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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Le regard des autres... sur le protestantisme (Janvier 2004)

20 Décembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2004

Editorial

Le regard des autres

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Ce mois de janvier sera marqué par des célébrations œcuméniques un peu partout dans le monde. Voilà l’occasion pour les chrétiens d’affirmer leur unité, de se retrouver, de se découvrir les uns les autres et parfois de nous découvrir nous-mêmes. Car le  regard de l’autre peut avoir un effet miroir. Comment catholiques, orthodoxes mais aussi musulmans, athées, jeunes et moins jeunes nous perçoivent-ils, nous qui sommes si discrets ? 

Un sondage en 1994 indiquait que 4,5% des Français de plus de 15 ans, se sentaient « proches du protestantisme » soit 1,8 millions. Un chiffre bien éloigné de ceux de nos Églises de la Réforme qui semble indiquer que l’image des protestants est plutôt positive dans ce pays. Le protestantisme français est facilement associé à la liberté, à l’esprit de tolérance, à la responsabilité. Pourtant les protestants véhiculent aussi des images plutôt négatives : ils sont austères, élitistes, cérébraux. Faut-il voir dans ces affirmations des clichés ou notre mentalité collective ? Probablement un peu des deux !

 

Je pense pourtant que cette perception assez stéréotypée est en train de changer quelque peu. Le protestantisme made in USA semble plus sectaire, intolérant, rétrograde… En France l’image du protestantisme est en train de se brouiller. Les tensions au sein de la FPF¹ entre Eglises aux positions si opposées et la diversité du protestantisme en général, y contribuent largement !

Ce numéro a laissé la parole à des personnes de toutes confessions. Ils nous diront simplement comment ils nous perçoivent.  D’autres articles plus historiques nous présenteront les regards d’autrefois sur les protestants, nous rappelant ainsi que l’image que l’on a de l’autre n’est pas fixée une fois pour toute…

 

Bonne lecture

 

 LP

 

 ¹ Fédération protestante de France est née en 1905. Elle devait exprimer les positions des protestants français auprès des pouvoirs publics. La cacophonie semble désormais la règle !

 


SOMMAIRE

 

Regard d'autrefois sur les protestants (en ligne)

Le complot protestant

Regards sur nous, protestants made in France (en ligne)

Interview : Etre protestante, c'est quoi pour toi ?

Microtrottoir

 


Histoire

Regards d’autrefois sur les protestants


J’ai choisi trois moments très contrastés de l’histoire du protestantisme français, les guerres de religion, moment d’affrontements où le protestant est un hérétique voire un ennemi, les Lumières, où le protestant incarne la minorité persécutée à l’intérieur et un modèle à suivre à l’extérieur, et le XIXe siècle, période de revanche des protestants, marquée aussi par un nouvel anti-protestantisme plus politique que religieux !

Au temps des guerres de religion
Aux temps des guerres de religion, on peut diviser les catholiques en deux groupes distincts voire opposés. D’une part les politiques, nous dirions aujourd’hui les modérés, qui pensent que c’est par la discussion et non par la force que les huguenots reviendront au catholicisme. Le protestant est un hérétique, certes, mais pas un ennemi. L’unité nationale doit primer. Le chancelier de France Michel de L'Hospital n’hésita pas à dire : " Otons ces noms diaboliques de huguenots et de papistes, ne gardons que le beau nom de chrétiens ". Il eut le courage d’organiser une rencontre entre les  représentants de Calvin et ceux du pape au colloque de Poissy, sans obtenir la réconciliation attendue. Il fit alors en sorte que quelques droits fussent accordés aux protestants. Mais ses mesures de tolérance n'eurent d'autre effet que d'échauffer les esprits. L’esprit de tolérance ne dépassait pas le cercle étroit des milieux cultivés.
Les politiques sont donc des modérés ; il en va tout autrement pour les catholiques de la ligue ! Pour eux, il faut mettre à mort tout ce qui divise l’Église. Les protestants peuvent corrompre par la séduction du langage, on dit d’ailleurs que leur langue est serpentine. La violence purificatrice de ces ligueurs croit répondre à un appel de Dieu. L’hérétique n’est plus enfant de Dieu, on peut le tuer. Le corps devient le lieu du jugement. On le martèle et on le fait apparaître comme informe. Coligny est décapité, émasculé…, son corps ensanglanté est promené dans Paris. Le protestant devient l’incarnation du péché qu’il faut extirper du tissu social.

Au temps des Lumières
Les philosophes français des Lumières voient dans le protestant le représentant d’une minorité persécutée. Voltaire qui voit dans la religion (en général) le ferment du fanatisme, finit par se faire l’avocat des protestants, allant jusqu’à prendre la défense du protestant Calas.
De plus, les pays protestants sont pris comme modèle politique. Les philosophes sont pris d’une anglomania. L’Angleterre devient un modèle avec sa monarchie limitée et ses lois garantissant les libertés individuelles comme l’habeas corpus. La Hollande est présentée comme la terre de tolérance par excellence. Voltaire et Diderot rendent visite à Frédéric II de Prusse. Cette Prusse terre d’accueil des huguenots et laboratoire du despotisme éclairé ! Nous voilà bien loin des clichés ultérieurs voyant dans la Prusse un pays militariste et agressif, dont le nom finira par disparaître de nos cartes !
L’image positive des protestants et du protestantisme sert les philosophes dans leur lutte contre la monarchie absolue et la religion catholique associée à l’obscurantisme. En 1787, l’édit de tolérance rendra aux protestants une partie de leurs libertés.

