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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

La Thiérache protestante (novembre 2010)

26 Novembre 2010 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2010

 

Éditorial

 

La Thiérache protestante

 

Il y a un an LP consacrait un dossier à la Picardie protestante. Les paroisses de la Somme et de l’Aisne (Saint-Quentin et disséminés) avaient largement participé à ce numéro. Les paroisses plus au sud, en région parisienne, n’avaient pas été sollicitées. À la fin de l’éditorial, on pouvait lire « il manque la paroisse de la Thiérache, qui pourrait à elle seule nourrir un dossier. Affaire à suivre… ». Certains d’entre vous connaissent peut-être le rassemblement des chorales à Landouzy et le temple–musée de Lemé. Mais la Thiérache c’est plus largement un protestantisme rural qui associe dynamisme et racines profondes. Nous avons contacté la paroisse qui a réalisé le numéro que voici. Vous y trouverez des témoignages, la vie des groupes, des pages historiques. Ce mois de novembre, moment privilégié de nos synodes régionaux, est donc encore une fois l’occasion pour vous de découvrir une partie de notre région Nord-Normandie.

 

Encore merci à tous ceux qui ont participé à ce numéro

 

 

Bonne lecture et bon voyage

 

LP


Interview

 

UN COUPLE HOLLANDAIS,

Yann et Monique, membres de notre paroisse.

 

En 2004, Yann et Monique, jeune couple hollandais, ont fait l’acquisition d’une maison thiérachienne dans le petit village de Mont-Saint-Jean, situé à l’Est de la Thiérache, à quelques kilomètres de Rumigny qui se trouve dans le département des Ardennes. En Hollande, ils habitent à dix minutes de la frontière belge. Yann, 38 ans, est directeur d’un établissement pour personnes handicapées. Monique, 34 ans, est enseignante auprès d’enfants âgés de 10 ans dans une école protestante et travaille 25 heures par semaine.

 

Pourquoi avoir choisi votre résidence secondaire à Mont-Saint-Jean ?

- Nous voulions ne pas être trop éloignés de la Hollande et surtout trouver une paroisse protestante.

 

Vous êtes-vous sentis accueillis dans notre paroisse ?

- Oui ! Et avec le café qu’Hélène nous a gentiment offert avant le début de notre premier culte à Landouzy. (Hélène, ancienne conseillère presbytérale, prépare dans un thermos un café qu’elle propose avant le culte, accompagné de quelques biscuits).

 

Comment avez-vous vécu vos premières participations aux cultes ?

- Bien ! Nous ne nous sommes pas sentis dépaysés et ceci grâce à la liturgie et aux cantiques.

La liturgie du culte en France est peu différente de celle pratiquée en Hollande. Heureusement, au bout de six ans, nous avons bien progressé dans la compréhension des sermons. Le grand obstacle que nous devons vaincre, c’est la langue ! C’est à nous de faire l’effort. L’initiative pour notre intégration doit venir de notre part.

 

Qu’est-ce qui vous étonne dans notre pratique du culte au niveau paroissial ?

- Nous constatons que, dans la paroisse, il y a un noyau de fidèles que nous avons plaisir à retrouver chaque dimanche. La fidélité de ces amis, c’est pour nous très positif. Cependant, on ne comprend pas pourquoi certaines personnes ne viennent qu’irrégulièrement. En Hollande, les protestants vont au culte en nombre : c’est une règle, une habitude pour eux. Une centaine de personnes à chaque culte, chaque dimanche en Hollande, c’est ordinaire. Mais avec ce nombre de participants, on ne peut pas avoir les mêmes contacts qu’en Thiérache où le petit groupe de Landouzy-Parfondeval est très fraternel. Alors ici, c’est plus notre paroisse qu’aux Pays-Bas.

 

Que pensez-vous de l’absence de nos jeunes au culte ?

- En France, c’est tout à fait différent de la Hollande où les enfants sont présents avec leurs familles pour la liturgie et pour la fin du culte. Pendant le sermon, des adultes les prennent en charge pour une animation. Mais il faut dire qu’en Hollande, il n’y a pas de divorce entre la religion et l’État. Monique apporte des précisions. Je commence ma journée d’enseignante par la prière avec mes élèves. Je fais chaque jour le récit d’une histoire biblique durant une demi-heure et on termine par un chant. Les enfants des Pays-Bas ont une très bonne connaissance de la Bible et les écoles sont constamment en contact avec les paroisses. On fait toutes les fêtes de l’année ensemble, école et paroisse. Jusqu’à douze ans, les enfants sont donc présents aux cultes mais quand ils sont ados, ils partent au collège. Alors, ils ne viennent plus au culte et les familles non plus.

