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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Etude biblique : les rédacteurs de la Bible, élohiste, yahviste, deutéronomiste, johannique... (Genèse 28, 2 Rois 22-23, évangile et lettres de Jean)

11 Août 2009 , Rédigé par Liens protestants

Etude biblique : les rédacteurs de la Bible

 

Où sont passés le yahwiste et l’élohiste ?

 

 I Gn 28 : le songe de Jacob

Traditionnellement on considérait que les cinq premiers livres de l’ancien testament avaient été rédigés à partir de quatre sources : le deutéronomiste, le sacerdotal, le yahwiste et l’élohiste. Que penser de cette théorie des quatre sources ? Pour répondre, je vous propose de lire ce passage du cycle de Jacob en vous posant  les questions suivantes :

- A quels genres littéraires s’apparente ce récit ?

- Y-a-t-il unité de temps, de lieu et d’action ?

- Quels arguments peut-on avancer pour voir dans ce récit la fusion d’un récit yahwiste et d’un récit élohiste ?

 

Genèse 28, 10-22

10 Jacob quitta Bersabée et partit pour Harân.

11 Il atteignit un certain lieu et il y passa la nuit, car le soleil s'en était allé. Il prit une des pierres du lieu, la mit à la tête et se coucha en ce lieu.

12 Il rêva : Voilà qu'une échelle était dressée sur la terre et que son sommet atteignait le ciel, et des anges d’Elohim y montaient et descendaient !

13 Voilà que YHWH se tenait devant lui et dit : Je suis YHWH, l’Elohim d'Abraham ton père et l’Elohim d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donne à toi et à ta descendance.

14 Ta descendance sera comme la poussière du sol, tu déborderas à l'occident et à l'orient, au nord et au sud, et tous les clans de la terre seront bénis en toi et en ta descendance.

15 Je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras et te ramènerai en ce pays, car je ne t'abandonnerai pas sans avoir fait ce dont je t’ai parlé.

16 Jacob s'éveilla de son sommeil et dit : En vérité, YHWH est en ce lieu et je ne le savais pas.

17 Il eut peur et dit : Que ce lieu est redoutable ! Ce n'est rien de moins qu'une maison d’Elohim et la porte du ciel !

18 Jacob se leva tôt le matin, il prit la pierre qu’il avait mis au chevet, il la dressa comme une stèle et répandit de l'huile sur son sommet.

19 Il cria le nom de ce lieu : Béthel, mais Louz était le nom de la ville en premier.

20 Jacob fit ce vœu : Si Dieu est avec moi et me garde en la route où je vais, s'il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir,

21 si je reviens en paix à la maison de mon père, alors YHWH sera pour moi Elohim

22 et cette pierre que j'ai dressée comme une stèle sera une maison de Elohim et tout ce que tu me donneras, je t’en donnerai la dîme pour toi.

 

II Eléments de réponses

Le genre littéraire est difficile à définir. Le texte est à la fois un songe, une légende cultuelle (un récit qui explique l’origine d’un lieu de culte) et une théophanie, c’est-à-dire une apparition divine. On peut noter que le récit est bien délimité. Au départ le lieu est inconnu, à la fin du récit Jacob lui donne un nom : Béthel. Le récit se déroule pendant la nuit, du coucher du soleil au matin. Les actions de Jacob s’orientent vers la fondation d’un sanctuaire.

Traditionnellement on a vu dans ce passage la fusion d’un récit yahwiste et d’un récit élohiste. Cette théorie des deux sources s’appuie sur alternance des termes YHWH et Elohim dans tout le texte.

Mais si vous tentez de séparer le récit avec Elohim de celui avec YHWH, le récit élohiste est bien limité et partiel. Elohim apparaît seulement dans les noms communs. El/Elohim est en effet indispensable pour comprendre le nom Béthel… littéralement “ maison de El. ”

 

III Pour aller plus loin,

Le noyau du récit est une légende cultuelle... On retrouve les termes d’une légende cultuelle comme l’utilisation fréquente du mot lieu, le fait de dresser une pierre ou de donner la signification du nom du lieu. Notons au passage qu’une stèle trouvée à Sfiré est appelée “ maison des Dieux ”. Les dieux à travers cette pierre pouvaient garantir un traité. La pierre dressée à Béthel est donc une pierre-témoin et non un temple qui sera construit bien plus tard.

