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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Homosexualité et Eglises : éléments d'information pour un débat (mai 2004)

28 Décembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2004

Éditorial

L’homosexualité en débat(s)

 

Les Églises luthériennes et réformées¹ de France ont lancé lpmai04 001un vaste débat sur l’homosexualité. En effet, les chrétiens qui se reconnaissent homosexuels nous posent des questions inédites, en particulier celle de leur place dans nos Églises. Sont-ils dignes de se voir confier un ministère de conseiller presbytéral ou de pasteur ? Peuvent-ils participer à la sainte cène ? Peut-on prévoir une cérémonie de bénédiction pour les couples homosexuels ? Ces questions n’ont rien de théorique et attendent des réponses.

Le débat prend facilement des tournures passionnelles. Certains sont scandalisés par le simple fait de poser ces questions. Pour d’autres, il était temps d’en parler. Pourtant, si le débat s’ouvre, il ne faut pas s’attendre à des changements fondamentaux dans l’immédiat, ni croire que les réponses sont dictées à l’avance. Ce numéro entend participer au débat sans être un « prêt à penser correctement ». Il n’est pas là pour vous donner LA Réponse mais vous présenter une pluralité de réponses pour vous aider ainsi à renouveler votre regard et votre réflexion. Trois questions ont été privilégiées.

 

Que nous disent les Écritures ? Fondamentalistes et libéraux vous proposeront des lectures assez différentes. 

Que nous disent nos lecteurs ? Nous publions quelques témoignages et vos réponses au sondage.

Que nous disent les autres Églises ? Le débat a déjà été mené par certaines d’entre elles. Des Églises réformées, luthériennes, évangéliques et anglicanes nous ont précédés. Quelles sont leurs conclusions ?

 

LP

 

¹ ERF, ERAL, EELF et ECAAL

 


Témoignage

Le témoignage d'un chrétien concerné

 

Notre questionnaire sur l'homosexualité a provoqué, outre les réponses dont il est rendu compte par ailleurs dans ce numéro, une longue lettre intitulée comme ci-dessus par son auteur. Elle parle autrement, elle nous parle à partir d'un vécu douloureux qui ne s'exprime pas souvent par écrit. C'est pourquoi L.P. a estimé nécessaire d'en publier d'importants extraits.

 

Chers frères et soeurs en Christ,

 

            Plutôt que de répondre à un questionnaire par des embryons de phrases sèches et laconiques, selon un découpage qui ne correspond pas vraiment au fond de ma pensée […], je préfère vous adresser un témoignage : celui d'un homme qui vit cette situation de l'intérieur, [celui] d'un chrétien convaincu […]. Vous l'avez compris : je suis moi-même homosexuel […].

            Bien que le quinquagénaire, je n'ai jamais pu avouer à personne ce secret qui m'étouffe, ni à mes proches, ni au pasteur, ni même à ceux qui m'inspiraient de la tendresse. Et non, je n'ai jamais fait l'amour et, depuis mon enfance, je vis toujours seul.

Quand j'ai découvert, adolescent, mon attirance pour ceux de mon plumage, je n'y ai d'abord pas trouvé malice. En fait, à cette époque, l'année de mes treize ans, seule ma timidité m'a préservé d'expériences précoces. Mais très vite, j'ai compris que le sujet était tabou, que ces relations étaient qualifiées de péché honteux. Et, sans vraiment comprendre la raison de cette mise à l'index, j'ai cru ce que j'en entendais : j'ai commencé à me sentir coupable de mes désirs secrets. Plus encore, en tant que chrétien, j'étais accablé [par] ma nature que je croyais pécheresse et dont je n'arrivais pas à me départir. En outre, j'étais seul face à ce problème qui me rongeait et dont je me pouvais parler à personne.