 

Quel regard portez-vous sur l’avenir de notre paroisse ?

- Les paroissiens sont âgés. Nous nous inquiétons pour son avenir dans dix, vingt ans.

 

Pourriez-vous prendre des responsabilités dans notre paroisse en plus de celles que vous avez déjà, la chorale et la tenue de l’harmonium ?

- Non, le culte et la chorale, c’est tout. Rien de plus. Nous pourrions en prendre si nous maîtrisions mieux le français. Nous sommes déjà sous-chefs à la chorale et nous sommes très heureux de le faire car on sent bien que la chorale est très importante pour la paroisse.

 

Accepteriez-vous d’être des référents pour l’accueil des Hollandais dans notre paroisse thiérachienne ?

- Oui, nous l’acceptons. Nous avons déjà des contacts avec ceux qui sont à La Sablonnière (près de Landouzy) et à Parfondeval. On pourrait aussi créer un lien sur Internet et mettre notre nom dans votre journal paroissial, "Le Lien". Mais il faut savoir que les Hollandais sont des gens de passage, c’est un peu leur mentalité. Ceux qui viennent en Thiérache se reposent durant leurs petits temps de vacances. La plupart viennent d’Amsterdam où ils ont une vie trépidante, stressante et bien souvent, ils ne souhaitent pas une pratique religieuse. Mais que la paroisse de Landouzy-Parfondeval ait une façade pour se faire connaître, c’est une bonne idée.

 

Est-ce que le journal paroissial est important pour vous ?

- Oui ! Très important ! Surtout pour les dates et les lieux des cultes. Nous le lisons toujours.

 

Yann, Monique, je vous laisse conclure notre entretien.

- Nous sommes heureux dans notre paroisse de Landouzy-Parfondeval ! L’âge n’a pas d’importance pour nos contacts car nous nous sentons bien avec les personnes plus âgées. Le petit groupe des protestants en Thiérache est très fraternel, nous sommes heureux dans la paroisse.

 

 

Interview réalisé par Luc Vitaux,

conseiller presbytéral

 

 

ASSOCIATION POUR LA SAUVEGARDE DU TEMPLE DE LEMÉ (A.S.T.L.)

 

 

En 1988 fut créée l'Association de sauvegarde du temple de Lemé, après que l'un de ses membres fondateurs eut reçu un prix décerné par la Société d'Histoire du Protestantisme Français. Il s'agissait du prix Melan, destiné à distinguer un projet concernant un temple « en danger d'oubli » Le temple de Lemé, en effet, désaffecté depuis 1977, avait eu son extérieur restauré par la commune, mais l'intérieur restait totalement à rénover (voûte, tribunes, carrelage, enduits, peinture, isolation, électricité). De plus un passé protestant riche et ancien rendait ce lieu particulièrement attachant. Le dossier, constitué par Franck Storne et Claude Andriamiarantsoanavalona, se concluait de la façon suivante : « Le temple de Lemé est tout à fait représentatif, quant à son architecture, des temples construits dans la première moitiéTemple de Lemé du XIXe siècle, ce qui ne justifierait sans doute que partiellement que l'on se préoccupât de le sauver. Mais ce temple est aussi un symbole historique du Réveil protestant dans le Nord de la France. Le nom de Lemé éveille encore de chers souvenirs dans les mémoires réformées. » L'intérêt du bâtiment ayant été reconnu, c'est en 1990 que la commune a loué le temple pour un bail de 99 ans et pour un franc symbolique à l'association. Ceci permettait la réalisation de son objectif : la restauration du temple et de la sacristie afin de créer « un centre culturel thiérachien d'inspiration protestante. »

 

Le bulletin n°1 de l'association, daté du printemps 1991, précise que « ce centre offrira un musée à triple vocation :

l'histoire du protestantisme en Thiérache,

l'histoire des sciences religieuses libres,

un panorama de l'architecture des temples de France,

et que « des conférences, des concerts, des cultes et des cérémonies pourront y être organisés. »

 

Le conseil d'administration était présidé par Claude-Jean Lenoir, membre du consistoire de l'Église nationale de Genève, alors que le vice-président était René Favéreaux, maire de Lemé. Un comité d'honneur était constitué, il comportait un nombre impressionnant de personnalités, en particulier Jacques Pelletier, ministre de la Coopération et du développement, et le professeur Théodore Monod, membre de l'Institut et professeur honoraire du Muséum d'Histoire naturelle de Paris.

