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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Les anges (décembre 2010)

1 Décembre 2010 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2010

 

Éditorial

 

Les anges

 

En ce mois de décembre nous allons célébrer Noël, une fête où les anges ont leur place entre l’archange de l’Annonciation et les anges de la crèche. Ces êtres spirituels, témoins d’un monde enchanté, vont réjouir les plus jeunes mais qu’en sera-t-il pour les moins jeunes ? Nos contemporains ont tendance à les négliger, voire les suspecter ! Ne seraient-ils pas les témoins des superstitions d’antan ? Pourtant ils jouent un rôle important dans la Bible et la liste de leurs interventions pourrait être très longue. Calvin lui-même écrivit à leur sujet. Leur présence est également grande dans les arts, des sculptures de nos cathédrales aux films les plus récents.

Parler des anges c’est prendre le risque de théoriser sur les anges, d’en faire un objet de connaissance. L’angélologie fut une matière théologique qui classait, hiérarchisait et définissait les anges. Ce numéro vise à juste présenter ce que l’on dit des anges car l’ange reste l’expression d’un monde invisible. Ne pas le saisir, c’est accepter que le monde nous échappe en grande partie.

 

À tous bonne lecture et bonnes fêtes de fin d’année.

 

LP

 

“Les anges d’aujourd’hui, ce sont tous ceux qui s’intéressent aux autres avant de s’intéresser à eux-mêmes.” Wim Wenders

 

Jugement dernier (Amiens)

 

 

SOMMAIRE

 

 

 


 

Bible

 

HÉNOCH ET LES ANGES

Découverte d’un aspect de la littérature hénochienne

 

Dans le cadre de cette étude sur les anges je me suis intéressé à mettre en lumière leur présence au travers de la littérature des livres d’Hénoch. Pour faire simple, l’on distingue aujourd’hui au sein des écrits pseudépigraphes de la littérature nommée intertestamentaire essentiellement deux livres d’Hénoch. Le premier est appelé livre d’Hénoch ou I Hénoch, qui nous est parvenu dans un « original » en éthiopien et se présente à nous comme un regroupement d’écrits de longueurs variables qui ont été fondus en un seul document. D’autres témoins (textes) nous sont connus par Qumram. C’est une compilation qui regroupe des récits du genre apocalyptique, des exposés sur les secrets de l’univers, sur le monde cosmique et qui exposent le destin de l’humanité, produit du dessein divin jusqu’au jugement dernier.

Le deuxième livre, encore appelé livre des Secrets d’Hénoch ou II Hénoch ne subsiste qu’au travers des langues slaves et fut ignoré des Pères de l’Église. Il s’intéresse, lui, à nous décrire les sept cieux et nous livre de très belles béatitudes avant de s’arrêter sur la figure de Melchisédech. Ces deux livres ont profondément influencé le milieu culturel et doctrinal du Nouveau Testament. Le premier est un véritable témoin du judaïsme préchrétien, le second a véritablement conditionné la rédaction de certaines parties du Nouveau Testament.

Pour notre exposé aujourd’hui nous ne retiendrons que le premier livre d’Hénoch qui est composé de cinq parties essentielles :

 le Livre des Veilleurs ou Vigilants (ch. 1-36),

 le Livre des Paraboles ou Similitudes (ch. 37-71),

 le Livre des Luminaires ou Écrits Astronomiques (ch. 72-82),

 le Livre des Songes (ch. 83-90),

 et l'Épitre d'Hénoch (ch. 91-105).

Ce découpage en cinq sections, noté par l'ensemble des commentateurs, est déjà attesté par l'un des plus anciens manuscrits éthiopiens.

C’est uniquement sur le livre des Veilleurs que nous nous arrêterons. C’est en effet dans cette partie qu’est abordée la question de l’œuvre des Vigilants comme dans le livre de Daniel (4,4) et dans d’autres écrits intertestamentaires tels que le livre des Jubilés et le testament des Douze Patriarches.