            […]

            J'avais plus de trente ans lorsqu'une prédication du pasteur Teulon […] m'a fait réfléchir. Je ne me souviens plus des termes exacts qu'il avait employés, seulement de la teneur de son message qui incitait les chrétiens à davantage de tolérance face aux homosexuels : ils étaient des êtres humains comme les autres et il fallait accepter qu'ils eussent le droit d'avoir une vie sentimentale différente. Son sermon m'a interpellé, mais d'abord sur le mode négatif : non, c'était trop facile ! Ainsi, se comporter de la sorte serait permis ? […] Cela voudrait dire alors que tous les efforts que j'avais réitérés […] pour lutter sans succès contre ma propre nature auraient été inutiles ?

            L'idée, tout de même, a fait son chemin. […] J'ai nourri ma réflexion à la source de toute inspiration chrétienne : la prière et la lecture de la Bible. Or les textes qui abordent cette question sont peu nombreux. Passons-[en quelques-uns] en revue :

 

Genèse 19 : 1-13

[…] La réponse de Lot aux habitants de Sodome laisse une impression de malaise : proposer de livrer sa propre fille aux pervers [qui réclament qu'on leur livre les étrangers hébergés dans sa maison] ! Que le livre de la Genèse semble approuver ce comportement choquant m'a toujours scandalisé. Ce texte veut-il […] suggérer que le viol d'un homme par un autre est encore plus inacceptable que celui d'une femme par un homme […] ?

 

Romains 1: 26-27

            [Dans la société romaine du premier siècle] ces comportements allaient bien au-delà des tolérances libertines de notre monde moderne et on comprend que l'apôtre en ait été choqué. Cependant, c'est là que le bât blesse : on fait trop facilement l'amalgame entre une sensibilité amoureuse différente et une vie de débauche. Et pourtant ! Nombre d'homosexuels sont fidèles à leur compagnon et ont une vie sentimentale aussi digne et respectable que s'ils étaient mariés.

 

Lévitique […] 20 : 13

            Ici, interdiction est claire. Tellement claire qu'elle est choquante, et s'il faut prendre ce verset à la lettre, alors, « que celui qui est sans péché nous jette la première pierre ! » Mais tout de même ! Ces ordonnances me semblent complètement contradictoires avec la Loi d'Amour que nous a enseignée le Christ. Pourquoi avoir conservé l'interdiction, pour des personnes homosexuelles, d'avoir une vie amoureuse ? Ne s'agit-il pas là de survivances d’un autre âge ? L’amour du prochain n'oblige-t-il pas au contraire à respecter les sentiments de chacun ? […]

 

1 Corinthiens 10 : 23

            Voilà une affirmation qui prend le contre-pied de la précédente en affirmant la libération apportée par la Grâce. Depuis la venue du Christ, la loi n'est plus un carcan car « tout est permis ». Certes, « tout n'est pas utile ». […] Ce qui me semble primordial relativement aux relations amoureuses, c'est la sincérité du sentiment. L'amour, n'est-ce pas avant tout rechercher le bien de la personne qu’on aime ? Faire passer l'intérêt de celle-ci avant le sien propre ? Comment a-t-on pu affirmer que l'Évangile était contraire à un tel élan du coeur lorsque ce dernier concerne deux personnes du même sexe ? […]

 

Galates 3 : 24-25

[…]

 

Colossiens 2 : 20-23

            Ces versets affirment la liberté du chrétien : pour lui, Christ n'est pas mort en vain, sa foi n'a rien à voir avec un carcan puritain étouffant. […] On pourrait aussi relire à ce propos le début du chapitre 15 de l'Évangile de Mathieu : ce que Jésus reproche à ses détracteurs, annuler la Parole de Dieu au profit de leur tradition, ne pourrait-il pas s’appliquer à une homophobie si peu conforme au message évangélique ?

            On me reprochera peut-être d'interpréter ainsi les Écritures en ma [convenance]. Il est possible que je m'abuse moi-même de la sorte, bien que cette compréhension du texte me fasse personnellement ressentir toute la force de la Grâce divine. Et cette lecture est aussi une réaction contre les excès [du] puritanisme […].

