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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Le consistoire ERF de Basse-Normandie

19 Novembre 2011 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2011

Éditorial

 

LA BASSE-NORMANDIE

   

Ce mois de novembre est, pour l’ERF, celui des synodes rég ionaux. Comme dans ses habitudes[1], Liens protestants vous propose de décou vrir une région protestante. Le dossier du mois est consacré à une partie méconnnumérisation0007ue de notre région Nord-Normandie, à savoir le consistoire de Basse-Normandie. Ce rtains le découvrent peut-être en lisant ces quelques lignes, mais notre région s’étend en effet de Bray-Dunes au Mont-Saint-Michel ! La Basse-Normandie, sans grandes paroisses et en marge de la région, est une belle inconnue, loin d’êtr e endormie ! Le consistoire est quadrillé par un réseau de paroisses rurales dont l’origine remonte aux premiers temps de la Réforme. Cette ruralité en fait l’originalité et le charme. 

Ce numéro vous propose de découvrir les paroisses de Basse-Normandie, leurs histoires, leurs activités et leurs projets. Nous tenons à remercier tous ceux qui ont participé à ce numéro et en particulier le pasteur d’Alençon, David Gonzalez, qui a été notre contact local et a envoyé la majeure partie des articles de ce dossier.

 

Bonne lecture et bon voyage.

 

LP

 


[1]Thiérache (2010), Picardie (2009), Artois (2008), Région Est (2006), Bassin minier (2004).

 


SOMMAIRE

 

Le consistoire (en ligne) 

Les paroisses

Une histoire du protestantisme en Basse-Normandie (en ligne)

 


BN2

 

Généralités

 

LE CONSISTOIRE DE BASSE-NORMANDIE

 

Le mot de la présidente

Je suis heureuse de vous présenter le consistoire bas-normand : trois départements (Calvados, Manche et Orne), quatre pasteurs, huit communautés paroissiales, des secteurs, des regroupements de paroisses, un projet de vie consistorial… Nos pasteurs ont tous une partie de leur temps consacrée au consistoire ce qui leur permet de mettre « leur art » au service de tous et pour eux d’avoir une spécificité en même temps qu’être pasteur en paroisse. L’indispensable pour notre consistoire est d’avoir une voiture pour pouvoir vivre en Église et surtout de la bonne volonté. Nous vivons la solidarité financière, matérielle, spirituelle et le partage de formations. Nous avons un journal consistorial, un même programme pour l’école biblique, un groupe consistorial de jeunes. Une mutualisation des moyens et des charges nous permet de vivre en Église en coordonnant l’animation du territoire pour pouvoir témoigner de notre foi en Jésus-Christ et nous soutenir.

 

Élisabeth Vardon,

Présidente du Consistoire

 

 

Existe-t-il un climat particulier en Basse-Normandie ?

Un microclimat que l’on ne retrouve nulle part ailleurs ? Difficile à dire si ce n’est que le consistoire qui porte le même nom et relie Cherbourg à Alençon, Caen à Flers, Condé-sur-Noireau à Lisieux, Deauville à Courseulles, Saint-Lô à Bayeux avant de tout entremêler, fait preuve d’un état d’esprit, d’une organisation, d’une, osons les grands mots, mutualisation, apparemment assez uniques. Jugez-en. Chaque pasteur se voit dévolu un secteur transversal : qui la jeunesse, qui l’information, qui la formation, qui les tracts d’évangélisation, qui l’œcuménisme. La liste n’est pas exhaustive, elle peut fluctuer selon les demandes et les talents. Chaque Église locale participe aux dépenses communes : le parc auto, les presbytères, les frais de bureau, les déplacements. Chacune verse une contribution proportionnelle à ses capacités et à la solidarité dont elle fait preuve et dont elle bénéficie. Un label consistorial a été créé. Quand il est utilisé, il permet, à chacune des paroisses de pouvoir se rendre aux manifestations d’intérêt sectoriel ou consistorial organisées par les uns et les autres sans entrer ce jour-là en concurrence. À l’arrivée, non pas un consistoire idyllique, mais un ensemble qui continue, année après année, de construire le travail en commun, qui évite à chacun de s’épuiser, permet la mise en place de réseaux, encourage les initiatives, évite les découragements. Un climat à l’image de celui de la Basse-Normandie : plutôt clair et ensoleillé, malgré les averses et les ondées. Une sorte de microclimat plutôt satisfaisant.