 

Vingt-deux ans après la constitution de l'association, quel bilan peut-on faire ?

Aujourd'hui l'ASTL pourrait changer de nom car le temple de Lemé est véritablement sauvegardé. C'est en effet en 2005 qu'il a été ouvert au public. Grâce à l'opiniâtreté des créateurs de l'association le bâtiment a été restauré, meublé, une exposition y a été installée. On y présente l'histoire du protestantisme en Europe, en France et en Thiérache.

Une ou deux conférences y ont lieu chaque année (la dernière concernait Henri IV, celle de l'année précédente portait sur Calvin) et quelques concerts s'y sont déroulés. Des bulletins ont été rédigés et constituent une documentation tout à fait intéressante, par exemple des témoignages sur l'orphelinat protestant de Lemé, sur la vie des premiers missionnaires partis de Thiérache vers l'Afrique du Sud.

Les statuts de l'association ont été modifiés et l'exercice du culte n'est plus autorisé dans ce bâtiment, l'association étant à vocation culturelle et non pas cultuelle.

 

Actuellement le conseil d'administration porte ses efforts sur le musée : il faut augmenter le fonds documentaire, développer la publicité, recruter des bénévoles pour les permanences, les former, s'ouvrir aux techniques modernes pour rendre la visite plus attrayante, enfin faire vivre ce musée, aboutissement d'un long travail dont les paroissiens de Thiérache ont été et sont toujours un élément essentiel.

 

 

 

Histoire

 

L'histoire du protestantisme en ThiÉrache

 

Dans son livre Parfondeval en Thiérache le pasteur Paul Beuzart fait le récit suivant, tiré de l'Histoire de la Réformation au XVIe siècle de Merle d'Aubigné : « Les environs de Meaux étaient couverts de riches moissons, à l'époque de la récolte une foule d'ouvriers y accouraient des contrées environnantes. Se reposant au milieu du jour de leur fatigue, ils s'entretenaient avec les gens du pays qui leur parlaient d'autres semailles et d'autres moissons. Plusieurs paysans venus de Thiérache et surtout de Landouzy-la-Ville persistèrent, de retour chez eux, dans la doctrine qu'ils avaient entendue, et il se forma en ce lieu une église évangélique qui est l'une des plus anciennes du royaume. » Ces ouvriers agricoles avaient eu connaissance des idées de la Réforme grâce à Briçonnet, évêque de Meaux et abbé de Saint-Germain-des-Prés. Celui-ci tentait de mettre en application dans son diocèse les idées de l'humaniste Lefèvre d'Étaples : les prêtres devaient être suffisamment instruits pour expliquer l'Évangile et chaque chrétien devait pouvoir lire lui-même la Parole de Dieu traduite en français.

L'œuvre de Briçonnet, les déplacements des ouvriers agricoles, la date à laquelle on commence à parler de protestantisme en Thiérache, tout concorde parfaitement. Mais il nous manque un document d'époque faisant un lien entre ces événements. Disons simplement que cette origine de la Réforme en Thiérache est tout à fait plausible. Des historiens y adhérent, même si elle relève avant tout de la tradition orale. Une chose est certaine, le protestantisme en Thiérache a un caractère éminemment populaire : pas de grand prédicateur, uniquement des gens simples qui ont propagé leur foi à leurs risques et périls. Ainsi Georges Magnier, savetier à Lemé, fut condamné aux galères en 1550 pour être allé lire la Bible de maison en maison. C'est en effet grâce au colportage de l'Évangile que fut constituée la première communauté protestante. Les croyants se regroupaient pour prier et chanter des psaumes sans qu'il y ait ni pasteur, ni administration des sacrements. Cependant une organisation va rapidement être mise en place puisque quinze ans plus tard, au synode de La Ferté-sous-Jouarre, on demande au pasteur de Montcornet de secourir la paroisse de Parfondeval.