Trois aspects sont abordés dans ce livre : d’abord nous assistons à une vision du trône de Dieu et de la vie des anges et particulièrement de leur attrait pour notre terre. Ensuite nous découvrons le drame qui a déchiré la cité des anges, a entraîné la chute de nombre d’entre eux et la transformation de leur nature en démons ! Enfin le livre nous entretient de l’œuvre de ces démons et des combats que les anges mènent contre eux.

Il est important de comprendre que les idées religieuses de l’époque qui va du retour de l’Exil à celle où Jésus vivait en Judée et Galilée, ont été profondément marquées par différents courants de pensée. Le prophétisme ayant pris fin, lui succédèrent la réflexion sur la sagesse (influence helléniste) et l’attente de la manifestation de la justice de Dieu et de son règne sur terre. C’est ainsi que naquit une littérature « biblique » que la tradition chrétienne ne retiendra finalement pas comme canonique mais qui a profondément marqué les esprits à l’époque de Jésus. Ceci se retrouvera aussi dans les conceptions religieuses des pharisiens, des esséniens et des zélotes mais certainement moins chez les sadducéens.

Les livres d’Hénoch ont donc marqué les esprits. Ils ont été tenus en haute estime et l’on y a vu une réalité des mystères cachés de la création invisible et une explication de ce que nous subissons sur terre sans le comprendre. C’est aussi une affirmation de la souveraineté de Dieu, qui bien que contesté par les puissances du mal, règne et régit toutes choses.

Ceci étant dit, venons-en aux anges.

Les anges comme agents des missions secrètes de Dieu

Hénoch fut enlevé de cette terre, comme le laisse entendre le livre de la Genèse : Tous les jours d'Hénoch furent de trois cent soixante-cinq ans. Hénoch marcha avec Dieu ; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit. (Genèse 5, 23-24).

Il visite ainsi les cieux et est introduit dans les mystères de la création invisible. Il se trouve alors face à Dieu, qui manifestera sa puissance céleste comme Seigneur du monde. Immédiatement apparaissent les anges, très précisément nommés les Vigilants. Nous découvrons que les cieux sont habités, organisés en plusieurs demeures et que les mouvements de l’univers sont réglés à partir de ce lieu de la Sagesse divine. Tout ce que Dieu a créé suit son cours sans s’en écarter. Les Vigilants travaillent à l’organisation du plan de Dieu conformément à sa volonté. Ainsi Dieu ne gouverne pas l’univers lui-même mais il le délègue à des intelligences créées.

C’est au chapitre 7, que l’auteur rejoint le récit de Genèse 6,1-4.

« Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre et que des filles leur furent nées, les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu'ils choisirent. Alors l'Éternel dit : Mon esprit ne restera pas à toujours dans l'homme, car l'homme n'est que chair et ses jours seront de cent vingt ans. Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes et qu'elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l'antiquité ».

Ces êtres célestes tentés de s’écarter du projet divin se jetèrent sur la terre et troublèrent son évolution normale. Les anges prirent des femmes, il en naquit des géants ; nous apprenons au passage les noms de ces principaux chefs de rébellion (Hénoch 7, 9). Les femmes engendrèrent des géants monstrueux et bestiaux d’une taille de trois cents coudées (une coudée représente de 44 à 52 cm) soit entre 132 et 156 mètres de taille moyenne. Ces géants ne sont pas sans rappeler ceux des origines du monde dans la pensée grecque. Il s’agit là bien sûr de chiffres symboliques qui soulignent la puissance destructrice et dévastatrice. L’on peut aussi y voir l’influence spirituelle du mal, mais la terre les fit disparaître.

