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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

La Trinité (avril 2010)

6 Avril 2010 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2010

Éditorial

 

La Trinité

 

En ce temps pascal, LP vous propose un dossier plus théologique et doctrinal qu’à l’accoutumée. Le credo symbole de Nicée, commun aux Églises chrétiennes, affirme : Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre (…).Nous croyons en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu (…), engendré, non pas créé, de même nature que le Père. (…) Nous croyons en l'Esprit saint, qui est Seigneur et qui donne la vie (…)

Cette confession de foi est le résultat de réflexions théologilpavril04 001ques visant à répondre aux questions des relations entre le Père, le Fils et le Saint-   Esprit… Contester une telle affirmation doctrinale pouvait coûter cher. Calvin n’hésita pas à traîner en justice Michel Servet qui comparait la doctrine trinitaire à Cerbère, l  e chien à trois têtes des enfers ! Les grands Réformateurs ont donc fait leur la doctrine de la Trinité. Le credo symbole de Nicée est toujours présent à la fin de nos recueils  Arc-en-ciel. Mais la controverse ne semble pas terminée ! À cause de la doctrine trinitaire, juifs et musulmans nous soupçonnent de dérive polythéiste ! Sa formulation est à l’origine du seul désaccord doctrinal entre chrétiens d’Orient et d’Occident… c’est la question du filioque. Parmi les protestants  certains ont rejeté la doctrine, on les appelle les unitariens.

Que faire aujourd’hui de la doctrine de la Trinité ? Doit-elle être conservée telle quelle comme un héritage et un gage d’œcuménisme ? Faut-il la reformuler et la revisiter pour la rendre compréhensible aujourd’hui ? Faut-il s’en débarrasser pour redéfinir les relations entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit ? Lp a demandé à des catholique, orthodoxe et protestants d’exprimer leur sensibilité sur cette question. Les points de vue sont très contradictoires, les sceptiques s’opposant aux convaincus. Nous avons laissé les uns et les autres s’exprimer, vous laissant le droit de réagir dans le prochain numéro.

 

Bonne fête de Pâques.

L.P.

 

 


SOMMAIRE


Entretien avec Monica Landsheere (en ligne)

Cette géniale invention de la Trinité...

Genèse de la doctrine trinitaire

La Trinité en questions

Le Saint-Esprit dans la tradition de l'Eglise orthodoxe

La Trinité dans ma foi

La Trinité dans l'art

Libres propos sur la Trinité (en ligne)

 


 

Interview

 

Entretien avec Monica Landsheere

 

À Roubaix, lors d’une réunion consacrée à l’étude du livre de Frédéric Lenoir, Le Christ philosophe, fut brièvement évoqué le dogme de la Trinité. Monica Landsheere nous confia alors qu’elle ne pouvait entendre le Symbole des Apôtres sans bien des réticences. Pour les lecteurs de LP, nous lui avons demandé les raisons de sa perplexité :

 

ML : Il y a quelques bonnes années, mes enfants, de retour de l’école du dimanche, m’assurèrent avec fierté que maintenant ils avaient enfin compris ce qu’était la Trinité. L’eau, me dirent-ils, on peut la trouver à l’état liquide, mais aussi à l’état gazeux (la buée) et même finalement à l’état solide (la glace) et pourtant il s’agit toujours de la même substance. Il n’en allait pas différemment pour le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Certes, l’image était belle et saisissante. Pour mes enfants mais pas pour moi. Questions et hésitations ont alors resurgi en moi.

 

LP : Dans quelle mesure ce scepticisme a-t-il affecté votre foi ?

 

ML : Dans ma vie, pendant bien des années, tout était simple. La grâce m’avait été donnée d’avoir foi en Dieu : je croyais en Lui comme je respire. C’est lorsque j’ai souhaité transmettre le message évangélique, en particulier aux enfants, que j’ai dû approfondir mes connaissances et que j’ai été prise de doutes. Pas sur Dieu, mais sur Jésus : ce sauveur, est-il réellement Dieu incarné ? Lui-même ne se définit-il pas souvent d’abord comme « Fils de l’homme » ?

 

LP : Lorsque, en tant que conseillère presbytérale, vous avez été sollicitée pour présider des cultes, n’avez-vous pas parfois été mal à l’aise lorsque vous rédigiez vos prédications ?

 

ML : Les prédications m’ont amenée à poursuivre mes réflexions sur l’origine et la valeur des témoignages bibliques. Dans quelle mesure les documents sont-ils fiables et relatent-ils des événements qui se sont réellement produits ? Dans quelle mesure sont-ils le fruit d’une élaboration théologique ? J’avais, en effet, été troublée de constater que les traductions variaient suivant les bibles utilisées, mais j’étais surtout sensible aux contradictions entre les affirmations du Prologue de Jean et les propos de Jésus lui-même rapportés par les autres évangiles : « Le Père est plus grand que moi… », « Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. » Matthieu, 24, 26 « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » etc. Jésus est assurément fils de Dieu, mais est-il Dieu-le-Fils de toute éternité ? Il n’est pas étonnant que les premiers siècles de notre ère aient vu se multiplier les querelles christologiques…

Pour moi, toutefois, le message évangélique est tellement fort que même si Jésus n’est pas « la seconde Personne de la Trinité » ctrinité (cathédrale de Lille)e  message reste pleinement valable. Je ne me l’explique pas mais j’ai  cette certitude que Dieu m’aime, nous aime tels que nous sommes, avec nos prop res hésitations, doutes et contradictions. Et je me console en me disant que ma perplexité a finalement un aspect positif : elle m’évite le fanatisme, mais m’invite à la réflexion, au partage, au dialogue en particulier au dialogue œc uménique et interreligieux. Cette parole de Gandhi trouve un profond écho en moi : « La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous  ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité, et sous des angles différents » (« Tous les hom mes sont frères »).

