques et syriaques préfèrent au milieu des juges.

- Corriger une erreur : En Mt 27,9 la citation est de Zacharie mais dans le texte, elle est faussement attribuée à Jérémie. Certains manuscrits corrigent la faute.

- Harmoniser des textes parallèles : On observe une forte tendance à harmoniser les textes parallèles des Evangiles.

 

Nous verrons la prochaine fois les types d'erreurs (donc involontaires) du copiste. 


 

Étude biblique

 

La critique textuelle (II) : l’erreur du copiste

 

1 L’exemple de 1 Corinthiens 14

Nous allons replacer dans leur contexte les versets 33b-35 du chapitre 14 de la première épître aux Corinthiens. Vous vous poserez les questions suivantes :

Quels sont les thèmes du contexte et du passage en italique ?

Après avoir comparé avec 1 Co 11, 4-5, voyez-vous des contradictions avec le passage étudié ?

Si le passage en italique est supprimé, le texte perd-il ou gagne-il en cohérence ?

 

 

"29 Quant aux prophéties, que deux ou trois prennent la parole et que les autres jugent. 30 Si un assistant reçoit une révélation, celui qui parle doit se taire. 31 Vous pouvez tous prophétiser, mais chacun à son tour, pour que tout le monde soit instruit et encouragé. 32 Le prophète est maître de l'esprit prophétique qui l'anime. 33 Car Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais un Dieu de paix. Comme cela se fait dans toutes les Églises des saints, 34 que les femmes se taisent dans les assemblées : elles n'ont pas la permission de parler ; elles doivent rester soumises, comme dit aussi la Loi. 35 Si elles désirent s'instruire sur quelque détail, qu'elles interrogent leur mari à la maison. Il n'est pas convenable qu'une femme parle dans les assemblées. 36 La parole de Dieu a-t-elle chez vous son point de départ ? Êtes-vous les seuls à l'avoir reçue ? 37 Si quelqu'un croit être prophète ou inspiré, qu'il reconnaisse dans ce que je vous écris un commandement du Seigneur. 38 Si quelqu'un ne le reconnaît pas, c'est que Dieu ne le connaît pas. 39 Ainsi, mes frères, ayez pour ambition d'être prophètes et n'empêchez pas qu'on parle en langues."

 

2 Éléments de réponse

Le passage en italique interdit aux femmes de parler dans les assemblées. Ce passage est assez connu, surtout chez nos frères pentecôtistes ! Mais il semble peu s’intégrer au contexte immédiat. Le thème du passage est centré sur la parole prophétique. Tous peuvent prophétiser nous dit-on au verset 31, ce que confirme le passage en 1 Co 11,5 où il est dit que les femmes qui prophétisent doivent être voilées ! Le texte en italique apparaît donc non seulement étranger au passage, mais en plus en contradiction avec le reste de l’épître ! Cela s’explique par l’intégration d’une glose par le copiste ! En effet, le texte biblique était accompagné de commentaires appelés gloses, soit à côté du texte (glose marginale), soit dans le texte (glose interlinéaire). Ici le copiste a donc intégré le commentaire au texte biblique. En supprimant le passage en italique, le texte retrouve sa cohérence initiale.

 

3 Pour aller plus loin

 

- Le copiste peut répéter ou oublier une lettre :

Ainsi pâte peut devenir patte… Une lettre a été doublée par erreur, on parle de dittographie. Si en revanche, on passe de patte à pâte, c’est qu’une lettre double a été oubliée, on parle alors d’haplographie.

 

- Le copiste peut aussi faire une erreur d’écoute.

Par exemple entre ω (oméga) et ο (omicron), qui se prononcent tous deux O. ωδε  (ici) devient οδε (celui-ci) en Luc 16,25.

 

- Le copiste peut confondre des lettres qui se ressemblent :

Par exemple en hébreu :
En grec : deux lambdas majuscules ΛΛ ressemblent à un Μ. Un delta majuscule Δ peut se confondre avec un lambda majuscule Λ. Ainsi dans Actes 15,40 ΕΠIΛΕΞΑΜΕΝΟΣ (qui a élu) devient ΕΠIΔΕΞΑΜΕΝΟΣ (qui a reçu en hôte).

 

- Le copiste peut faire une erreur de séparation. Cette erreur est due au fait que les manuscrits étaient écrits en continu sans espace entre les mots, ni ponctuation.

Ainsi αλλ οις ητοιμασται (mais à ceux pour qui il l’a préparé) devient αλλοις ητοιμασται (a préparé pour d’autres).

 

Ces erreurs de copistes doivent nous mettre en garde contre toute lecture littérale du texte biblique. D’ailleurs n’avez-vous jamais remarqué que ceux qui légitiment une telle lecture, ne le font qu’en recourant à une traduction !

La prochaine fois nous aborderons la critique des sources.

 

Éric Deheunynck

 

 

 

 

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