 


 

 

Histoire

 

UNE HISTOIRE DU PROTESTANTISME

EN BASSE-NORMANDIE

 

La Basse-Normandie, comme territoire administratif, est récente, puisque la région a été créée en 1956. Pourtant, dès le XVIe siècle, le terme de « Basse-Normandie » s’applique à la partie du territoire français correspondant grosso modo aux généralités de Caen et d’Alençon… Notre découpage ecclésial semble s’en rapprocher puisque le consistoire de Basse-Normandie déborde sur l’Eure, comme l’ancienne généralité d’Alençon. La Normandie a historiquement une nette individualité liée à son histoire et à ses coutumes. L’histoire du protestantisme en Basse-Normandie est à replacer dans le cadre de l’histoire de France en général et de celle de la Normandie en particulier.

 

Le terreau de la Réforme

On retrouve en Basse-Normandie les trois vecteurs traditionnels de la Réforme : la noblesse convertie aux idées nouvelles, les marchands en contact avec les pays gagnés à la Réforme et les milieux universitaires ouverts aux débats d’idées.

Ainsi Marguerite, duchesse d’Alençon mais aussi sœur de François 1er, est gagnée aux idées de la Réforme. En 1529 Simon Dubois imprime à Alençon une traduction du petit catéchisme de Luther. Le protestantisme se diffuse dans les campagnes sous l’influence de seigneurs locaux, comme les Montgomery à Ducey, les Sainte-Marie d’Agneaux autour de Saint-Lô, les Richier à Cérisy… L’université de Caen diffuse les idées nouvelles. Les thèses de Luther y sont même affichées. Les familles protestantes sont surtout présentes dans l'artisanat drapier, dans les métiers du livre (l'imprimerie et l'édition) et les métiers de la mer.

L’évaluation des effectifs est difficile mais on peut néanmoins identifier des zones d’implantation. Ainsi à Bayeux les abjurations furent nombreuses et on retrouve de nombreux réfugiés de cette ville à Genève. Caen est, entre 1560 et 1568, en grande majorité protestante tout comme les villes de Falaise, Vire et Coutances. À Condé-sur-Noireau la quasi-totalité de la population se convertit. La Réforme s’étant autant aux zones rurales qu’urbaines, ce qui est une originalité du protestantisme bas-normand.

 

Au temps des guerres de religion

Pour cette période troublée, je vous propose de suivre l’itinéraire de Jacques II de Goyon de Matignon, gouverneur d’Alençon à partir de 1561 et lieutenant-général de Basse-Normandie. Fidèle au roi, il combat les protestants pendant les guerres de religion. Il repousse les Anglais à Falaise et participe aux batailles de Jarnac et de Moncontour. Mais il refuse les cruautés de son temps et s’illustre en protégeant les protestants de Saint-Lô et Alençon après la Saint-Barthélemy. Il finit par se rallier à Henri IV et assure les fonctions de connétable lors du sacre du nouveau souverain. En servant cinq rois successifs lors d’une des périodes les plus troublées de notre histoire, il a fait preuve d’un loyalisme sans faille.

La période des guerres de religion est marquée par une forte émigration vers l’Angleterre et la Hollande et de nombreuses abjurations.

