Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Les psaumes et les protestants (janvier 2005)

16 Septembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2005

Les psaumes

 

 David et sa harpe (Chagall) à Mayence

En 1998, à l’occasion de la commémoration du quatrième centenaire de la signature de l’Édit de Nantes, une table ronde accueillait Ivan Levaï, célèbre journaliste et chroniqueur. Ce juif d’origine, caché par les protestants pendant la guerre, remerciait alors les huguenots de lui avoir… appris les psaumes. Il est clair que les psaumes sont omniprésents lors de nos cultes. À force de les chanter, nous finissons par les connaître par cœur. Nous les connaissons ou plutôt nous croyons les connaître. Nous les chantons certes, mais est-ce que nous les écoutons ? Rendons-nous à l’évidence, ils sont rarement étudiés, et encore plus rarement prêchés.

Il faut un guide pour s’aventurer dans le monde des psaumes. Les psaumes sont d’une grande variété. Le livre qui les réunit, a une histoire complexe. L’importance des psaumes lors du culte au Temple de Jérusalem est encore discutée. Et pourtant ces psaumes sont souvent cités dans le Nouveau Testament. Dès le XVIe siècle, ils sont traduits en langue française pour être chantés. C’est le psautier huguenot.

Pour en savoir un peu plus sur les psaumes, trois questions seront abordées dans le présent numéro :

Comment lire, interpréter et étudier les psaumes et le livre du même nom ?

Comme les premiers chrétiens ont-ils relu la vie de Jésus à la lumière des psaumes ?

Comme le psaume est-il devenu le chant liturgique du réformé français ?

 

Après avoir lu ce numéro, peut-être écouterez-vous différemment les psaumes que  vous chantez chaque dimanche !

 

Bonne lecture

LP


SOMMAIRE

Psaumes, style, ton et teneur (en ligne)
Les psaumes et le Nouveau Testament
Les psaumes et la musique chez les protestants
Les psaumes dans la littérature française (en ligne)

Bible
LES PSAUMES, STYLE, TON ET TENEUR

 

Le théologien dominicain du XIIIe siècle, Bonaventure, considérait que la Bible était une forêt obscure et que l’on pouvait s’y perdre. Avouons que l’on pourrait dire de même des psaumes. Pour ne pas nous y perdre, je vous propose de partir de deux psaumes. Lisez-les et repérez ce qui les rapproche et ce qui les distingue… Vous vous rendrez compte qu’ils sont différents par leur style, leur ton, leur teneur…, mais qu’ils respectent des règles communes.

I - LE PSAUME COMME GENRE LITTERAIRE
Dans la tradition rabbinique, le psaume 136 est appelé grand Hallel, c’est-à-dire grande louange. Le verbe louer encadre le psaume. Il est présent au début et à la fin. La louange est d’abord adressée au Dieu créateur, associé aux trois éléments du cosmos, le ciel, la terre et les eaux. C’est ensuite le Dieu libérateur, celui qui a libéré Israël de la maison de servitude, qui est loué. La tournure litanique du psaume 136 est unique dans le psautier. “ Car sa miséricorde dure à toujours ! ” est répété à chaque verset. Le deuxième livre des Chroniques (cf. 2Ch7,3) semble indiquer que le refrain était repris en chœur par l’assemblée réunie en culte.
Le psaume 136 comporte une multitude de citations bibliques ; la plus frappante est l’expression “ Main forte et bras étendu ” de Dt 4,34 ; on peut y ajouter les grands luminaires de Gn 1,16. Ce psaume est une sorte de résumé de l’histoire biblique.
Le psaume 7 est bien différent. D’abord ce psaume est attribué à David. Il ne s’agit pas ici d’une louange, mais d’une supplication. C’est le mot complainte qui entame le psaume. Le suppliant en appelle à Dieu. Il proteste de son innocence. Il est menacé par des ennemis. Innocent mais accusé, ses ennemis le poursuivent. Il en appelle au jugement de Dieu lors des assises des nations. Il y a là peut-être, en fond historique, les démêlés entre David et Saul.
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de la lecture de ces deux psaumes ?
- Les psaumes sont des chants, parfois des cris. D’ailleurs le terme psautier nous vient du grec et fait référence à un instrument à corde. Le verbe psallô signifie “ pincer une corde ”. De même en hébreu le mot mizmôr, que nous traduisons par psaume, vient d'un verbe signifiant  “ faire de la musique ”. Notre verbe psalmodier est donc bien mal choisi car les psaumes, loin d’être des murmures, sont des chants.
- Il existe deux grands types de psaumes : la louange (ou hymne) et les supplications nationales ou individuelles. La plainte et la louange apparaissent donc comme les deux pôles de livre des psaumes. La plainte nous rappelle la fragilité de notre condition d’homme, la louange que nous sommes créatures de Dieu. Notez au passage que même dans les supplications, la louange garde le dernier mot…
- Les psaumes par leur rythme, leur vocabulaire, s’inscrivent dans la tradition de la poésie hébraïque.

