Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

L'Eglise évangélique du Congo (Février 2004)

20 Décembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2004


Éditorial
L’Église évangélique du Congo-Brazzaville¹

Il y a trois ans environ, en novembre 2000, nous fev04 001sortions un numéro de Liens protestants "visages d'Afrique". D’où venaient-il ? Qu’avaient-ils à nous dire ? Paradoxalement le dynamisme du protestantisme africain arrivait jusque dans nos paroisses ! Cette fois-ci, c’est un paroissien originaire de la région qui est parti pour l’Afrique, plus précisément le Congo. Joaquim a été paroissien à Maubeuge, Lille et est aujourd’hui à Roubaix ! Il est photographe de profession et le DEFAP² lui a proposé d’accompagner au Congo une de ses missions. intitulé : Visages d’Afrique. La question était alors simple : qui étaient ces paroissiens originaires d’Afrique que nous cotoyons dans nos temples ? 

Ce pays francophone d’Afrique centrale a été colonisé pacifiquement par le dénommé Brazza qui a donné son nom à la capitale du pays. Le Congo est faiblement peuplé mais riche, surtout en bois et en pétrole. Mais le pays est sorti meurtri d’une longue guerre civile. Aucune ethnie, aucune catégorie sociale, aucune Église n’a été épargnée. Le pays est à 25 % protestant et les Églises restent les institutions les plus stables du Congo.

Joaquim a sillonné un pays pas encore complètement pacifié, mais où la foi est grande. Il a découvert le DEFAP, mais aussi l’Église évangélique du Congo.

C’est une Église vivante, la faculté de théologie protestante de Brazzaville et le service du DEFAP qu’il nous présente à travers ses carnets de route. En toute logique ce numéro comportera également un nombre important de photos.

 

Un grand merci à Joaquim Dassonneville pour ce numéro.

 

Bonne lecture

        LP

 

Congo¹ : Il s’agit ici de la République populaire du Congo, ex-Congo français, à ne pas confondre avec la République démocratique du Congo, ex-Zaïre, ex-Congo belge.

 

DEFAP² : Le DEFAP est le service protestant de mission des Églises protestantes de France. Il a pour origine la SMEP (Société des Missions Évangéliques de Paris), société missionnaire protestante, internationale et interconfessionnelle fondée en 1822. Cette société a été remplacée en 1971 par une communauté d'Églises (la CEVAA) situées en Afrique, en Amérique Latine, dans l'Océan Indien et dans le Pacifique et par un département missionnaire (le DEFAP).

 

Superficie : 341 821 Km2

Population : 2 800 000 habitants

Densité de population : 5,85 hab. / Km²

Langue officielle : Français, lingala, munukutuba

Chef de l'état : Général Denis Sassou-Nguesso

Fête nationale :  15 août (Indépendance, 1960)

Devise nationale : Unité, travail, progrès

Monnaie nationale : Franc CFA

Ethnies : Kongos (51,5 %), Tékés (17,3 %) Mboshis (11,5 %), Pygmées (1,4 %),

Religions : catholique 54 %, protestants 25 %, Églises indépendantes 14 %. Religions traditionnelles pratiquées par la majorité de la population.


SOMMAIRE

Dates clefs et repères
Carnets de route (en ligne)
la SMF et l'EEC
Le Kilombo


Témoignage

Carnets de route

 

Quelques jours avec le quotidien des membres de l’action de secours d’urgence (ASU) de l’Église évangélique du Congo dans la région du Pool.

 

 

La région du Pool se trouve au sud-ouest de Brazzaville. C’est une région qui a été la plus touché par les conflits. Cette région reste encore le théâtre de désolation où tout est à reconstruire. Ils sont des dizaines de milliers à avoir fui les combats entre les miliciens ninjas et les troupes gouvernementales, des milliers à avoir fui les mises à feu, à sac et à sang de leur village. Des milliers à avoir rejoint la capitale Brazzaville, à avoir trouvé refuge dans les forêts alentours, ou plus loin, dans les régions ou les pays voisins. Combien de déplacés ? Combien sont morts, tués lors des combats dans leur village, sur les routes ? Combien sont morts dans leur fuite, de faim, de maladie, en essayant de survivre pendant plusieurs mois dans la forêt ?

Mais aujourd’hui, c’est le temps du retour, de l’espoir, de la paix. Les combats sont finis mais la présence des rebelles toujours armés rend ce retour dans les villages encore très timide. De plus, le spectacle de désolation, l’ampleur des destructions (maisons en ruines, pillées, tôles et toits arrachés, murs détruits) rendent le retour difficile moralement. Cette population n’a plus rien.

