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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

La Cimade (février 2010)

30 Janvier 2010 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2010

Éditorial

La Cimade

 

La Cimade est une vieille dame qui a fêté ses 70 ans en 2009. Si l’association se définit aujourd’hui comme œcuménique, ses racines se trouvent dans les mouvements de jeunesse de la France protestante. La liste des actions menées en 70 ans est impressionnante. Initialement créée pour venir en aide aux Alsaciens-Lorrains déplacés en 1939, la Cimade œuvre toujours en France et dans le monde.LPCimade

La politique gouvernementale l’a placée au centre de l’actualité. La presse s’est fait l’écho de vifs propos échangés entre les représentants de la Cimade et certains hommes politiques, le ministre de l’immigration et de l’identité nationale en tête. Au risque de décevoir certains, nous n’entrerons pas dans la controverse politique. Nous ne poserons donc pas la question des sans-papiers, à expulser ou à régulariser, ni celle des choix gouvernementaux en matière de politique d’immigration. Nous n’ouvrirons pas non plus le débat sur l’identité nationale.

Ce dossier laisse d’abord la parole à ceux qui se sont engagés dans la Cimade, ces bénévoles qui se rendent dans les centres de rétention, ces pasteurs qui tentent de négocier avec les pouvoirs publics, ces engagés qui conseillent et forment les étrangers présents sur notre sol. Nous n’avons pas oublié non plus ceux qui ont été aidé parfois sauvé par la Cimade. Tous ces  témoignages nous rappellent que derrière les chiffres et les discours, il y des personnes et des vies parfois brisées, parfois renouvelées.

 

« Tu aimeras l’étranger, tu l’aimeras comme toi-même, tu ne le maltraiteras pas, tu ne l’opprimeras pas, tu le soutiendras. »

 

Bonne lecture à tous

 

LP

L’existence d’un « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » semble lier l’un et l’autre.

Dt 10,19 ; Lv19,34 ; Ex 22,21 ; Ex 23,9 ; Lv 25,35


SOMMAIRE

Hommage à une belle grand-mère de 70 ans !

Témoiganges

Quand les migrants nous interpellent (en ligne)

Des actions guidées par le respect des droits de l'homme

 


Réflexion

 

Quand les migrants nous interpellent !

 

Les chrétiens, quelle que soit leur Église d’origine, ne peuvent pas rester insensibles à la question de l’immigration. Il est vrai et c’est enfoncer une porte ouverte que de citer l’évangile selon Matthieu qui en son chapitre 25 évoque la notion d’accueil de l’étranger. Dans cette parabole de la rétribution des serviteurs Jésus déclare : « Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli… ». Il s’agit d’un idéal, d’une attitude du cœur basée sur l’amour fraternel et le souci du bien commun. On pourrait aussi dire que nous sommes là en face d’un principe élémentaire de charité. Mais ce mot a vieilli et il a pris trop souvent un sens péjoratif éloigné, trop éloigné de la réalité évangélique. Il en va de la mise en œuvre du principe de l’immigration et de l’accueil des étrangers comme de la notion d’Église. De même que Jésus ne définit pas comment doit être l’Église et comment l’édifier, (ce qui réduit à peu de choses toute prétention de suprématie ou de primauté…), il ne dit rien de la manière ni du comment accueillir. Il compte sur nous pour imaginer et rendre habitable cette réalité.

Alors il nous faut faire preuve d’un peu d’imagination. Si Dieu a destiné la terre aux humains, il est logique que des personnes vivant dans des conditions particulièrement éprouvantes émigrent et l’on est en droit de penser que le migrant doit pouvoir trouver dans le pays qui l’accueille des conditions de vie décentes. Se trouve entre autres posée ici d’entrée le problème du regroupement familial de nombreux migrants quittant leur pays pour espérer donner aux leurs de meilleures conditions de vie.