En 1572 c'est la Saint-Barthélémy. Dans l'Histoire d'Origny-en-Thiérache on relève que les protestants furent pris de terreur et se mirent sous la protection de l'évêque de Laon. Abjuration sans doute de façade puisque son but est uniquement de sauver leur peau. Au cours de l'automne de la même année on voit poindre un courant d'émigration. On relève ainsi parmi les habitants de Genève les noms d'un maçon et d'un mercier venus de Thiérache. Un siècle avant la Révocation on trouve déjà la trilogie persécution, abjuration, émigration. Pendant les guerres de religion, la Thiérache fut un vrai champ de bataille entre Ligueurs catholiques et partisans d'Henri IV. Le bourg de Rozoy a été pillé et ravagé douze fois. C'est donc dans une Thiérache apeurée, dévastée mais marquée par la Réforme que vont retentir les décrets de l'édit de Nantes. Celui-ci prévoit seulement deux lieux de culte pour la Picardie : l'un près de Saint-Quentin, au Haucourt, l'autre à Desvres, près de Boulogne. À première vue cela revient à supprimer tout culte réformé en Thiérache. Heureusement un article supplémentaire mentionnait qu'en plus de ces villes l'exercice du culte pourra être fait dans les maisons de fief. En d'autres termes on peut aussi pratiquer le culte à titre privé dans les châteaux des seigneurs protestants. En Thiérache trois seigneurs vont utiliser cette disposition : celui de Chéry-les-Rozoy, de Gercy et de Renneval. Mais ces cultes de fief étaient souvent remis en question par la mauvaise volonté des autorités.

Dès 1660 eut lieu dans notre région « la petite Révocation » c'est-à-dire une série de mesures de harcèlement ayant pour but de rendre difficile la pratique du culte : obligation d'enterrer les protestants la nuit, puis destruction de temples.

Quand en 1685 l'édit de Nantes fut révoqué, les protestants de Thiérache qui avaient déjà enduré des années de persécution et de brimades furent absolument désemparés. Partout les listes de « nouveaux convertis » s'allongeaient, on parle même d'abjurations collectives comme à Vervins où dix-huit à vingt personnes abjurèrent ensemble. D'autres partirent vers l'étranger. La proximité des frontières et le pays boisé facilitaient l'évasion. Un grand nombre de Thiérachiens partit pour l'Angleterre, la Hollande, l'Écosse ou l'Allemagne. Certains itinéraires de l'émigration ont été reconstitués : un aubergiste, en accord avec un curé, allait prendre les fugitifs vers Liesse, les conduisait par Landouzy, Hirson et la forêt de Saint-Michel et leur faisait franchir la frontière vers les sources de l'Oise. Le curé paya cher sa complicité et fut envoyé aux galères. Enfin ceux qui voulaient rester fidèles à leur foi eurent à subir les dragonnades. L'intendant de Soissons écrivait en 1685 : J'ai l'honneur de vous faire savoir que nos troupes vont parcourir tout ce pays-là (Laon, Vervins, Coucy) et les obliger à abjurer.

Cependant malgré les persécutions les réunions ne cessèrent jamais en Thiérache, en particulier dans les bois de Vervins. Les pasteurs qui les présidaient le faisaient au péril de leur vie, l'assemblée étant en partie formée de nouveaux convertis au catholicisme qui regrettaient d'avoir abjuré. Un pasteur né à Vervins, Gardien Givry, eut un ministère bref mais remarquable dans notre région. À Lemé il baptisa onze enfants et prêcha devant plus de trois cents personnes. Il visita d'autres églises de Picardie puis gagna Paris où il fut arrêté.

Dès le début du XVIIe siècle, vivant dans un environnement hostile, les protestants de Thiérache se rendaient à l'étranger pour les actes pastoraux. Ils trouvaient un soutien à Tournai. Cette ville catholique possédait des pasteurs grâce à sa garnison hollandaise mise en place par le traité de la Barrière. On s'y rendait à pied avec une paire de sabots de rechange. Il fallait plus d'une semaine pour faire l'aller et le retour.

Après la mort de Louis XIV la situation s'améliora. On allait doucement vers plus de tolérance. Cependant des assemblées avaient toujours lieu au Désert et, en 1770 le pasteur Charmuzy qui avait prêché dans les bois près de Lemé, est arrêté et jeté en prison à Meaux où il mourut.

En 1787 enfin, l'édit de Tolérance accorda un état-civil aux protestants. L'effet se fit immédiatement sentir ; on trouve dans les registres paroissiaux de Landouzy trace du premier mariage et du premier enterrement et c'est en 1795 que les protestants de Parfondeval décidèrent d'affecter au culte protestant le fournil de Jean-Baptiste Beuzart, situé au centre du village. Dix ans plus tard est construit un temple en terre et bois, blanchi à la chaux, auquel succédera le temple actuel en brique dont la construction débuta en 1858. Inauguré en grande pompe en présence de huit pasteurs en robe, du maire et d'un ancien de l'Église portant une Bible, ses portes furent ouvertes aux cris de « Vive l'empereur ! » Quatre cultes successifs eurent lieu le même jour devant une assistance nombreuse et recueillie. Les protestants manifestaient ainsi leur joie de pouvoir exprimer librement leur foi. Les autres temples de la paroisse, celui de Landouzy et celui de Leuze, ont été construits en 1864.