Les versets 13-15 s’apparentent à un oracle qui relie le passage au cycle de Jacob et d’Abraham à travers le thème de la promesse d’une terre et d’une descendance.

Le récit primitif se compose donc d’une légende cultuelle, dans laquelle on a inséré une promesse. Quelques ajouts liés au temple de Béthel ont été faits ensuite comme au verset 22b où la dîme suppose l’existence d’un Temple. De même la vision (rampe menant au ciel = image de la ziggourat) est postérieure.

L’alternance des noms YHWH et Elohim peut s’expliquer par le fait qu’on ne peut parler de Béthel sans parler de El/Elohim. L’autre hypothèse est que ce récit nous montre que le Dieu de Jacob El/Elohim (cf. Osée 12) est en fait YHWH. En tout état de cause, il n’y a pas de récit élohiste préexistant ! Aujourd’hui l’existence d’une source élohiste et d’une source yahwiste est remise en cause par les spécialistes. En revanche les auteurs deutéronomistes et sacerdotaux sont conservés…

 


Les rédacteurs de la Bible : le deutéronomiste

 
I – Texte de 2 Rois 22 –23

1 Un jour de la dix-huitième année de son règne, Josias envoya le secrétaire Chafan, fils d'Assalia et petit-fils de Mechoullam, au temple du Seigneur. (…)

8 le grand-prêtre annonça à Chafan qu'il avait trouvé le livre de la loi dans le temple du Seigneur et il le lui donna. Chafan le lut,

9 puis retourna faire son rapport au roi: “ Les prêtres, dit-il, ont vidé le coffre du temple et ont remis l'argent aux entrepreneurs chargés des réparations.”

10 Puis il ajouta: “ Le grand prêtre Hilquia m'a donné ce livre. ” Et il le lut au roi.

11 Dès que le roi Josias eut entendu ce que contenait le livre de la loi, il fut si bouleversé qu'il déchira ses vêtements. (…)

23,1 Aussitôt, le roi convoqua auprès de lui tous les anciens de Juda et de Jérusalem.

2 Ils se rendirent ensemble au temple du Seigneur, accompagnés de la population de Jérusalem et de Juda, prêtres, prophètes et gens de toutes conditions. Puis le roi leur lut à tous le livre de l'alliance découvert dans le temple.

3 Il se tint ensuite près de la colonne du temple et renouvela l'alliance avec le Seigneur; chacun devait s'engager à être fidèle au Seigneur, à obéir de tout son cœur et de toute son âme à ses commandements, à ses enseignements et à ses prescriptions, et à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de l'alliance. Tout le peuple accepta cet engagement. (…)

12 Il démolit les autels que les rois de Juda avaient dressés sur le toit plat des appartements d'Ahaz, ainsi que ceux dressés par Manassé dans les deux cours du temple ; il les fit mettre en pièces sur place et fit jeter les débris dans la vallée du Cédron.

23,15 Josias démolit aussi le lieu sacré de Béthel, que Jéroboam, fils de Nebath, avait installé pour entraîner le peuple d'Israël dans le péché ; il incendia le lieu sacré, démolit l'autel, brûla le poteau sacré et réduisit le tout en poussière.

 

Questions :

Que découvre-t-on lors de la réfection du temple ? Sous le règne de quel roi ?

Cette découverte précède la réforme de ce roi. Quelles sont les grandes lignes de cette réforme religieuse ?

Comparez avec Deutéronome 12-13. Quelle conclusion pouvez-vous en tirer ?

 

 II – Éléments de réponse

Lors de la réfection du temple, un livre de l’alliance est découvert. Le roi de Juda, Josias, s’appuie sur ce livre pour justifier sa réforme religieuse. Il réaffirme l’importance du temple de Jérusalem, centre unique de la religion juive, et détruit les autres lieux de culte comme Bethel. YHWH est le Dieu du royaume. Josias supprime donc les lieux de cultes des autres dieux. Il réaffirme l’importance de l’alliance unissant Dieu et son peuple. La teneur de cette réforme rappelle le Deutéronome 12-13. C’est pourquoi ce livre de l’alliance est identifié au Deutéronome, littéralement la deuxième loi. Le Deutéronome correspond au programme de réforme des prêtres du Nord. On pense que le cœur du deutéronome (12-18) aurait été rédigé sous le règne de Josias à partir du programme des prêtres du royaume du Nord, apporté par des réfugiés après la chute de ce royaume.  