Psaume 7

1 Complainte de David. Chantée à l'Éternel, au sujet de Kusch la Benjamite

2 Éternel, mon Dieu ! je cherche en toi mon refuge ; Sauve-moi de tous mes persécuteurs, et délivre-moi,

3 Afin qu'ils ne me déchirent pas, comme un lion qui dévore sans que personne vienne au secours.

4 Éternel, mon Dieu ! si j'ai fait cela, s'il y a de l'iniquité dans mes mains,

5 Si j'ai rendu le mal à celui qui était paisible envers moi, si j'ai dépouillé celui qui m'opprimait sans cause,

6 Que l'ennemi me poursuive et m'atteigne, qu'il foule à terre ma vie, et qu'il couche ma gloire dans la poussière !

7 Lève-toi, ô Éternel ! dans ta colère, lève-toi contre la fureur de mes adversaires, réveille-toi pour me secourir, ordonne un jugement !

8 Que l'assemblée des peuples t'environne ! Monte au-dessus d'elle vers les lieux élevés !

9 L'Éternel juge les peuples : rends-moi justice, ô Éternel ! Selon mon droit et selon mon innocence !

10 Mets un terme à la malice des méchants, et affermis le juste, Toi qui sondes les cœurs et les reins, Dieu juste !

(…)
18 Je louerai l'Éternel à cause de sa justice, je chanterai le nom de l'Éternel, du Très-Haut.

 Psaume 136

1 Louez l'Éternel, car il est bon, car sa miséricorde dure à toujours !

2 Louez le Dieu des dieux, car sa miséricorde dure à toujours !

3 Louez le Seigneur des seigneurs, car sa miséricorde dure à toujours !

4 Celui qui seul fait de grands prodiges, car sa miséricorde dure à toujours !

5 Celui qui a fait les cieux avec intelligence, car sa miséricorde dure à toujours !

6 Celui qui a étendu la terre sur les eaux, car sa miséricorde dure à toujours !

7 Celui qui a fait les grands luminaires,car sa miséricorde dure à toujours !

8 Le soleil pour présider au jour, car sa miséricorde dure à toujours !

9 La lune et les étoiles pour présider à la nuit, car sa miséricorde dure à toujours !

10 Celui qui frappa les Égyptiens dans leurs premiers-nés, car sa miséricorde dure à toujours !

11 Et fit sortir Israël du milieu d'eux, car sa miséricorde dure à toujours !

12 À main forte et à bras étendu, car sa miséricorde dure à toujours !

13 Celui qui coupa en deux la mer Rouge, car sa miséricorde dure à toujours !

14 Qui fit passer Israël au milieu d'elle, car sa miséricorde dure à toujours !

15 Et précipita Pharaon et son armée dans la mer Rouge, car sa miséricorde dure à toujours !

(…)

26 Louez le Dieu des cieux, car sa miséricorde dure à toujours !

 

  II - LA FORMATION DU LIVRE DES PSAUMES

Chaque psaume est bien individualisé, délimité par un en-tête et une conclusion. Mais rapidement ces psaumes ont été regroupés en collection. Prenez par exemple le psaume 72, verset 20 : “ Fin des prières de David, fils d'Isaï ”. Ce verset indique la fin d’un recueil de psaumes attribués à David. Au total, 73 psaumes lui sont attribués par la tradition.

Mais il existe d’autres en-têtes et donc d’autres collections. À côté des psaumes attribués à David on trouve ceux attribués à Asaf et au fils de Coré. D’après le livre des Chroniques, Asaf était maître des chantres du temple et le fils de Coré y servait également. On peut donc facilement repérer des collections différentes de psaumes.

Un autre indice est l’existence de doublets. Prenez les psaumes 14 et 53… : ils sont identiques ! Sauf que l’un appelle Dieu YHWH et l’autre Elohim. Cela indique que le psaume 14/53 a été intégré à différentes collections. Regroupés dans le livre des psaumes, ces collections déjà bien établies n’ont pas été modifiées au risque d’avoir des doublets. Ces deux collections sont qualifiées de yahviste et d’élohiste. C’est le regroupement de ces différentes collections qui a donné naissance au livre des psaumes.