 

Propos recueillis par André Wacrenier

 

 


 

Point de vue

Libres propos sur la Trinité

 

La croyance en la Trinité est reconnue par notre Église. Cela dit, certains protestants appelés unitariens la contestent. Déjà dans la Genève de Calvin, Michel Servet l’avait remise en cause, parlant d’un cerbère, le chien à trois têtes gardant l’entrée des enfers ! Il le paya de sa vie.

 

Des fondements bibliques limités

J’avoue personnellement que les arguments des unitariens méritent réflexion. Il est vrai que la doctrine de la Trinité a un fondement biblique très limité.

Abraham et les trois anges. (Issoire) 63

Dès les premiers versets de l'Ancien Testament, une lecture trinitaire est possible : Dieu (le Père) crée par la parole (le Christ) tandis que l’esprit planait. De plus Dieu est au pluriel (Elohim, pluriel de el) mais le verbe est au singulier. Mais il s’agit d’un pluriel de majesté. On avance souvent le texte de Genèse 18 où l’envoyé de Dieu vers Abraham est tantôt un, tantôt trois. La formation de ce récit, plus que la doctrine de la Trinité, explique un tel paradoxe. Quant au baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il n’est pas a priori une formulation doctrinale mais plutôt une formule liturgique des premières communautés chrétiennes. D’ailleurs le mot « trinité » est inconnu du Nouveau Testament et des premières communautés chrétiennes. La doctrine de la Trinité est une construction théologique destinée à répondre à des questions aussi épineuses que celle des relations entre le Père et le Fils ou de l’identité de Jésus.

 

Les conséquences d’une remise en cause

Mais la remise en cause de la Trinité aurait deux conséquences majeures :

- D’abord, elle réactiveait toutes les controverses du IVe siècle concernant la divinité de Jésus. Jésus est-il Dieu ou homme ? N’est-il qu’un simple prophète, qu’une super-créature ? Ou est-il à la fois Dieu et homme ? Est-il un homme habité par Dieu ? Etc.

- Elle aurait bien sûr des conséquences œcuméniques. Nos rapports aux autres Églises s'en trouveraient compliqués.

C’est pourquoi, remettre en cause le dogme de la Trinité est sûrement plus facile pour un simple croyant que pour une Église.

 

Revisiter la Trinité

Si la Trinité n’est pas inscrite dans notre Bible, elle n’est pas disqualifiée a priori. Mais il faut lever une première difficulté, celle du vocabulaire. Nature, substance, hypostase, personne… autant de termes, qui sont des traductions et dont le sens nous échappe souvent !

Les traductions diverses finissent par semer la confusion dans les esprits. Personne (persona en latin) est traduit en grec par hypostasis qui peut aussi se traduire en latin par subsistentia ou substantiva. La personne1 est le masque à travers lequel l’acteur parle. Dieu joue des rôles différents. Il est à la fois immanence, transcendance et un. Barth préfère parler des « manières d’être » de Dieu. (manière d’être, mais aussi substance). Ainsi au fil des traductions on glisse de l’être à la substance… L’Église d’Arménie ne reconnut pas les décisions du concile de Chalcédoine où fut adoptée la définition des deux natures du Christ réunies en une seule personne… car la langue arménienne ne faisant aucune distinction entre nature et personne ! Les mots et les traductions multiples nous piègent. Cela est frappant pour la notion de personne. La

La doctrine de la Trinité n’affirme pas seulement l’existence de trois personnes, mais aussi celle de trois personnes en relation. On ne peut être père que si l’on a un fils et vice-versa. Et la relation qui s’établit peut soit s’appeler paternité, soit filiation. Il est clair que la relation du Saint-Esprit avec les deux autres personnes est pour nous moins explicite. Les théologiens parlent néanmoins de procession2. On peut même ajouter que cette relation est relation d’amour. Amour du père pour son fils et inversement. Dans nos discussions sur la Trinité, nous avons oublié qu’elle signifie aussi que Dieu est relation, relation d’amour, relation d’amour en Lui-même, avant même d’être relation d’amour avec ses créatures.

 

Éric Deheunynck

 


1 L'origine du mot personne provient probablement de l'étrusque Phersu et désignait les masques que portaient les comédiens au théâtre. Ces masques donnaient l'apparence, incarnaient chaque « personnage ». (Le film de Bergman, Persona, y fait référence.)

  2 Les Église d’Occident affirment que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ce filioque, « et du Fils » en latin, est contesté par les Églises d’Orient qui affirment que le Saint-Esprit procède du Père par le Fils. L’argument avancé est que Jésus n’est jamais qualifié de Fils du Saint-Esprit. Les Églises d’Occident craignent, par cette dernière formulation, la relégation du Saint-Esprit à un rang subalterne.

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read more 06/02/2014 12:09

I love reading such articles which deals with religious topics. I am eagerly waiting for the next issue to get published. I am sure that it will also have a great message to be passed to the society. Please keep on sharing. Thanks for this post.