Au XIXe siècle

Les protestants connaissent un développement économique et un réveil religieux. Ils s’engagent dans la république laïque et deviennent la cible des opposants à celle-ci. Ils sont ainsi l’objet de critiques des nationalistes catholiques et, plus étonnant, d’un nommé E. Zola (jusqu’à l’affaire Dreyfus) ! Les protestants sont présentés comme des étrangers de l’intérieur. Ce serait une sorte de race étrangère venue d’Allemagne, d’Angleterre ou de Genève. Ainsi les Alsaciens protestants, réfugiés en France après l’annexion de l’Alsace en 1871, ne seraient-ils pas des agents de l’étranger ? L’emprise supposée des protestants sur l’État, les ministères, la diplomatie est dénoncée. Les protestants formeraient un parti qui ferait passer ses intérêts propres avant ceux de la nation. La “ vieille canaille huguenote ” associée aux juifs et aux francs-maçons fomenterait un vaste complot. Les protestants, grands acteurs de la IIIe République pervertiraient les esprits à travers la morale laïque, la philosophie kantienne et le capitalisme. Il faut attendre le pacte laïque et la première guerre mondiale pour voir disparaître cet anti-protestantisme plus politique que religieux, qualifié par J. Baubérot de haine oubliée…
Comme vous pouvez le constater, le regard des autres peut être un miroir, il peut aussi être un prisme déformant !

E. Deheunynck
 

 Témoignage

 

Regards juif, catholique… sur nous, protestants made in France

 



            Notre difficulté à rassembler des “regards d’autrui” sur nous est sans doute révélatrice. Nous ne saurions nous prendre pour un point de mire ! Souvent l’on nous ignore purement et simplement, comme le confirment les journées “Portes ouvertes” où des passants entrent pour la première fois dans un temple, ne savent que penser de ce qu’ils voient et posent éventuellement quelques questions tout à fait élémentaires.


 


Cora Cohen se dit juive traditionaliste, c'est-à-dire qu’elle a une pratique quotidienne mais non stricte.


Ce qu’évoque le mot “ protestant ” pour elle ?


-     Une approche plus souple dans la réflexion qu’elle n’en trouve dans l’Église catholique.


-     Un rapport à la loi religieuse plus discuté, avec plus de réflexion et une prise en compte de la réflexion. Elle sent une similitude par rapport au judaïsme en ce qui concerne la discussion sur les textes.


-  Elle a vu beaucoup moins de protestants vivre leur religion sous contrainte (pas de messe obligatoire). La pratique semble moins rigide.


-     Elle n’a aucune idée de la place du pape pour les protestants.


-     Le dialogue est possible entre juifs et protestants et moins formalisé (cette possibilité lui paraît différente entre juifs et catholiques).


-     Les choix ou les silences politiques peuvent poser problème chez les catholiques, elle ne sait pas ce qu’il en est chez les protestants.


-     Elle a l’impression que les protestants vivent moins dans la culpabilité que ce ne serait le cas dans le monde catholique.


-     Il lui semble que la « pratique » n’est pas l’essentiel du protestantisme, ce ne serait pas ce qui guide le rapport à la religion, à chercher plutôt peut-être dans une sensibilité aux problèmes d’ordre social.


-     L’Église catholique lui paraît toujours “trop” : il y a abondance, richesse et opulence du lieu de culte malgré l’humilité du Christ et cela la questionne. Elle n’imagine pas cela chez les protestants. Elle trouve l’approche du lieu plus modeste.


 


Marc, documentaliste dans un lycée est catholique


« Pour moi, le mot protestant évoque l'histoire des religions, le midi de la France, les Hollandais, les Allemands, une autre langue... Cela fait aussi penser à la protestation, une sorte d’opposition, de remise en ordre, de ménage... C'est à la fois un peu loin de ma culture, de ma formation religieuse et de mon enfance mais proche plus tard dans mon histoire d’une remise en cause de ce qui est romain.


Lors de mes études secondaires, il n'était pas question d'avoir une Bible ; dans les années 50, c'était révolutionnaire. Mais depuis, le travail de la lecture est plus facile avec l'aide qu'ont apportée les Protestants. Parfois j’ai l’impression que dans le protestantisme, il y a un certain rigorisme. Certains sont parfois enfermés dans des certitudes. Mais le culte, le rite et le rituel semblent plus justes, plus vrais que dans les formules catholiques. Les pasteurs ont pourtant parfois la même langue de bois que les prêtres. Toutefois, j’ai déjà entendu plus de paroles vraies chez les protestants. Les catholiques sont assez empêtrés dans le magistère romain qui dit ce qu'il faut penser... Ce que je perçois, ce avec quoi je serais à l'aise c'est la place du fidèle, le sacerdoce universel et le petit nombre d'élus. Sur les questions qui divisent, je préfère ne pas trop creuser. Je me sens à l'aise dans un temple, lors de la cène. Chez les catholiques, on est plus dans le carcan d'une règle et donc dans l’idée d'infraction.


Globalement je me sens plus à l'aise dans l'idée « à gauche » des Protestants et on peut dire que les avancées sociales ont été marquées par les protestants.






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