Ces anges déchus sont présentés comme étant à l’origine de nombreuses sciences et pratiques qui causèrent toutes les malheurs de l’homme :

1. Azaziel enseigna encore aux hommes à faire des épées, des couteaux, des boucliers, des cuirasses et des miroirs ; il leur apprit la fabrication des bracelets et des ornements, l'usage de la peinture, l'art de se peindre les sourcils, d'employer les pierres précieuses et toutes espèces de teintures, de sorte que le monde fut corrompu. 2. L'impiété s'accrut ; la fornication se multiplia, les créatures transgressèrent et corrompirent toutes leurs voies. 3. Amarazak enseigna tous les sortilèges, tous les enchantements et les propriétés de racines. 4. Armers enseigna l'art de résoudre les sortilèges. 5. Barkayal enseigna l'art d'observer les étoiles. 6. Akibeel enseigna les signes. 7. Tamiel enseigna l'astronomie. 8. Et Asaradel enseigna les mouvements de la lune. 9. Et les hommes sur le point de périr élevèrent leurs voix et leurs voix montèrent jusqu'au ciel. (Hénoch 8, 1 à 9).

C’est alors qu’après avoir évoqué le côté obscur des forces célestes, Hénoch nous parle de l’action des anges fidèles et nomme les principaux d’entre eux, les plus grands, en deux endroits chapitre 9 et chapitre 20 :

Alors Michaël et Gabriel, Raphaël, Suryal et Uriel, abaissèrent des cieux leurs regards sur la terre et virent les flots de sang qui la rougissaient, et les iniquités qui s'y commettaient ; et ils se dirent les uns aux autres : c'est le bruit de leurs cris (9,1).

Voici le nom des anges qui veillent : Uriel, un des saints anges, qui préside aux cris et à la terreur. Raphaël, un des saint anges, qui préside aux esprits des hommes. Raguel, un des saint anges, qui unit le monde et les luminaires. Michael, un des saints anges qui préside à la vertu des homme, et commande aux nations. Sarakiel, un des saints anges qui préside aux enfants des hommes qui pèchent. Gabriel, un des saints anges, qui préside sur Ikisat, sur le paradis et sur les chérubins (20,1-7).

Trois de ces noms se retrouvent d’ailleurs dans la littérature biblique canonique : Michael, Raphaël, Gabriel.

La dualité irréconciliable du monde des anges 

Si l’on se penche sur l’œuvre des anges vigilants plusie urs aspects se dégagent : ils vivent dans la présence de Dieu selon une hiérarchie établie dès les origines bien avant la création de la terre par Dieu lui-même. Au cours des siècles, les théologiens juifs et chrétiens conçurent une hiérarchie complexe d'êtres spirituels et donnèrent des noms aux plus puissants de ceux qui veillaient sur l'humanité. 

D'où viennent ces anges et ces démons qui ont lentement peuplé l’Écriture hébraïque ? Le monothéisme juif a laissé subsister autour de Yahvé des groupes de puissances portant le nom d'« elohim » et qui sont ses conseillers ou ses messagers. Des anges de Dieu apparaissent déjà çà et là dans des récits anciens du livre de la Genèse. C'est un ange de Yahvé qui a affirmé à Jacob en rêve qu'il était le Dieu qui lui était apparu à Béthel (Gn 31,11-13). Après le départ de l'Araméen Laban, ce sont encore des anges qui ont affronté Jacob qui poursuivait son chemin (Gn 32,2).

Ils veillent au bon fonctionnement de l’univers, interpellent le Seigneur qui lui, connaît toutes choses sur les méfaits des hommes et des anges déchus (I Hénoch 9). Ils sont chargés de missions : lier les mauvais anges, mettre fin à leurs exactions, révéler la volonté de Dieu aux hommes, ici notamment à Noé. Ils ont encore pour tâche d’chute des anges déchus (Lebrun)anéantir les intelligences célestes et humaines livrées au mal (I Hénoch 10). Ils travaillent à établir sur terre la justice et la paix avec les hommes justes. Ils vont donc agir comme de véritables agents délégués ou secrets de Dieu. Ils reflètent eux-mêmes, dans leur individualité, la puissance de Dieu, Sa sagesse, Sa sainteté, Sa gloire. Un grand drame, relaté dans les premières lignes du livre, a partagé leur communauté ou peuple en deux factions antagonistes. Tentés ils l’ont été et de fait certains désormais sont « élus » Anges de la lumière de Dieu et les autres sont devenus des démons. Il est important de préciser ce que veut dire ce dernier terme. Dès lors que ces êtres ont chuté, ils sont devenus de pâles ombres de la gloire qui les revêtait. Les ténèbres sont leur demeure ; ces êtres en rupture d’harmonie avec eux-mêmes et avec le créateur suscitent partout où ils passent chaos, destruction, mal, crime, désespoir et la liste n’est pas close.