Au XIXe siècle notre paroisse a été marquée par le ministère d'Antoine Colani, un pasteur qui déployait un zèle infatigable pour prêcher, enseigner, visiter... De santé fragile il se faisait seconder par des étudiants qui ont laissé des témoignages étonnants comme celui-ci : « Vendredi 24 septembre je partis pour visiter Parfondeval à sept lieues de Lemé... Il faisait nuit quand j'arrivais et je fus reçu avec beaucoup d'amitié. Samedi à onze heures je prêchais et quoiqu'il fit beau temps et qu'on eut beaucoup d'ouvrage à la campagne le temple était presque plein. .À quatre heures je partis pour Landouzy... vers les cinq heures il vint un orage, aussitôt le chemin se remplit d'eau, on ne pouvait presque plus marcher… Dimanche 26 je prêchais à dix heures, le temple était rempli, presque toute l'Église que j'avais visitée la veille (Parfondeval) était là... Lundi deux réunions à Landouzy. Mardi matin le temple était encore plus rempli que les autres fois... »

Colani reçut par ailleurs chez lui des futurs missionnaires. Deux d'entre eux, Isaac Bisseux et Prospère Lemue, originaires de Lemé et d'Esquéheries, partirent vers l'Afrique du Sud, un pays où leurs aïeux avaient trouvé refuge après la Révocation. En 1861, un gendre de Colani fut à l'origine de la création de Notre Maison, un orphelinat protestant pour garçons, qui reçut des enfants du Nord jusqu'en 1974.

Ainsi de génération en génération le protestantisme s'est transmis en Thiérache. Jusqu'au milieu du XIXe siècle le mode de vie différenciait les protestants des autres habitants du village : ils ne participaient pas aux fêtes de village, ne jouaient pas aux cartes, ne travaillaient pas le dimanche, mais assistaient à un culte le matin et à un autre l'après-midi, et se mariaient exclusivement entre eux.

Aujourd'hui, notre paroisse connaît les difficultés inhérentes au monde rural : départ des jeunes et vieillissement de la population. Si les cultes de fête peuvent rassembler plus de cent personnes, les cultes des dimanches ordinaires voient leur effectif diminuer. Une expérience de vie en secteur n'ayant pas été concluante, nous tenons à conserver un pasteur habitant notre presbytère, qui a été entièrement rénové. Mais il est difficile de trouver des pasteurs acceptant de vivre à l'écart des grandes villes. Cependant notre ruralité est aussi une chance : des jeunes retraités viennent volontiers s'y installer et nous accueillons souvent des vacanciers heureux de découvrir notre campagne, en particulier des familles hollandaises qui possèdent une résidence secondaire. Notre paroisse a un passé particulièrement riche, des racines profondes sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour poursuivre la transmission de l'Évangile dans une campagne en pleine mutation.

 

 

1 La Picardie de l'époque comprenait le Boulonnais alors que le sud de l'Aisne et la majeure partie de l'Oise dépendaient du gouvernement de Paris.

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LENOIR Claude Jean 25/02/2017 09:58

Petits détails, je n'étais pas que "membre du consistoire de l'Eglise nationale protestante de Genève mais également pasteur et président de la Société genevoise en faveur des protestants disséminés, société qui a contribué largement au financement de la restauration du temple.
Claude Jean LENOIR, pasteur émérite des Eglise wallonnes d'Arnhem et de Nimègue aux Pays-Bas et pasteur honoraire de l'Eglise protestante de Genève. Le Castel - 14400 BLAY.

Odile JURBERT 18/01/2014 21:07

Il est dommage que votre article reprenne des données anciennes, sans attestations historiques sérieuses alors que des études plus récentes apportent un nouvel éclairage sur la Thiérache,
notamment ses liens étroits avec Sedan, bien plus proche que Genève. La mention d'un savetier condamné aux galères en 1550 ne semble reposer que sur un texte du XVIIe siècle (les condamnations aux galères pour protestantisme sont en revanche bien attestées sous Louis XIV). Quant aux traité instituant les places de La Barrière, ils datent de 1673 à 1715.

1er contact 25/01/2014 18:37

Bonjour Madame

pour toute information je suis preneur. De quelles études récentes parlez-vous ? Comme vous l'avez constaté le dossier date de 2010... un peu lointain dans ma tête. En ce qui concerne les traités de la Barrière, il est exact que l'on en parle dès le traité de La Haye mais dès qu'il s'agit de se faire précis les auteurs se projettent au début du 18ème.

Cordialement