 

Paroles et discours

Les discours sur les politiques d’immigrations sont divers. Ils sont souvent trop réducteurs et s’expriment dans des attitudes radicales telles que tendances à la frontière fermée, ou trop exigeants dans les critères posés en vue d'une installation en France, mais ils peuvent encore être trop idéalistes et non dépourvus de présupposés politiques en posant le principe de l’accueil sans réserve et de la régularisation massive. L’accueil, exigence évangélique, amour du prochain, trouve ici une limite concrète qu’il nous faut aborder de front. La géopolitique de notre monde en 2010 permet-elle de favoriser un accueil sans réserve ? On ne peut qu’être très nuancé voire même très critique face à une telle attitude.

Il parait certes plus cohérent de favoriser un accueil au cas par cas. Pour avoir été confronté et l’être encore aujourd’hui à ce débat je préfère dire que je suis arrivé à la conviction qu’il ne faut pas défendre une régularisation massive car chacun a son nom et son histoire. L'humanité n'est pas un fourre-tout. Il faut régulariser au cas par cas et ceux qui peuvent l'être. Il nous appartient de nous interroger sur la raison de la présence des migrants ici. Il est important de nous souvenir, c’est en tout cas ce qui ressort des nombreux entretiens que j’ai pu avoir avec des personnes en demande de régularisation, que leur volonté première était de rester chez eux et d’y vivre de manière équitable et digne.

L’immigration n’est au fond pas un bien, elle peut être une amélioration substitutive en cas de dégradation des conditions de vie, mais par bien des aspects elle peut être un mal parce qu’elle coupe l’homme, l’enfant, la femme de ses racines et l’oblige à vivre dans un univers culturel qui peut être extrêmement différent, exigeant et incompris par la personne concernée. L’immigration demeure donc un mal nécessaire qui stigmatise les déséquilibres flagrants au niveau des droits fondamentaux de tous les humains. Mais derrière la réalité de l’immigration se cachent aussi deux points essentiels qui divisent régulièrement les chrétiens et la société laïque française. D’abord la question de l’apport au bien commun du pays d’accueil et celle du respect nécessaire de l’accueilli envers le pays accueillant. Rien qu’en mentionnant ces aspects nous nous rendons compte qu’ils méritent tous un approfondissement et un échange en vue de faire naître un idéal commun réalisable et raisonnable. Cela deviendra possible en donnant priorité aux plus faibles et à leurs cris ; nous nous rendons compte que la question est difficile et qu’elle ne se résoudra pas en en appelant à la protection de la nation face aux envahisseurs étrangers.

C’est dans ce contexte que les Églises protestantes, la Fédération de l’Entraide protestante, la Cimade, mais aussi de nombreuses associations confessionnelles catholiques ou autres humanistes, tentent de faire entendre leur voix et d’imaginer des actions. Bien sûr ces actions sont critiquables, imparfaites mais elles doivent exister malgré la difficulté de la question.

 

L’enseignement de Jésus face à l’accueil de l’étranger

Au travers de ce que nous venons d’écrire nous nous rendons compte qu’il n’est pas toujours facile d’actualiser l’idéal proposé par l’Évangile, pourtant les chrétiens sont invités à y revenir. Au cours de sa vie publique, Jésus a fait de l'étranger une figure privilégiée. En agissant ainsi, il s'est exposé délibérément à la vindicte des autorités religieuses et politiques.

Dans l'évangile selon Luc, Jésus commente dans la synagogue de Nazareth la guérison du général syrien Naamân, atteint de lèpre (2R 5, 1-14) : « Il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Élisée ; pourtant aucun d’entre eux ne fut purifié, mais bien Naamân, le Syrien. » (Lc 4, 27) Cette insistance provocatrice suscite la furie des dignitaires de la synagogue qui intimident physiquement Jésus et veulent le précipiter du haut d’un escarpement rocheux.

Dans le même évangile, c'est un Samaritain qui se fait le prochain et vient au secours de son frère en détresse, ignoré successivement par un prêtre et un lévite (Lc 10, 29-37).