Voir arriver des structures d’urgence, comme Médecins Sans Frontières (MSF) et l’ASU, est ressenti par la population comme un signe d’espoir dans la reprise de la vie dans leurs villages.

L’action de secours d’urgence de l’EEC est née en 1999 et a pour but principal de venir en aide aux populations les plus démunies quelle que soit leur appartenance religieuse. Actuellement, l’ASU s’articule autour de plusieurs programmes dont le principal étant l’appui aux paysans dans la pratique de l’agriculture : semences, vente de petit matériel agricole à moindre coût (coût du transport), organisation de séminaire de formation, conseils… De plus, il y a la mise en place dans les villages de formation des jeunes aux métiers de menuisier et de couturière. Cette formation se concrétise lors de la remise du matériel (scies, machines à coudre …) aux maîtres d’apprentissage qui le distribueront aux futurs élèves. Aujourd’hui, la mission principale et urgente est la distribution de vivres auprès des populations qui ont le courage de rentrer chez elles.

 

 

Il était 11h ; me voilà donc parti avec cinq membres de cette organisation pour trois jours de mission. Nous avions pour objectif la distribution de vivres dans les villages de Kinkala, Matoumbou et Madzia. Avant de prendre la route vers le Pool, nous nous sommes arrêtés sur une des artères principales de Brazzaville pour faire un peu de ravitaillement en nourriture. Je me suis mis à suivre le groupe ne sachant pas trop ou aller me ravitailler et surtout quoi acheter. Je me retrouve donc dans une épicerie typique du Congo tenue par des Libanais. C’est d’ailleurs étrange car très peu de commerces sont tenus par des Congolais. Dans cette boutique, je suivais toujours le groupe prenant au passage quelques boites de sardines, de lait concentré sucré et surtout des bouteilles d’eau. Arrivé au comptoir, quelle n’a pas été ma surprise de voir ce commerçant les bras grands ouverts avec un large sourire et me disant : « mon ami, soit le bienvenu dans ma boutique et s’il te plait, fais-moi l’honneur de boire ce thé avec moi au nom de l’amitié des peuples. » Pas de problème, me disais-je en moi-même, bien au contraire, j’aime le thé et celui-là plus encore car c’est le thé de l’amitié. Mon voisin de gauche (l’un des membres de l’équipe) eut également l’honneur de partager ce thé si spécial. Or, c’était la première fois qu’il en buvait. Il trouva ça bon mais très chaud. C’est vrai qu’il était très chaud mais cela ne m’a pas empêché de le boire presque en une seule fois, je ne voulais pas faire attendre le reste de l’équipe qui était déjà dans le véhicule.

Et là, mon ami le libanais fut très surpris de me voir boire son thé aussi vite, il me dit : « mais tu as l’habitude d’en boire, tu as déjà dû aller dans mon pays ». Fier de cette remarque, il m’en proposa un autre et attendait une réponse positive de ma part sur la visite de son pays. Alors, comme je n’avais jamais mis les pieds au Liban et ne voulant pas le décevoir, je tournais la tête dans tous sens en m’excusant de ne pouvoir en reprendre un autre car nous étions très pressés. Et là, il me salua en me disant : « ah, les Français sont toujours pressés ! ». Alors mon équipier, témoin de la scène, se mit à rire en acquiescant positivement de la remarque. Nous sortîmes de la boutique avec les salutations et les « Que Allah vous protège » de notre hôte. Une fois revenus au véhicule, le reste de la troupe, nous voyant rire, nous posa la question : « Mais que ce passe-t-il ? » Je leur racontais donc la scène et des rires éclatèrent dans le 4x4. L’atmosphère fut d’un seul coup plus chaleureuse et surtout les barrières du silence et de la timidité se sont écroulées et les questions se sont mises à fuser dans tous les sens. Nous étions en train de faire connaissance et en quelques minutes, je me suis senti faire partie intégrante de l’équipe. C’est ça le Congo, rencontres, affections, et te voilà membre de la famille. C’est aussi cette diversité des peuples et des cultures qui arrive malgré tout à cohabiter et à vivre ensemble.

 

 

Une fois les présentations faites, le dialogue entamé, le calme est revenu dans ce gros véhicule 4x4 Defender. Je demandais tout de même où nous allions exactement et quand nous arriverions.

Le chauffeur m’expliquait tout dans les détails mais pour ce qui était de la durée du voyage, il ne pouvait pas être précis. Il me racontait qu’avant les guerres et quand la route était très bien entretenue, il mettait une heure à une heure trente, mais aujourd’hui, nous pouvions mettre cinq ou six heures ; cela dépendait de ce que nous pouvions rencontrer sur la route.