            Pour terminer, je voudrais préciser que les gens de mon espèce ne cèdent pas à une solution de faciliter en entrant pas dans le rang. Au contraire, se découvrir différents, l'accepter, voire l'assumer c’est très difficile, en particulier à l'âge de l'adolescence. Et surtout, ce qui est le plus lourd, c'est la solitude dans laquelle on se débat : on ne peut parler de ces choses à personne, absolument personne, c'est bien trop honteux. C'est à un point tel que certains adolescents ne se supportent tels qu'ils se sont découverts et vont jusqu'à tenter de mettre fin à leurs jours.

            Je pense que les Églises, en recouvrant du mot « péché » tout ce qui avait trait à la sexualité ont fortement contribué à marginaliser les homosexuels qui, ne pouvant extirper de leur corps ni de leur esprit ce qui fait partie intégrante de leur personnalité, non plus qu'une alternative : dissimuler ou quitter la communauté. C'est dommage à la fois pour eux et pour les autres, car beaucoup parmi eux sont des témoins convaincus de l'Évangile. De plus, l'Église commet ainsi une double erreur tragique : elle divise au lieu de rassembler, et elle culpabilise à tort. En effet, encore une fois, on n’est homosexuel ni par choix pervers ni par intérêt. La plupart du temps, on se découvre ainsi sans avoir choisi.

            Je crois sincèrement que la foi chrétienne est pour tout le monde, et compris les homosexuels ; que le Christ est venu offrir son salut à tous, sans acception de personnes. […] S'il vous plaît, arrêtez de nous regarder comme des monstres ! Nous sommes des êtres humains, des chrétiens comme vous ! Ne nous fermez pas votre coeur. Rappelez-vous la parabole du bon samaritain : « Et qui est mon prochain ? »

                       

Je ne signe pas de mon nom ; peut-être un jour...

 


Interview


Entretien avec Françoise Delannoy

 

L.P. Vous êtes récemment venue à Roubaix animer une réunion sur l'homosexualité. Est-ce pour préparer une réflexion synodale ?

 

 

 

L.P. Avez-vous eu des surprises lors de ces réunions ?

 

F D Je m'attendais parfois à une plus grande ouverture d'esprit de la part de certains d'entre nous. Les réformés ne sont pas des fondamentalistes, des « intégristes protestants » qui justifieraient systématiquement leur attitude à l’égard de l’homosexualité à coups de versets bibliques. Certes, il est difficile à chacun de se libérer de ses a priori personnels, de tenter une démarche la plus objective possible. Aussi, lorsque j’ai animé des causeries, j’ai utilisé un matériel américain qui revisitait les textes bibliques afin de sortir de l'homophobie, de mettre en question nos attitudes : après tout, au XIXe siècle encore (et même après !), notre société, nos églises, avaient, sauf exception, des certitudes sur la place qui était assignée à la femme au nom de prétendues  « évidences naturelles », de la Tradition, ou du témoignage biblique ! Nous espérons que nos réunions, nos conversations pourront un jour au nourrir un débat synodal sur ce sujet.

 

L.P. Avez-vous constaté dans nos Églises une évolution comparable à celle de la société civile ?

 

F D Personne ne soulève la moindre objection à l'accueil des homosexuels dans nos Églises. Il y a d'avantage de réticences pour leur participation à la Cène, et, pour leur mariage religieux, une franche hostilité. La présence de pasteur(e)s homosexuel(le)s n’est pas plus souhaitée, car leur rôle consiste, en partie, à représenter la communauté dans la société. Un conseiller presbytéral a même averti qu'il démissionnerait si sa paroisse acceptait la nomination d'un tel pasteur...

 Lors de ces réunions et discussions, j'ai pu mesurer à quel point ce n'était pas seulement nos communautés qui étaient divisées, mais... chacun(e) d'entre nous ! Il semblerait que la seule mention de l'homosexualité mette en question notre être dans ses racines les plus profondes. On comprend, dans ces conditions, combien le fondamentalisme peut être sécurisant...

Ce n'est donc pas un hasard si les réformés accordent telle importance au débat : c'est un moment privilégié où nous partageons certitudes et hésitations, inquiétudes et espoirs. Débattre demande, certes, du courage mais peut-être source de surprises enrichissantes.

 

Propos recueillis par A. Wacrenier


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