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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Le péché (avril 2011)

17 Mai 2011 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2011

Éditorial

 

Le péché

 

Le péché, comme le jugement dernier et la résurrection, est devenu difficile à évoquer, même dans nos temples, tant il est associé à la pastorale de la peur, à une volonté de culpabiliser, à une tentative de prise de contrôle des consciences... Or c’est une notion-clé du christianisme. L’oublier c’est s’interdire de comprendre Paul, Luther… le message chrétien en général.   Adam et Eve (Amiens)

Mais qu’est-ce que le péché ? Certains adoptent le sin gu lier, tandis que d’autres préfèrent démultiplier le péché à l’envi : ne parle-t-on pas  de  péchés mortels, véniels ou capitaux sans oublier le péché originel… ?

Il serait donc déjà pertinent de définir le terme. Plus qu’une faute, le péché est mauvaise direction. Il pose d’abord la question de la relation  à Dieu autant que celle de la relation avec le prochain. Le péché s’oppose donc plus à la foi qu’à la vertu. En ce temps pascal, ce dossier vous propose de visiter et revisiter la notion de péché, de croiser des point s de vue catholique et protestant, traditionnel et libéral…

 

Bonne lecture à tous et toutes et Joyeuses Pâques !

 

 



SOMMAIRE


Péché et maladie (Interview du pasteur Fournier)

De la rupture d'harmonie à l'homme retrouvé (F. Verspeeten)

Le péché hier et aujourd'hui (M. Castro)

Aliénation et libération (C-G Jung)

le péché et la faute (J-D Causse)

Les péchés capitaux (E Deheunynck)

 


Théologie


LE PÉCHÉ : DE LA RUPTURE D’HARMONIE

À L’HOMME RETROUVÉ

 

Selon la Bible, l’histoire de l’homme est marquée par un état de rébellion et de manque de confiance en la Parole même de Dieu. Cet état est qualifié de péché. Les récits de la Genèse (chapitres 1 à 3) témoignent de cette "réalité" et considèrent que de manière radicale l’homme est coupé de Dieu.

Si l’on développe cette constatation, le péché, selon l’Écriture, peut être défini comme tout manque de conformité à la Loi morale de Dieu et ce au niveau de nos actes, de nos attitudes, de nos pensées ou de notre nature.

Le péché, selon cette optique, est en rapport avec Dieu et sa Loi morale. Ainsi, nos actes particuliers (voler, mentir, commettre un meurtre) sont considérés comme péchés. Mais là ne s’arrête pas la conception biblique ; ce sont aussi les attitudes contraires à ce que Dieu attend de nous qui sont qualifiées de péché. Les dix commandements interdisent à la fois les actions répréhensibles et les attitudes coupables (cf. Ex 20). Le seul désir de voler ou de commettre l’adultère est déjà considéré comme péché.

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus semble lui aussi interdire les attitudes pécheresses comme la colère (Mt 5,22), la convoitise (Mt 5,28). L’apôtre Paul présentera dans l’épître aux Galates (Gal 5,19-21) une liste d’attitudes (jalousie, colère, égoïsme) comme des œuvres de la chair qui s’opposent au désir de l’Esprit, bref à l’œuvre de Dieu.

Si nous nous en tenons à ces premiers constats, l’homme et la femme agréables à Dieu seront donc des êtres qui manifesteront une pureté morale dans leurs actions et leurs désirs… Tout un programme !

Jésus nous rappelle : « Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et le servira lui seul » (Mc 12,30).

En résumé, la définition du péché inclut nos actions et nos attitudes, notre manque de conformité à la Loi morale de Dieu, notre nature morale. Si nous réfléchissons bien, l’humain n’a pas à être qualifié par des actes ou fautes qu’il aurait commis, mais la nature de tout homme étant déformée, altérée, pervertie, chaque individu est pécheur par nature. Tous nos codes moraux qui visent à qualifier "les péchés" dénotent en réalité des attitudes, des actions qui sont le fruit de notre nature pécheresse. La tentation est souvent grande de ne donner qu’une définition partielle du péché. Par exemple concernant l’égoïsme de l’homme, l’égoïsme n’en étant qu’un aspect… Il y a dans la Bible une forme d’égoïsme qui n’est pas un péché, notamment, cette volonté d’un homme qui désire, pour son propre intérêt, amasser des trésors du Royaume (Mt 6,20). Le Christ, comme les apôtres, nous invite dans notre intérêt personnel à nous détourner du mal.