La figure de la Samaritaine rayonne dans l'évangile selon Jean (Jn 4, 1-42) : le long dialogue qui la conduit à reconnaître Jésus comme le Messie et à communiquer cette Bonne Nouvelle aux Samaritains de sa ville commence par cette réplique : « Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine ? » (Jn 4, 9)

Dans les évangiles selon Luc et selon Matthieu (Lc 7, 1-10 et Mt 8, 5-13), Jésus affirme n'avoir jamais rencontré en Israël autant de foi que celle qu'exprime un centurion romain.

De même encore, la foi de la païenne Cananéenne (Mt 15, 21-28 ; Mc 7, 24-30) fait-elle tomber les barrières religieuses et les prescriptions sociales.

La rencontre et l’accueil des étrangers est d’abord un défi à nos barrières mentales, sociales, culturelles et spirituelles, le Christ nous invite à les traverser mais la route est parfois difficile. Il n’est pas simple de remettre debout ceux qui sont abattus par des conditions de vie trop précaires. Jésus a remis debout les marginalisés ; la foi nous pousse à créer des relations pacifiées avec tous les hommes, à devenir signes de réconciliation et de fraternité. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une conception utilitaire de l’immigration.

 

Un appel adressé à tous !

Tous les protestants ne se retrouvent pas dans l’action de la Cimade. L’engagement des protestants et autres chrétiens ne se résume pas dans l’action de cette association qui elle-même ne compte pas que des militants protestants puisqu’elle a d’abord une vocation œcuménique et est ouverte, selon son article premier, à toute personne qui désire défendre les droits fondamentaux. Tout en gardant son logo officiel elle se définit comme service œcuménique d’entraide. La Fédération de l’entraide protestante tente elle aussi de sensibiliser nos Églises et nos diaconats aux questions relatives à l’immigration. Nous ne pouvons ignorer que dans toute l’Europe, les familles migrantes sont actuellement déchirées par les politiques migratoires. Des familles amenées centre de rétention, sont séparées : les enfants sont autorisés à rester alors qu’on renvoie les parents. Les enfants sont parfois privés de scolarité, les prises en charge sociales de plus en plus limitées, les problèmes de santé réels. Il nous est impossible de rester sans réaction et il est de notre devoir de demander que de nouvelles mesures d’intégration soient mises en place. Il est de notre devoir de mettre en avant la relation humaine, de permettre à l’accueillant et aux accueillis de se découvrir mutuellement et d'inventer ainsi les bases d’une société plus fraternelle. Il est temps de comprendre que l’étranger est d’abord et avant tout un autre nous-même, qu’il connaît les mêmes problèmes, que sa vie est aussi belle et fragile que la nôtre. Au lieu de considérer que l’autre est essentiellement un outil au service de l’économie nationale, il nous faut rechercher le bien commun. Le bien de la société d’accueil mais aussi celui de l’accueilli et de sa famille, sans oublier le souci des pays qui voient le départ de leurs forces vives.

Des critères équitables et équilibrés permettront une insertion plus durable et réelle dans notre société ; au nom de l’Évangile il me semble que l’État doit répondre à plusieurs exigences : réguler les flux migratoires, lutter contre les filières clandestines et les risques politiques de déstabilisation, réaffirmer la notion de l’asile, veiller à ce que les droits de migrants ne soient pas amoindris par rapport à ceux des nationaux ; veiller à créer des conditions de vie dignes. Veiller encore, au nom de la solidarité, à ce qu’un étranger puisse par son labeur faire vivre sa famille (et parfois sa famille élargie) dans de bonnes conditions. Voilà des défis qui doivent être relevés mais qui nécessitent un véritable effort de la part de tous.

La route sera longue, l’engagement coûteux et les idées devront toujours être remises sur le métier ; il n’y a pas de politique de l’immigration idéale, mais l’idéal de l’Évangile peut aider à en définir des contours plus justes.

 

Frédéric Verspeeten

ancien président de la Cimade régionale

président de la Cimade Valenciennes

NB : pour aller plus loin téléchargez les Actes du Colloque « Accueil de l’étranger » du 24 janvier 2009 <http://www.fep.asso.fr/docs/docs_fep/Actes_240109.pdf>


 

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