 

L’édit de Nantes et sa révocation

L'Édit de Nantes réorganise les communautés protestantes en Synode. Les cent mille fidèles du synode de Normandie sont répartis en six colloques dont quatre pour la Basse-Normandie :

- celui de Caen réunit 10 000 fidèles dont le quart à Caen même ;

- celui de Falaise, région d'environ 9 000 disséminés, avec les petits centres de Condé-sur-Noireau et Athis ;

- celui du Cotentin, avec plus de 5 500 protestants regroupés à Saint-Lô (riches manufacturiers et commerçants), à Sainte-Mère-Église, au Chefresne (paroisse rurale), ainsi qu'à Ducey et Pontorson (Églises de fief) ;

- celui d'Alençon, avec environ 2 500 fidèles en ville, à côté de 2 000 disséminés.

La cohabitation entre catholiques et protestants se passe bien mais la Normandie ne va pas échapper à la politique royale. En 1685 les temples sont tous détruits sauf celui de Pontorson transformé en grange et celui de Courtomer. Les dragonnades ne commencent qu’après la révocation de l’édit de Nantes. Les protestants normands ont le choix entre l’abjuration, l’exil ou la clandestinité. L’émigration affecte l’économie normande dans le domaine du textile. Condé-sur-Noireau perd une grande partie de sa population. Les prêches clandestins proposés par des prédicateurs itinérants sont risqués. Pour toute la Normandie, on dénombre 300 prisonniers, 37 galériens, 18 condamnations au supplice de la claie[1]. Pourtant quatre Églises semblent avoir gardé une forme d’organisation pendant le « désert » : celles de Condé-sur-Noireau, Fresne, Sainte-Honorine et Athis.

 

Le XIXe siècle

Le XIXe siècle marque le retour des protestants dans la vie de la cité, en particulier dans les domaines économique et politique. C'est au Val-Richer dans le Calvados qu'est mort François Guizot (1787-1874), après une brillante carrière d'historien et d'homme politique sous la monarchie de Juillet. À Caen, la bourgeoisie protestante reprend en main les principales maisons de commerce. Après la guerre de 1870, de nombreux protestants arrivent d'Alsace. La Normandie au XIXe siècle connaît le mouvement du Réveil. Des méthodistes venus d'Angleterre, en particulier des îles anglo-normandes participent à ce mouvement.

 

La Basse-Normandie est largement héritière d’une longue histoire. Ses paroisses rurales sont les témoins d’Églises de fief et de la conversion des seigneurs ruraux. L’implantation protestante à Caen rappelle l’importance des milieux marchands et universitaires dans la diffusion de la Réforme. La vitalité du protestantisme bas-normand a donc des racines bien profondes.

 

Éric Deheunynck 

 

 

Gabriel de Montgomery

Vous avez peut-être en mémoire la fin tragique du roi Henri II, mortellement blessé lors d’une joute. La lance de son adversaire souleva la visière de son casque et lui transperça l’œil ! Le régicide involontaire était Gabriel de Lorges, comte de Montgomery, seigneur de Ducey. Ayant adhéré à la Réforme, Montgomery participa aux guerres de religion dans le camp protestant. Il échappa à la Saint-Barthélemy et se réfugia en Angleterre. Capturé en Normandie par le maréchal de Matignon, il fut conduit à Paris et exécuté en place de Grève à la plus grande satisfaction de Catherine de Médicis. 

 

Pierre Du Bosc Pierre Du Bosc

Pasteur à Caen, il fut l’un des plus prestigieux orateurs de son temps. Son élo q  ue nce le fit connaître jusqu’à Paris. En 1664 il fut exilé à Châlons-en-Champagne sur d emande des jésuites. Lors de la révocation de l’édit de Nantes, il se réfugi a à Rotterdam où il devint pasteur de l’Église francophone (dite  wallonne). 

 



[1] Une claie était un treillis d'osier, auquel on attelait un cheval, et sur lequel on plaçait soit un condamné que l'on menait au supplice, soit un supplicié après son décès, que l’on conduisait au bûcher. Dans ce dernier cas, sa mort n’arrêtait pas l’action de la justice, le supplicié détaché de la potence, était brûlé aux yeux de tous. Cette punition post mortem contre sa mémoire augmentait ainsi la honte de sa famille.

 

 

 

 

 


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