 

Ma lecture des Écritures

L’homme et l’action qu’il accomplit ne sont pas dissociables, l’action traduit sa nature pécheresse. L’homme est un être divisé, sans force réelle, face au mal qui l’habite. L’humain est ainsi prisonnier d’une spirale infernale dans laquelle il met sans cesse en cause le monde créé par Dieu et le libre épanouissement des forces de vie, don de Dieu.

Le péché nous est présenté comme un but manqué, comme une maladie qui tarit les forces de vie, une rupture d’harmonie. Les termes bibliques sont sans ambiguïté pour qualifier cet état : crime, faute, égarement. Les pécheurs sont des "tordus", "courbés", "déformés", "difformes". Ils sont méchants.

Le péché est ainsi le constat sans appel de ce qui s’écarte de la norme, de la vie de Dieu, de tout ce qui s’oppose à la vie. Le péché nuit à l’Alliance, à la fraternité, à l’Amour. Il sape la communauté, met toute initiative humaine, même la plus belle, en danger.

Ainsi, dans la vie sociale et communautaire les humains se révèlent toujours à un moment ou à un autre comme transgresseurs d’une alliance, d’une obligation, d’un devoir et cela se manifeste de manière éclatante envers les plus faibles, les petits, les veuves, etc.

La législation d’Israël visait à faire prendre conscience de ce mal inhérent à la nature humaine et ses règles qui édictaient le chemin du bien et dénonçaient le chemin du mal, visaient à éduquer la conscience, l’intelligence des humains pour créer en eux un esprit de sagesse.

Nous avons parfois bien du mal à considérer que pécher c’est enfreindre ces lois spirituelles et agir contre la vie, contre Dieu, contre le prochain, contre nous-même. Tout cela est offense à Dieu.

 

Les origines du péché

La Bible de manière ambivalente affirme à la fois que tout homme est pécheur et que malgré cela, il y a encore des hommes justes sur la terre, justes voulant dire qui ne pèchent pas. Sur la première affirmation, il faut relire Genèse 1 à 3 et le Psaume 58,4. Concernant la seconde affirmation, le Premier Testament nous présente quelques hommes qui sont libres de tout péché (Psaume 18,24 ; Job 33,9).

Si l’on essaie de réconcilier ces deux points de vue, on pourrait dire que, malgré la nature pécheresse qui touche tous les humains, il y a encore des hommes qui se savent pécheurs et malgré tout s’efforcent de rechercher la voie du renoncement au mal. La littérature de sagesse de la Bible fut écrite pour cela (Proverbes, Sagesse, Siracide…).

Il est difficile de comprendre ce qui est à l’origine du péché de l’humanité. Dans la Genèse, le péché est fruit de la faute d’Adam et Ève. En péchant nos lointains ancêtres se seraient accaparés, avant même que Dieu ne les y conduise, une connaissance autonome qui se serait émancipée de la souveraineté de Dieu (excusez ici ma crise de calvinisme !) Il s’agit d’un acte délibéré, peut-être même prévu par Dieu dans ses multiples possibles. En commettant cet acte, l’homme a pu accéder à une conscience morale… ! Il s’est senti nu (rien à voir avec la sexualité selon moi), nu dans le sens où il a compris qu’il n’avait encore rien à lui, que tout lui était donné et que son intimité physique et sa personnalité étaient ses seules fragiles valeurs.

Le péché ouvre ainsi l’humain à la connaissance brutale et à la curiosité des réalités intellectuelles : secrets de la nature, modèles de civilisation, culture, possibilité d’abstraction, capacité de jugement et d’un certain discernement.

Or, selon la Genèse cela vient sans la Parole et l’autorisation de Dieu. La nuance est de taille. Dès lors, l’humain perçoit ces choses mais son intelligence et sa nature n’arrivent pas à les mettre en harmonie. L’homme est allé plus vite que le temps de Dieu ne le souhaitait ! Comme vous le remarquez je n’ai à aucun moment mentionné le serpent du récit…

Lucifer, autrefois prince de lumière maintenant déchu, est tombé du ciel ainsi que ses anges. Satan et ses démons contestent désormais le plan de Dieu. Il ne nous sera pas possible d’étayer la réalité cosmique de cela en quelques lignes. Mais ce qui est important pour notre sujet c’est de souligner que le serpent porte atteinte au fondement de la véritable connaissance. Il n’y a de vraie et réelle connaissance qu’en Dieu. Toute parole qui ne vient pas de lui sur le monde et le devenir des êtres est trompeuse. Ainsi Ève est trompée, Adam ensuite : « Vous ne mourrez pas, vous vivrez. » Une demi-vérité qui cache l’immensité d’un drame. Une tentative réussie de mettre en cause la vérité des propres termes tenus par Dieu.