III – Pour aller plus loin
L’auteur de ce livre a été appelé le deutéronomiste.  Il affirme que pour posséder la terre Israël doit respecter l’alliance avec Dieu, donc la loi. Il a une certaine conception de l’histoire du peuple hébreu. Il faut suivre la loi pour posséder la terre promise. C’est l’infidélité du peuple qui conduit à l’exil.

Si le livre de la réforme de Josias est probablement celui du Deutéronome, on ne pense pas en revanche qu’il ait été trouvé lors de la restauration du temple. En effet, la primauté accordée au livre sur le lieu de culte est typique de la période exilique donc bien plus tardive (babylonienne). Certes, la découverte de vieux documents lors de restauration est attestée dans l’orient ancien. Les rois babyloniens cherchaient des temenu (texte de fondation) ce qui justifiait la reconstruction. Là encore cette pratique apparaît tardive. Ce thème semble donc avoir été ajouté par un second rédacteur deutéronomiste.

Les auteurs deutéronomistes (avant l’exil et après) ont lu et relu l’histoire d’Israël de la servitude en Égypte à l’exil babylonien.

  


Les rédacteurs de la Bible : l’école johannique

 

 I – Textes et questions

Lisez ces passages attribués par la tradition à Jean de Zébédée, puis répondez aux questions.

1 Jn 3,14-15
Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, puisque nous aimons nos frères. Qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un meurtrier. Et vous le savez, aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui.

 

2 Jn 1,1

L’Ancien, à la dame élue et à ses enfants, que j’aime dans la lumière de la vérité.

 

3 Jn 1,1

L’Ancien à Gaius, très aimé, que j’aime dans la lumière de la vérité.

 

Jn 21,20 et 24

Pierre, s’étant retourné, vit derrière lui le disciple que Jésus aimait, (…). C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité

 
Jn 5,24

En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.

 

1 Tentez d’identifier les auteurs des quatre premiers passages.

2 Comparer 1 Jn 3,14-15 à Jn 5,24. En quoi ont-ils la même conception de la vie éternelle ?

3 Repérer quelques termes propres à ces passages.

 
II – Éléments de réponse
L’auteur de la première lettre de Jean ne se présente jamais, mais apparaît sous la forme d’un nous, c’est-à-dire d’un collectif. Les deuxième et troisième lettres ont été rédigées par l’Ancien. Quant à l’Évangile, c’est le disciple bien aimé qui se présente comme son auteur.

Il est donc possible d’identifier trois auteurs différents, pourtant il existe des parentés entre ces passages. Ainsi, 1 Jn 3,14-15 et Jn 5,24 présentent une même conception de la vie éternelle. La vie éternelle est déjà une condition du présent ici-bas pour ceux qui croient. De même, les différents auteurs emploient un vocabulaire commun comme vie, lumière, vérité, témoigner ou aimer. L’existence de plusieurs auteurs s’inscrivant dans une même tradition (théologie commune) et s’exprimant dans la même langue (style et vocabulaire communs) nous renvoie à l’existence d’une école, comme on en connaissait de nombreuses dans le judaïsme et dans l’antiquité gréco-romaine.

 
III – Pour aller plus loin
Il s’agit de l’école de Jean, appelée aussi école johannique. L’écrit le plus ancien est l’Évangile. Il rassemble des traditions sur le Jésus terrestre (sept miracles ou signes propres à cet Évangile). Il faut y ajouter des traditions qui célèbrent le Christ sous forme d’hymnes, de confessions de foi et d’argumentations doctrinales. Le disciple bien aimé est à l’origine de cette école. Il lui a donné son orientation théologique, mais c’est un autre membre de l’école qui a rédigé l’Évangile. La première lettre nous présente des Églises johanniques déchirées par une crise portant sur la façon d’interpréter la foi commune. C’est une sorte de guide de lecture de l’Évangile. Les deux autres lettres mettent en garde la communauté contre les mauvais interprètes de la tradition johannique. Le travail de l’école johannique est donc une entreprise de longue haleine qui traverse tout le premier siècle. L’histoire de l’école johannique nous montre comment une tradition initiée par le disciple bien aimé prend corps dans un évangile qui déclenche lui-même un conflit d’interprétation.

 

Éric Deheunynck

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