Cette dernière remarque m’était restée dans la tête un certain temps. « Ce que nous pouvions rencontrer sur la route ? » Cela m’inquiétait un peu et m’intriguait beaucoup. Je décidais donc de préparer mon appareil photo au cas où. Il faut dire que j’étais là pour ça. Prendre des photos. Du coup, je me suis mis à revoir l’ensemble de mon voyage au Congo. Toutes ces rencontres et surtout toutes ces photos prisent ici et là. Des photos volées, posées, méditées. Des photos prises sur le fait par ce que la lumière, le sujet, l’ambiance s’y prêtait. J’aime bien ce style d’images. C’est à la fois une image volée mais réfléchie et tout cela avec le consentement de la personne. Ici, c’est pour montrer les gens dans leur quotidien, il faut donc pouvoir les rassurer et pour cela les aborder. La photo est plus vivante de cette manière. Les gens vous voient avec votre appareil, vous discutez un peu avec eux et après vous faites votre photo. C’est à ce moment-là que les gens donnent quelque chose d’eux-mêmes ; en général, ils ne se dérobent pas, bien au contraire, ils se sont montrés dans leur gloire et dans leur chair. Ici, le fait de cadrer et de prendre quelque chose, c’est montrer la réalité, on attrape beaucoup de choses, d’expressions, de sentiments, de chaleur, de détresses par la photo. La photographie est un moyen de faire le monde et de le montrer. Un moyen de montrer la violence de la vérité, de cette vérité de l’instant présent photographié.

 

Mais, me voilà de retour à la réalité. Le chauffeur ralentit et nous demande de fermer les fenêtres et de cacher les bouteilles d’eau. Dans le véhicule, il y avait beaucoup de choses, nos affaires (quelques affaires de rechange, le strict minimum), des nattes pour la nuit, les moustiquaires, lampes à pétrole, un bidon d’essence, de l’eau, d’autres choses encore mais surtout du pain, plein de pain. Plein, mais pas suffisamment à mon sens pour faire une distribution dans un village et trop, pour nos propres repas. Alors, pourquoi tout ce pain ? Mais pour l’instant, il fallait que je ferme ma fenêtre et que je cache ma bouteille d’eau. Alors sans réfléchir, sans me poser d’autres questions, sortant de mes songes j’obéissais tel un robot, quand tout à coup, je vois venir vers notre 4x4 des dizaines de personnes apparues de nulle part. Qui sont tous ces hommes, avec pelles et pioches à la main, bondissant sur notre véhicule et le secouant dans tous les sens en criant : « de l’eau, de l’eau et vous passerez » ?

Qui donc étaient ces hommes qui s’agglutinaient autour de nous avec tout de même beaucoup de désespoir dans leur regard et surtout de la  violence entre eux, car il fallait être le premier au véhicule pour espérer obtenir de l’eau. Cette eau, si précieuse dans ce pays ! Lors de nos visites dans les différents villages, nous n’avions pas toujours d’eau à porter de main, même s’il y avait un robinet. Il fallait faire des réserves d’eau  pour se laver en plein cœur de Brazzaville, la capitale ! Lors d’une de nos  visites dans la région de la Bounsa, les membres de la paroisse nous ont offert l’Eau, pour continuer le voyage, (nous avons reçu une enveloppe avec un peu d’argent pour acheter cette eau sur la route quand nous en aurions besoin). Geste très symbolique et très fort à la fois. Car l’eau c’est la vie.

 

(…) le chef de mission m’explique que se sont des ouvriers qui sont là pour refaire la route car nous entrons dans la région du Pool et la route est complètement détruite. C’est alors qu’un homme sorti du lot, et avec une baguette en bois souple, il se mit à crier et à agiter cet instrument dans tous les sens pour faire fuir les ouvriers. Une fois le véhicule dégagé, nous vîmes un camion transportant au moins une cinquantaine de personnes complètement enlisé dans le sable. C’est à ce moment précis et suite à cette cohue humaine que j’ai compris la signification de « Ce que nous pouvions rencontrer sur la route ».

 

Cette route justement, je ne sais pas si je peux l’appeler comme cela. Ma colonne vertébrale s’en souvient encore. Piste de sable, bitume défoncé, trou béant, bref imaginez-vous dans une centrifugeuse durant cinq heures. Nous étions secoués de la tête aux pieds, constamment. Quand nous sommes arrivés au village de Kinkala, j’étais, complètement épuisé, vanné, lessivé, KO par cette maudite route avant même de faire quoi que se soit. J’appréhendais déjà le retour. Cette route est tellement fréquentée que je ne comprends pas pourquoi l’État congolais ne met pas tout en place pour la rebâtir. Dans le sud du pays en Bounsa, la route aussi est en mauvais état. Par contre dans le nord, alors qu’il y a très peu de circulation, la route est remarquable. (…)