Désormais, l’homme ne se contente plus de recevoir ce qui est bien mais s’interroge sur ce qui est bien ! Il sait qu’il y a des bornes et comprend qu’il peut les déplacer.

Les paroles de Dieu, sa présence immédiate et réelle ne lui permettraient plus de définir bien et mal non seulement par l’intelligence mais par l’être.

 

Nos Pères dans la foi

Je me contenterai ici de rester sur le terrain des Écritures pour tenter de circonscrire les effets du péché. Ainsi :

Nous sommes coupables non pas de la faute d’Adam, mais de nos propres fautes.

Nous sommes incapables de faire toujours et en tout temps ce qui est bien, juste et bon.

Adam ouvre la porte mais ce n’est pas écrit dans nos gènes.

C’est la possibilité du péché qui chemine en nous.

Dépourvus de tout bien spirituel, nous sommes incapables d’accomplir des actions spirituellement bonnes.

Concevoir le péché aujourd’hui

La théologie de la Réforme a beaucoup insisté sur la culpabilité de l’être humain devant Dieu. Sous la plume des Réformateurs reviennent souvent des idées selon lesquelles l’être humain manque de justice, d’innocence, d’intégrité morale, ce qui provoque l’essentiel de sa souffrance. Les siècles religieux passés témoignent de cette culpabilité ressentie qu’il fallait surmonter par le rachat de nos actes et cela se traduisait par la peur de l’enfer, les craintes du jugement de Dieu (terrestre et céleste). Alors se multipliaient les dévotions en quête d’indulgence divine.

Nous pensons souvent que nous, occidentaux du XXIe siècle, nous sommes loin de tout cela… Pourtant, les psys nous rappellent sans cesse à quel point la culpabilité latente et ressentie est réelle. Nous ressentons toujours fortement le péché et ses effets et nous lui trouvons des qualificatifs nouveaux : manque de chance, fatalité naturelle, échec, dévaluation, dévalorisation, fragilité, détresse, non-sens et absurdité de la vie, aliénation sociale ou intellectuelle, etc. Nous nous sentons dépouillés de notre nature humaine, esclaves du travail, du sexe, de la drogue, de nos vacances, du fric et la liste est longue et très réelle…

Bref, l’homme sait très bien qu’il vit en état de manque.

Mais cette rupture de communion avec Dieu a été surmontée grâce à l’œuvre même de Dieu qui a décidé malgré tout de nous adopter, de laisser vivre son Esprit en nous et parmi nous.

Dans notre existence aliénée, dans notre misère marquée par l’inimitié entre homme et nature, dans notre hostilité envers nos frères et sœurs, dans nos confusions, nos paradis artificiels, nos idoles, dans tout ce que nous pervertissons et déformons, face à cette puissance d’égarement qui aveugle l’homme, l’Évangile nous rappelle que nous sommes conviés à la liberté personnelle authentique et universelle.

Originellement pécheurs, nous sommes universellement sauvés par grâce : dans la foi et l’amour, le péché est vaincu.

Nous étions aliénés, incapables de croire, refusant sans cesse les thèses de l’Évangile. De cette "non-foi", de cette incroyance nous avons été arrachés. Détournés de Dieu nous y sommes ramenés mystérieusement par son Esprit ! Il n’y a plus de rupture, la grâce a tout fait. L’aliénation et l’incroyance sont vaincues par l’amour inconditionnel de Dieu. La grâce ? C’est cette infusion d’amour puissant qui triomphe de notre aliénation et cela passe par la réconciliation personnelle avec Dieu que tout homme doit expérimenter.

Ainsi l’humain était hors de lui, comme si son corps et sa chair ne lui appartenaient plus, habités par les forces du mal. Mais la révélation du Logos parfait de Dieu en Jésus-Christ replace notre être au centre. Cela commence ici et maintenant jusque dans l’éternité qui sera l’aboutissement.

Dieu rend à chacun sa personnalité, les miracles de l’Évangile témoignent uniquement de cela et c’est énorme !

Dès lors, plus de médiocrité, de laideur. Notre réalité concrète et existentielle a été touchée par l’œuvre de Dieu. Dieu ne rejette pas les pécheurs. Sur la condition humaine, Dieu met à nouveau son empreinte. La grâce nous fait à nouveau percevoir la venue, l’irruption de l’Être nouveau parfaitement annoncé en Jésus-Christ et qui confère au christianisme une différence fondamentale par rapport aux autres religions. Dieu touche notre vie et provoque par un cheminement long le retournement de notre être, en marche non plus vers la fatalité apparente de la mort mais vers le Règne de Dieu qui a déjà commencé.

 

Frédéric Verspeeten


 


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