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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Etude biblique : le livre de Job et la crise de la sagesse traditionnelle 3/6 (Job 1)

12 Septembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #Etude biblique

Le livre de Job et la crise de la sagesse traditionnelle

 Job sur son tas de fumier discute avec sa femme et ses trois amis. L'un d'eux essuie une larme. Cathédrale de Paris

Le livre de Job est composite. Les chapitres 1-2 et 42 sont en prose et fixent le cadre et le dénouement de l’histoire, mais le cœur du livre est composé de dialogues en vers entre Job et ses amis. Voici le début du livre. Il nous intéresse car il pose les questions de fond qui traversent l’ensemble de l’ouvrage.

 

Quelques questions que l’on peut se poser…

1 - À quoi voit-on que Job est béni de Dieu ?

2 - À partir du verset 6, où se passe la scène ?

3 - À votre avis qui est le Satan ?

4 - Quelles questions de fond pose ce début du livre ?

Job 1

1        Il y avait dans le pays d'Uts un homme qui s'appelait Job. Et cet homme était intègre et droit ; il craignait Dieu et se détournait du mal.

2        Il lui naquit sept fils et trois filles.

3        Il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de boeufs, cinq cents ânesses, et un très grand nombre de serviteurs. Et cet homme était le plus considérable de tous les fils de l'Orient.

4        Ses fils allaient les uns chez les autres et donnaient tour à tour un festin, et ils invitaient leurs trois sœurs à manger et à boire avec eux.

5        Et quand les jours de festin étaient passés, Job appelait et sanctifiait ses fils, puis il se levait de bon matin et offrait pour chacun d'eux un holocauste ; car Job disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et ont-ils offensé Dieu dans leur cœur ». C'est ainsi que Job avait coutume d'agir.

6        Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l'Éternel et le Satan vint aussi au milieu d'eux.

7        L'Éternel dit au Satan : « D'où viens-tu ? » Et le Satan répondit à l'Éternel : « De parcourir la terre et de m'y promener ».

8        L'Éternel dit au Satan : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'y a personne comme lui sur la terre ; c'est un homme intègre et droit, craignant Dieu et se détournant du mal. »

9        Et le Satan répondit à l'Éternel : « Est-ce d'une manière désintéressée [pour rien] que Job craint Dieu ?

10    Ne l'as-tu pas protégé, lui, sa maison et tout ce qui est à lui ? Tu as béni l'œuvre de ses mains, et ses troupeaux couvrent le pays.

11    Mais étends ta main, touche à tout ce qui lui appartient et je suis sûr qu'il te maudit en face ».

12    L'Éternel dit au Satan : « Voici, tout ce qui lui appartient, je te le livre ; seulement, ne porte pas la main sur lui ». Et le Satan se retira de devant la face de l'Éternel.

 

Éléments de réponse

Job est béni de Dieu. Il a une descendance nombreuse, dix enfants au total et possède un grand troupeau, ce qui est à l’époque patriarcale le premier signe extérieur de richesse.

À partir du verset 6, la scène se passe au ciel. Dieu, comme les rois de la terre, préside une cour céleste composée de fils de Dieu (fils de = relation de dépendance). À cette cour céleste se trouve le Satan. La présence de l’article nous indique qu’il s’agit d’un titre, d’une fonction et non d’un nom. Satan signifie en hébreu, l’obstacle, l’adversaire, l’accusateur : il est un obstacle entre Dieu et la créature. D’une certaine manière, le Satan est l’accusateur public. Aujourd’hui encore, lors d’un procès en canonisation à Rome, un avocat du diable représente l’accusation ! En proposant de faire passer un test de fidélité, le Satan veut mettre Job au défi, mais il pose également des questions de fond.

Une question d’abord théologique : Job est-il juste car béni ou béni car juste ? Fait-il le bien pour être béni ou pour rien ? Au principe de la rétribution s’oppose le principe de la gratuité. Le Satan met en doute la sincérité de Job qui ne peut prouver sa foi que privé de ses biens.

À cette question théologique s’ajoute en filigrane une question existentielle. La souffrance de l’homme a-t-elle un sens ? La sagesse traditionnelle dit que la souffrance est une rétribution négative du méchant. Or le début du livre présente un juste appelé à souffrir ! Cette tension entre la foi traditionnelle en la rétribution (représentée ensuite par les amis de Job) et l’expérience personnelle d’un innocent qui souffre (Job) traverse tout le livre.

 

Pour aller plus loin

Le thème de la souffrance de l’innocent ou du juste est universel. Il se retrouve chez les Mésopotamiens, les Ẻgyptiens, les Grecs… ici ce thème prend un relief particulier, car derrière le livre de Job, c’est le principe de la rétribution qui est mis à l’épreuve des faits ! Les calamités s’abattent sur Job qui perd ses biens, ses proches et finalement finit par être atteint dans sa propre chair. Les discussions entre les amis de Job (pour qui Job souffre, donc il a mal agi) et Job qui clame son innocence tournent au dialogue de sourds ! Seule l’intervention finale de Dieu (38-42) met un terme à ces discussions. Mais Dieu ne répond pas vraiment à Job en se présentant comme le Dieu créateur…, invitant Job, accusateur de Dieu, à un peu plus de modestie. Job se rétracte et répond qu’il sait qu’il ne sait pas. L’expérience de la rencontre de Dieu change sa perspective. Certains d’entre vous restent peut-être sur leur faim… Les conclusions du livre sont pourtant pour nous fondamentales :

1 - Le malheur n’est pas à chercher dans le principe de la rétribution ! Celui qui souffre n’est pas coupable. Le malheur n’est pas une sanction…

2 - Toute recherche de l’origine première du mal est vaine pour l’homme. Il existe un abîme entre la sagesse divine et la science de l’homme. La question de l’origine du mal est pour nous sans réponse, en revanche la question pratique – que faire face au mal ou avec le mal – reste ouverte.

Le livre du Qohelet part des conclusions du livre de Job pour poser la question du sens de la vie, la question du sens de notre vie…

 

                                                               Éric Deheunynck

 

Job atteint d’une maladie contagieuse est relégué hors de la communauté sur un tas de fumier. Le mot traduit par « fumier » signifie aussi cendre, allusion aux cendres (ici versées sur son dos) destinées à racler avec un tesson le pus qui suinte du corps de Job.

 

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