Avant notre arrivée d’autres obstacles se sont présentés à nous. La  police qui contrôle, puis la gendarmerie, et enfin l’armée. Mais, ce sont les contrôles qui m’ont le plus touché, enfin les arrêts obligatoires, des ninjas, ces rebelles qui sont encore présents dans cette région (logique, c’est leur fief), contrairement à ce qu’affirment les autorités, et surtout ils sont toujours armés. Alors, peu de temps après la rencontre avec les ouvriers, je vois un drapeau de couleur mauve et une barrière au travers la route. Deux hommes, drapés de mauve également, coiffés rasta, machette à la ceinture, kalachnikov dans une main et grenade dans l’autre, nous font signe de nous arrêter. Ce dont je garde le plus fort souvenir, c’est leur regard, noir, sans expression, sauf celle de laisser transparaître la haine. Ils font le tour du véhicule, regardent au travers. Deux autres me fixent et me montrent fièrement leurs armes. Le chef arrive est va directement voir le responsable de mission. Nous expliquons où nous allons, le but de ce voyage, et pourquoi il y a un « moundélé » (blanc) parmi l’équipe. Avant même que le chef ne réclame un droit de passage, le responsable de mission donne du pain accompagné d’une bible. Il lui explique qu’il peut lire des phrases ici et là et que s’il a des questions, il ne faut pas hésiter à les poser lors de notre prochain passage. Et là, surprise, en quelques secondes, je n’ai plus reconnu ce ninja. Son regard est devenu comme un regard d’enfant. Son visage s’est illuminé de tendresse. Extraordinaire ! Je me dis qu’il y a encore beaucoup d’espoir de voir ces gens vivrent enfin dans la paix et l’amour du prochain. Tout n’est pas perdu et c’est ce que pense également, ces membres de l’ASU, qui font un travail risqué, épuisant, mais formidable.

Après encore de nombreux barrages de ce style, nous voilà enfin arrivés à destination.

Des centaines de personnes sont là, assises, de tout âge, avec dans leurs mains sac, morceau de tissus, bouteille vide, tout ce qui peut contenir des provisions. Le pasteur nous accueille rapidement car la foule commence déjà à s’impatienter. Nous commençons donc très vite à organiser le terrain pour la distribution des vivres. Il est 16h30 quand commence enfin cette distribution qui se prolongera tard dans la nuit, à la lumière des phares du 4x4. Puis, après les vivres, il fallait distribuer les tôles vendues à quelques personnes. Ces tôles ont une grande importance car elles servent à refaire les toitures détruites et la saison des pluies approche. Puis, se pose le problème du couchage, l’un des membres de l’équipe m’explique que nous ne pouvons pas dormir sur place car trop de gens savent que nous avons récolté beaucoup d’argent avec la vente des tôles. Il y a donc risque de se faire dépouiller. Nous reprenons alors la route pour Matoumbou où nous serons accueillis chez le pasteur pour la nuit. Il est tard et c’est le fils aîné qui nous reçoit. Comme d’habitude, même après vingt trois heures, l’accueil est toujours aussi chaleureux. Durant tout notre périple dans la Bounsa, nous avons eu droit Bernard et moi-même a des accueils dignes de rois. À peine le pied sorti du véhicule, les chorales chantent pour nous souhaiter la bienvenue, nous avons le droit également à des personnes qui sont détachées spécialement pour nous, on nous dirige vers des sièges avec des gens munis de bâtons blancs qui forment un cercle autour de nous. Grandiose, trop grand pour nous d’ailleurs, mais magnifique et très émouvant. Nous déchargeons donc le 4x4 et nous installons dans la plus grande pièce notre campement pour la nuit. Puis, nous dressons une table et partageons le repas après avoir remercier le Seigneur de nous avoir permis d’arriver ici sans encombre.

Lever à cinq heures car il faut reprendre une fois de plus cette route pour faire un aller-retour à Madzia.

Mais à Matoumbou, il y a encore une distribution mais pas de vivre, juste le matériel agricole et les outils pour les élèves en menuiserie et en couture. Ils sont dix en tout à entrer dans ce processus de formation mis en place par l’ASU. Dix jeunes qui veulent apprendre et revivre dans leur village. Tout comme ces gens qui investissent dans le matériel agricole pour retourner au champ, cultiver, travailler, vivre chez eux, sur leur terre.

Le souhait de tous ces gens que j’ai pu rencontrer, que ce soit ici dans le Pool ou dans le sud en  Bounsa ou encore dans l’extrême nord du pays en Lékouala, leur seul désir est de vivre. Mais, vivre dans la Paix.

 

Joaquim Dassonville

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article