 
III - DAVID ET LES PSAUMES

Le midrash tehilim dit : “ de même que Moïse a donné cinq livres de lois à Israël, de même David a donné cinq livres de psaumes à Israël. ”. Il y a 73 psaumes qui portent la mention “ lé David ” que l’on peut traduire par de David ou en l’honneur de David. On s’accorde à y voir le recueil davidique. On finira pourtant par mettre l’ensemble du livre sous son patronage. Cette attribution est légitime car David a joué un rôle historique dans le développement de l’activité liturgique et psalmique. David est l’image du poète et du musicien. En Amos 6,5 et en 1S16,14-23 David est présenté comme un “ bon musicien ”. En 2S6 David participe activement à la liturgie du transfert de l’arche vers Jérusalem. En Esd 3,10-11, donc après l’exil, David est perçu comme l’organisateur du chant liturgique. La mise en place de chantres-prêtres lui est attribuée.

Ce David des psaumes est souvent représenté barbu, âgé, couronné et portant la harpe ou le psaltérion dont il se sert pour accompagner les chants des psaumes.

 

IV - LES PSAUMES ET LE CULTE

Dans son état actuel, le psautier est divisé en cinq parties (indiquées dans nos Bibles) qui se terminent par une bénédiction. Cinq parties comme il y a cinq livres dans la Torah (cf. midrash tehilim), des livres lus en continu lors du culte. Le livre des psaumes a donc un rapport direct avec la liturgie. On peut y repérer de nombreuses  indications liturgiques. Ps 30 “ Pour la dédicace ” ; Ps 92 “ pour le jour du sabbat ”. Même si les psaumes ne sont pas en général d’origine liturgique, ils ont été repris au service de la liturgie du temple. La question de la place de ces chants dans le culte est ouverte. Certains affirment qu’elle est tardive et marginale, d’autres ont des avis moins tranchés. Peu importe pour nous. Les psaumes étaient chantés lors du culte et s’ils le sont encore dans les nôtres… cela de doit pas nous étonner.

 

Éric Deheunynck

 


Littérature

 

Les psaumes dans la littérature française

 
“ Le serviteur de Dieu se pénétrera tellement des sentiments exprimés dans les psaumes qu’il ne paraîtra plus les réciter de mémoire, mais les composer lui-même comme une prière qui sort du fond de son cœur ”

Cassius

 

En hébreu, le titre habituel du livre des Psaumes est “ Tehillim ”, “ Louanges ” (du verbe “ hallel ”, “ louer ”, qu’on retrouve dans “ Alléluia ”, “ Loué soit Yhwh ”). Cependant, c’est l’hébreu “ mizmôr ” (de “ zimmêr ”, psalmodier) qu’a retenu le grec en le traduisant par “ psalma ”, poème de louanges ou d’exhortation, fait pour être chanté et accompagné, à l’origine, par des instruments à cordes, comme la lyre. Et, de fait, le psaume a été pendant longtemps une forme poétique populaire au Proche Orient ancien. On ne peut donc s’étonner que des poètes français aient saisi cette forme pour exprimer leur propre lyrisme spirituel.  

 
De la traduction à l’expression personnelle

La traduction en langue vulgaire de ces poèmes devenus liturgiques a suscité de vifs débats au sein de l’Église. si au XIIe siècle, Lefèvre d’Étaples tenta une traduction latine différente de celle de Saint Jérôme, qui lui valut les foudres de l’Église officielle, c’est avec la Réforme que les première réécritures en français vont apparaître et, avec elles, les sensibilités personnelles des traducteurs. Marot et Bèze sont les initiateurs de cet exercice que les écrivains du XVIIe siècle, puis des XIXe et XXe siècles reprendront en s’éloignant parfois beaucoup de la version initiale. Que l’on juge déjà de la traduction d’un verset pris au hasard (Ps 6,7) :

“ Je suis épuisé à force de gémir.

Chaque nuit, mes larmes baignent mon lit,

Mes pleurs inondent ma couche ” (trad. TOB)

Il devient chez De Baïf (1573)

“ En ma plainte recru, toute nuit je retrempe mes pleurs,

draps et couverte de lit, jusqu’à la couche mouillés ”.

Chez Chassignet (1613)

“ Ma bouche ne fait plus que se plaindre et gémir

Mon lit toutes les nuits est trempé de mes larmes

Ça et là combattu de diverses alarmes,

Quand tout le monde dort je ne puis m’endormir ”.

