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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

La réforme radicale, quakers, mennonites, unitariens... (mars 2005)

18 Septembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2005

Éditorial

 La réforme radicale

 

L’expression Réforme radicale n’apparaît sous la plume des historiens que dans les années 1960, mais correspond à un phénomène beaucoup plus ancien. Cette appellation générique s'applique aux courants religieux qui se sont développés en marge de la Réforme protestante traditionnelle. La plupart de ces mouvements radicaux ont émergé dans les premières années de la Réforme (1520-1530). Ils ont en commun de souhaiter revenir à une Église primitive, celle d’avant Constantin. Pour ces radicaux de la Réforme, les luthériens et les réformés ne sont pas allés assez loin. La Réforme s’est arrêtée à mi-chemin, il faut l’achever. Dans ces groupes très divers, on trouve des tendances qui souvent se combinent :
- Ils refusent le baptême des enfants. Menno Simons, qui a donné son nom aux Églises mennonites, fut un précurseur en la matière.
- Les sacrements font l’objet de discussions. Certains rejettent la doctrine de la Trinité, comme les unitariens, d’autres, comme les quakers, refusent le concept de sacrement. 
- Ils constituent de petits groupes confessants. Parfois le terme d’Église est même rejeté comme chez les quakers, qui forment une société religieuse des amis.      
- Persécutés en Europe, les radicaux de la Réforme se sont souvent réfugiés aux E-U.

Cette réforme radicale n'a jamais réussi à gagner un territoire, ni à avoir un centre géographique ; elle a failli y réussir en Pologne, s’est implantée fortement en Transylvanie (actuelle Roumanie), mais jamais n'a dominé une région. Pourtant ces groupes existent toujours, mais restent ultra-minoritaires. Ainsi dans le monde, les quakers sont estimés à 300 000, les mennonites à 1,3 million et les unitariens à 3 millions. Pourtant, on compte cinq présidents américains quakers ou unitariens. De nombreux théologiens et scientifiques furent ou sont unitariens. Les amish, des dissidents du mennonisme, sont particulièrement connus. Ce numéro vous invite à découvrir ou redécouvrir ces petits groupes discrets, souvent influents et dont les doctrines méritent au moins notre attention…


Bonne lecture.





SOMMAIRE

Les quakers, histoire et doctrines
Les mennonites (en ligne)
A la rencontre des unitariens


 
Témoignage

 

Les Mennonites

 

C’est pendant la guerre d’Algérie que je fis la connaissance de mennonites. Découverte surprenante : je savais que c’étaient des anabaptistes, et donc vraisemblablement, pensais-je, les héritiers spirituels de Thomas Müntzer, ce prêtre converti au protestantisme qui, estimant que Luther n’était pas allé assez loin dans sa Réforme, avait préconisé l’usage de moyens violents pour hâter la venue du Royaume et avait trouvé la mort dans la « Révolte des paysans ». Ou encore héritiers de ce Jean de Leyde qui avait tenté d’établir une théocratie, un « Royaume de Dieu » à Münster (Westphalie) et était mort sur le bûcher. Bref, dans mon esprit, anabaptisme était indissolublement lié à millénarisme, radicalisme et violence.

L’hôpital militaire de Toul hébergeait alors les appelés du contingent qui suivaient une formation d’infirmier avant leur départ pour l’Algérie. Parmi eux, quelques objecteurs de conscience qui refusaient de porter les armes, mais non l’uniforme : un catholique, un adventiste, deux réformés et… une foule de jeunes mennonites pour qui l’objection de conscience était tout aussi naturelle que l’air qu’ils respiraient. C’étaient bien des anabaptistes, mais non-violents.

Ils se voulaient les héritiers d’un mouvement spirituel né en Suisse l’année même où Thomas Müntzer fut décapité (1525). Certains partisans de Zwingli n’admettaient pas qu’on baptise des enfants : à leurs yeux, pouvaient seuls faire partie de l’Église des adultes qui confessaient leur foi au Christ. Ces « rebaptiseurs », comme on les appela, firent sécession et s’organisèrent en « Assemblées » (Églises locales) qui toutes entendaient préserver leur totale indépendance à l’égard des pouvoirs politiques et ecclésiastiques. Ce qui les différenciait des autres anabaptistes, c’était essentiellement leur refus de porter les armes, de prêter serment, de se laisser contaminer par la « mondanité» (sic), c’est-à-dire « l’esprit du siècle ». Persécutés en Allemagne et jusqu’en Hollande tant par les catholiques que par les protestants, ils durent leur survie dans l’histoire… et leur nom à l’enthousiasme et la détermination d’un prêtre hollandais Menno Simons (1496-1561) qui avait rejoint leur mouvement en 1526 et fut reconnu, après sa mort, comme leur chef.

Fuyant la persécution, c’est en Amérique du Nord qu’ils émigrèrent en masse : le tiers des mennonites du monde entier – de 4 à 500 000 sur 1 300 000 environ – y résident toujours. Certains d’entre eux, « célèbres pour leur habillement, vont jusqu’à refuser toute forme de contact, même ecclésiastiques, avec les autres mennonites », dit Jean Séguy. Ce sont les Amish. Mais, conclut-il, ils ne sont pas tout à fait représentatifs de l’ensemble du mouvement, bien que ce soient eux qui aient frappé l’imagination. « Les mennonites, persécutés, puis vivant volontairement à l’écart du monde, ont surtout, dans l’histoire, une  réputation de grande honnêteté, de travail bien fait, de progressisme agricole, de charité agissante et d’hospitalité généreuse »[1]. Ajoutons que cette forme d’anabaptisme non-violent est la seule à avoir subsisté jusqu’à nos jours : ce n’est certainement pas l’effet du hasard.

 

 

André Wacrenier


[1] Jean Séguy, Encyclopaedia Universalis, articles Anabaptisme et Mennonites. (Jean Séguy a été maître de recherche au CNRS  en histoire des religions et chargé de conférences à l’École des hautes études en Sciences Sociales



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