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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Etude biblique : l'Evangile à la lumière des prophètes 10/10 (Matthieu 2 et 7)

9 Septembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #Etude biblique

L’ÉVANGILE À LA LUMIÈRE DES PROPHÈTES


Les prophètes et leur message ont été une référence constante pour les auteurs du Nouveau Testament. On parle de quelques 400 citations ou allusions dans les évangiles. Les évangélistes font référence aux Écritures en parlant de « la loi et les prophètes ». Ils évoquent aussi les grandes figures prophétiques et n’hésitent pas à les citer. Ces références aux prophètes (hommes de la Parole et leurs écrits) ne sont pas que des figures de style mais ont un sens profond. Lisons le début de l’évangile de Matthieu pour mieux comprendre mon propos.Les prophètes peuplent la façade de la cathédrale d'Amiens. Chacun a annoncé la venue du Christ. Ainsi au centre Jonas sorti du ventre du monstre marin après trois jours (quadrilobe en dessous) préfigure la mort et la résurrection du Christ.

 

TEXTES

Mt 1.22-23 Tout cela arriva afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.

Es 7.14 C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel.

Mt 2.5-6 Ils lui dirent : À Bethléem en Judée ; car voici ce qui a été écrit par le prophète : et toi, Bethléem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda, car de toi sortira un chef qui paîtra Israël, mon peuple.

Mi 5.2 (5:1) Et toi, Bethléem Éphrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine remonte aux temps anciens, aux jours de l'éternité.

Mt 2,15 Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : j'ai appelé mon fils hors d'Égypte.

Os 11,1 Quand Israël était jeune, je l'aimais, et j'appelai mon fils hors d'Égypte.

Mt 2.17-18 Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète : on a entendu des cris à Rama, des pleurs et de grandes lamentations : Rachel pleure ses enfants, et n'a pas voulu être consolée, parce qu'ils ne sont plus.

Jr 31.15 Ainsi parle l'Éternel : on entend des cris à Rama, des lamentations, des larmes amères ; Rachel pleure ses enfants ; Elle refuse d'être consolée sur ses enfants, car ils ne sont plus.

Mt 2.23 et vint demeurer dans une ville appelée Nazareth, afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.

 

QUESTIONS

- Quels prophètes Matthieu cite-t-il ?

- Quelle expression introduit les citations prophétiques ? Quel sens cela donne-t-il à la citation ?

- Notez-vous des différences entre les citations de Matthieu et les versets prophétiques originels ? Avez-vous des explications ?

 

ÉLÉMENTS DE RÉPONSE

Quatre prophètes (Ésaie, Michée, Osée et Jérémie) sont cités dans la première partie de l’évangile de Matthieu, appelée aussi récit de l’enfance de Jésus. Certes cela montre la culture biblique de l’auteur mais pas seulement. Chaque moment-clé du récit est ponctué par une référence aux prophètes introduite par la formule « pour que s’accomplisse ce que le Seigneur avait dit par le(s) prophète(s)… » ou par une formule équivalente. Ces références ne sont pas de simples figures de style, elles ont une signification théologique. En faisant référence aux Écritures juives, Matthieu parle avec autorité. Il s’inscrit aussi dans une tradition de réinterprétation de ces Écritures. L’évangéliste, à travers ces citations, démontre que l’accomplissement de l’Ancien Testament se réalise dans la destinée de Jésus. Il veut aussi nous monter que le Dieu de Jésus, de Marie et de Joseph est le même que celui des prophètes. Matthieu insiste sur la continuité alors que les lecteurs contemporains que nous sommes ont tendance à insister sur les nouveautés apportées par Jésus.

On peut noter des différences entre les citations et le texte prophétique lui-même. Ainsi Matthieu parle d’une vierge là où le texte hébreu parle de jeune fille… Matthieu cite en fait la traduction juive de l’Ancien Testament ! Par ce choix, il reprend le concept répandu dans l’Antiquité du sauveur né d’une vierge. Quant au nom d’Emmanuel, il ne s’agit pas d’une erreur ! Matthieu connaît bien le nom de Jésus. Il signifie que le dessein de Dieu se réalise avec Jésus parmi nous, qu’il est présent au milieu de son peuple pour le sauver.

De même Bethléem, hameau sans importance chez les prophètes, devient le premier des clans de Juda. Matthieu veut nous dire qu’à partir du moment où Jésus est né à Bethléem, la bourgade n’est plus sans importance…

On peut aussi remarquer que les autres références (Jérémie et Osée) sont tirées de leur contexte initial. De plus aucun prophète n’a parlé du Nazaréen. Ces références s’inscrivent surtout dans le projet théologique global de Matthieu, qui est de montrer que l’Ancien Testament s’accomplit à travers la vie de Jésus et cela dès son enfance.

 

POUR ALLER PLUS LOIN : LES PROPHÈTES DANS L’ÉGLISE PRIMITIVE

Qui se souvient des prophètes chrétiens ? Certes, comme les apôtres, ils n’ont duré qu’un temps, mais ils sont très présents dans les premières communautés chrétiennes comme nous le rappelle la première épître aux Corinthiens : « Ceux que Dieu a disposés dans l’Église sont premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes et troisièmement des hommes chargés de l’enseignement » (1Co 12,28). Ce sont des prédicateurs charismatiques qui édifient, affermissent et rassurent les communautés locales. Ces prophètes comme leur maître passent de village en village, prêchent la venue du Royaume et guérissent. Ils sont donc itinérants, pauvres et ont coupé tous liens familiaux. Le prophétisme chrétien connaît son apogée entre les années 40 et 70. Parmi ces prophètes se trouvent aussi des femmes (cf. Rm 11,5).

Mais lorsqu’un prophète inconnu arrive, comment distinguer le vrai prophète du faux ? L’évangile de Matthieu s’en fait l’écho : « Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus en brebis, mais qui au-dedans sont des loups rapaces » (Mt 7,15). La Didachè, un écrit de la fin du Ier siècle, décrit des communautés chrétiennes où le ministère prophétique est respecté. Mais le risque de rencontrer de faux prophètes est signalé. Face à ce problème récurrent, le chapitre 10 de la Didachè signale les précautions à prendre lorsqu’un prophète arrive. Il doit être reçu « comme le Seigneur » et a droit à de la nourriture, mais pour un jour. À son départ, on lui donne un viatique et non de l’argent. Le vrai prophète se reconnaît à son comportement, sa douceur et son désintérêt pour l’argent.

Les problèmes liés à ce ministère itinérant expliquent sa disparition à la fin du Ier siècle. Le prophète laisse alors la place à de nouveaux ministres, sédentaires et élus… les prêtres, les évêques, les diacres… une nouvelle page de l’histoire de l’Église commence à s’écrire…

 

É. Deheunynck

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