Chez Corneille (1670)

“ Abattu de tristesse et travaillé d’alarmes

Soupirer et gémir, c’est tout ce que je puis,

Et baigner mon lit de mes larmes

Ce sont mes plus heureuses nuits ”.

Et chez Claudel (1944)

“ Je pleure à chaudes larmes, je suis labouré de remords !

Je sanglote à plat ventre sur mon matelas ! ”.

 

Certes, certains comme Du Bartas reculent, dans un saint effroi, et préviennent :

“ Vulgaire, loin d’ici de tes profanes mains

Ne manie effronté des mystères si saints,

Ne touche aux vers sacrés d’une lime si douce,

Pour un luth si Royal, il faut un Royal pouce ”. (Les Trophées, 1591)

 

Pourtant, si D’Aubigné se contente d’insérer dans ses Tragiques des citations des Psaumes traduits par Bèze et Marot, ni Baïf, ni Malherbe, ni Corneille, ni Racine, ni La Fontaine ne résistent à la paraphrase, à l’inspiration, à la re-création de ces chants éternels. De tous ceux-là, c’est bien Racine qui sait le mieux passer de la simple “ traduction ” à la création poétique. Ainsi dans Esther : “ Puissé-je demeurer sa voix, Si dans mes chants ta douleur retracée Jusqu’au dernier soupir n’occupe ma pensée ! ”. (d’après Ps 137,6)

 

Mais l’appropriation même du texte des Psaumes pour exprimer des sentiments personnels ne viendra qu’avec les romantiques, qui y trouvent un support à l’expression de leur lyrisme mélancolique ; c’est le cas, en particulier, de Lamartine dans ses Méditations, sous la forme “ d’Imitation des Psaumes de David ” : “ Je répandrai mon âme au seuil du sanctuaire ! Seigneur, dans ton nom seul je mettrai mon espoir ; Mes cris t’éveilleront, et mon humble prière S’élèvera vers toi comme l’encens d’un soir ! ”

 

Le retour à l’essence du Psaume

Le XX siècle, abandonnant parfois la beauté grandiose des alexandrins, cherchera à renouer avec le caractère “ sacré ” des Psaumes, dans le désir d’y exprimer sa propre quête spirituelle. Ainsi, Claudel qui dès sa conversion se nourrit inlassablement de la lecture des Psaumes, y voyant “ l’archétype de toute bonne prière, car le souffle même de celui qui prie s’y trouve enfermé ”. C’est pourquoi il voulut “ les faire passer tout entiers dans ses entrailles ”, dans un “ ébranlement de tout l’être vers Dieu ”. Cela donne une réécriture parfois très moderne… qu’on en juge : Et alors, Seigneur, c’est pour toujours ? Ça va durer longtemps que tu m’oublies et que tu détournes de moi ta figure ? C’est fini que tu m’abandonnes à mes réflexions et mon cœur à cette pointe incessante ? Ça va durer toujours qu’on me marche dessus. Regarde-moi, écoute-moi tout de même un petit peu, Seigneur mon Dieu ”. (Ps 13(12), 1-3)

Claudel tente de retrouver, avec le rythme du verset, le souffle de la prière. Milosz, qui lisait la Bible en hébreu, veut faire résonner dans ses Psaumes (1937) les échos du texte originel ; tout en épanchant sa nostalgie native et son âme mystique.

Comme Marie Noël qui inscrit sa ferveur dans les pas des Psaumes bibliques, Patricia de La Tour du Pin remanie constamment ses Psaumes (de 1938 à 1981) pour essayer d’y concilier prière et poésie.

Mais la 2ème guerre mondiale fera retrouver le chemin de l’ancienne plainte, de l’ancienne détresse du peuple d’Israël, avec les camps d’extermination nazis. Ainsi Pierre Emmanuel dans Babel (1951) évoque le chant dramatique du prisonnier juif dans les camps nazis :
Près des fleuves de Babylone, nous nous sommes souvenus de Sion,
Nous nous sommes assis pour pleurer, laissant gémir nos harpes dans les saules,
Nos gardiens nous demandaient de chanter, nos bourreaux de nous réjouir,
Chantez-nous un chant de Sion, la patrie à jamais lointaine !
Comment chanterions-nous dans l’exil le cantique de notre Dieu ?
Que mon bras sèche à mon côté, Jérusalem si je t’oublie ! ”
(d’après Ps 137)

 

F. MARTI

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Bernard 04/04/2010 21:20


Un ouvrage intitulé "Tehillim - Psautier en version poétique et rythmée" est sorti en 2008 aux Editions Elzevir Paris.


Liens protestants 05/04/2010 09:28



Merci pour l'information