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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Le monde orthodoxe (octobre 2005)

25 Septembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2005

Éditorial

 

Le monde orthodoxe

 

 porte royale de l'iconostase de l'église de Lille-Five

Des trois branches du christianisme l’orthodoxie est, pour nous protestants, la moins connue. Certes quelques images d’Épinal nous viennent à l’esprit comme les icônes noyées dans la brume de l’encens, les popes tout de noir vêtus ou les églises à bulbes de la sainte Russie… Mais notre connaissance s’arrête souvent à ces clichés. Nous ne connaissons pas le monde orthodoxe et nous rencontrons rarement les chrétiens qui s’en réclament. Nous, qui sommes d’une certaine manière des dissidents de l’Église latine, sommes plus proches des catholiques que des orthodoxes, de par notre histoire et notre théologie.

L’orthodoxie représente l’essentiel du christianisme oriental[1]. C’est donc un christianisme éloigné de nous par la géographie, les pays de tradition orthodoxe² se situant en Europe de l’Est[2]. L’orthodoxie est également éloignée de nous par l’histoire. La plupart de ces Églises étaient établies au-delà du rideau de fer qui a coupé l’Europe en deux pendant cinquante ans. Persécutions et isolement furent des menaces mortelles pour ces Église condamnées, au mieux, à la survie.

De nos jours, l’orthodoxie est moins lointaine. Dans nos régions du Nord, des orthodoxes, grecs, russes et roumains vivent à côté de nous. Nous les croisons lors des cérémonies œcuméniques. LP est parti à leur rencontre et vous propose deux interviews, l’une du père Jean Maquart et l’autre du père Ioannis Loupassakis.

Les orthodoxes sont parties prenantes du mouvement œcuménique, dès ses origines. Protestants et orthodoxes ont fondé le Conseil œcuménique des Églises et écrit une page d’histoire commune, parfois troublée.

Chers lecteurs, chrétiens latins d’occident sans le savoir, puisse ce numéro vous permettre de découvrir ou redécouvrir le monde orthodoxe.

 

LP

 


[1] Il existe des Églises orientales qui ne sont par orthodoxes. Les Églises catholiques orientales, comme l’Église maronite, et les Églises dites pré-chalcédoniennes, comme l’Église copte, sont séparées de l’orthodoxie depuis le concile de Chalcédoine en 451.

[2] Liste des pays de tradition orthodoxe :

- Pays slaves : Russie, Ukraine, Moldavie, Bulgarie, Serbie, Macédoine, Biélorussie.

- Pays grecs : Grèce, Chypre.

Il faut ajouter à cette liste la Roumanie et la Géorgie.


SOMMAIRE

Entretien avec le père Ioannis Loupassakis
Rencontre avec le père jean Maquart
Les orthodoxes et le COE


 

 

Les orthodoxes et le COE

 

Le Conseil œcuménique des Églises (COE) a rassemblé, dès son origine, des Églises protestantes et orthodoxes. Nous oublions souvent cette page d’histoire commune et le rôle des orthodoxes dans le mouvement œcuménique.

 

1 - Les orthodoxes, co-fondateurs du COE

Dès 1920, l'Église de Constantinople (Patriarcat œcuménique orthodoxe) est la première Église à proposer publiquement la création d'un organe permanent de collaboration "de toutes les Églises", une "Société des Églises" (koinonia ton ekklesion), similaire à la Société des Nations (koinonia ton ethnon). Les orthodoxes participent aux premiers mouvements œcuméniques foi et constitution et christianisme pratique. Le principe d’une fusion des deux mouvements est adopté en 1937. La guerre retarde l’échéance. Il faut attendre 1948 pour voir naître le COE. De nombreuses Églises orthodoxes signent les statuts de la nouvelle organisation.

 

2 - Le malaise orthodoxe

Cinquante ans plus tard, l’euphorie des premières années s’est bien dissipée. Les relations orthodoxes/protestants sont au plus mal. En 1997, deux Églises orthodoxes, celles de Géorgie et de Bulgarie, se retirent du COE. En 1998, les orthodoxes réunis à Thessalonique demandent une modification des structures du COE et décident de ne participer ni aux cultes, ni aux prières communes prévues pour la huitième Assemblée du COE.

Quelles sont les causes de ce malaise ? Il est possible d’avancer des causes conjoncturelles. Avec la chute du communisme, le retour aux identités nationales est peu favorable aux ouvertures œcuméniques. L’envoi de missionnaires protestants et catholiques en terres orthodoxes a renforcé l’image d’un occident agressif. Le libéralisme de certaines Églises protestantes a heurté certaines Églises orthodoxes.

Mais il existe aussi des causes d’ordre théologique et ecclésiologique. Parmi ces difficultés, il faut citer la conception que les Églises orthodoxes et protestantes ont d'elles-mêmes, ainsi que la manière dont elles se rattachent à l'Église unique de Jésus Christ. Pour les orthodoxes, l’Église est plus qu’une communauté humaine, elle est objet de foi. Fidèle aux affirmations du credo, les orthodoxes croient en l’Église une, sainte, universelle et apostolique. L’unité consiste à rejoindre l’Église une, ce qui suppose une unité de foi. Les orthodoxes attendent plus de bases théologiques communes (affirmation de la doctrine trinitaire, respect de la succession apostolique…). Ils dénoncent aussi le fonctionnement des institutions œcuméniques. La multiplication des Églises protestantes a rendu les Églises orthodoxes de plus en plus minoritaires. Leur voix a de plus en plus de mal à se faire entendre. La combinaison de tous ces éléments a suscité un profond malaise des orthodoxes au sein du COE.

 

3 - Le renouveau du COE

Une "Commission spéciale sur la participation des orthodoxes au COE" a été créée lors de la huitième Assemblée du COE à Hararé, en décembre 1998. Cette commission se compose de trente représentants des Églises orthodoxes et trente représentants des autres Églises membres du conseil. Elle a pour mandat "d'étudier et d'analyser tout l'éventail des questions relatives à la participation orthodoxe au sein du COE" et "de faire des propositions concernant les modifications nécessaires à apporter à la structure, au style et à la manière de vivre du conseil". Le travail de cette commission a porté ses fruits et le modèle de prise de décision par consensus a été adopté. Le vœu des Églises orthodoxes a été pris en compte. Une position œcuménique ne pourra plus être prise par une majorité contre une minorité. Cette modification devrait permettre de renforcer la participation et l'engagement des Églises orthodoxes. De nombreux délégués pourront goûter aux joies du consensus lors de la neuvième assemblée du COE, prévue en février 2006.

 

É. Deheunynck






 

Œcuménisme

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