Tout cela s’oppose aux agents de lumière qui travaillent en secret à l’œuvre de Dieu. Les êtres de lumière sont présentés chez Hénoch mais aussi dans toute la Bible canonique comme humbles, obéissants, désireux de comprendre le plan de la sagesse de Dieu et chargés d’aider les hommes dont ils ont du mal à comprendre l’inconstance et l’infidélité envers le créateur. Pour l’Église, depuis la venue de Jésus, ils sont à son service pour le Salut des hommes et participeront à l’édification du Royaume de Dieu sur terre. Pour s’en convaincre relire l’Apocalypse de Jean qui les mentionne de nombreuses fois.

Leur organisation hiérarchique semble se résumer en trois ordres : dans la première hiérarchie, la plus élevée, ils sont si proches de Dieu qu’ils reçoivent de lui directement ses volontés sur nous qu'ils communiquent aux hiérarchies inférieures. Ils sont un peu comme les ministres pour le roi. La deuxième hiérarchie, composée des Dominations, des Vertus et des Puissances s’occupe de la manière générale dont ces volontés seront appliquées sur les hommes. Ils sont comme l'état-major de l'armée du roi. Quant à la troisième hiérarchie, celle des anges inférieurs, elle exécute auprès de nous les commandements de Dieu. Ils sont comme l'armée du roi, présents sur le terrain du combat. C'est justement en raison de leur nature inférieure qu’ils peuvent être si proches de nous. Cette hiérarchie est composée des anges de l’ordre des Dominations, chargés du destin général des peuples, de l'ordre des Archanges qui annoncent les grandes nouvelles et enfin, des Anges gardiens qui s’occupent de chaque individu en particulier. Cette classification précise évoquée par les textes à été mise en forme par Denys au quatrième siècle.

Ainsi la Bible et les écrits intertestamentaires ont édifié la théologie des anges. Mais avant de conclure disons que la théologie des anges telle qu’Israël nous l’a laissée est à l’origine inspirée de la tradition mazdéenne. C’est à partir de l’Exil que les théologiens du judaïsme naissant édifieront peu à peu cette doctrine des anges qui au-delà du christianisme se retrouve dans le Talmud. À la différence de la théologie mazdéenne les anges déchus ne sont pas des dieux ou fils d’un dieu mauvais qui s’opposerait à un Dieu bon, mais les créatures d’un Dieu unique qui ont fait le choix de la rébellion. Tout cela fût écrit pour tenter de comprendre le drame scandaleux du mal et du péché sur notre terre. La réflexion reste ouverte.

 

Frédéric Verspeeten


Le mazdéisme désigne la religion des anciens Perses ou Iraniens attestée dès le IIe millénaire avant notre ère, ce qui en fait une des plus anciennes religions de l'humanité. Le mazdéisme, du mot avestique Mazda, qui veut dire "sage", représente donc une religion au départ polythéiste, composée d'un univers hiérarchisé (animaux, hommes, anges/archanges, divinités), qui tous, sont soumis à un dieu suprême : Ahoura Mazda (le dieu-sage). La profondeur intellectuelle de son système a exercé une grande influence sur les doctrines judéo-chrétiennes (influence mentionnée dans le Manuel de discipline trouvé parmi les « rouleaux de la mer Morte »). Souvenons-nous que quand l'empereur perse Cyrus le Grand mit fin à l'exil des juifs en libérant Jérusalem de la domination babylonienne (cf. Ésaïe 45,1-14) et en autorisant la construction du Second Temple (cf. Esdras 1,1-5), la plupart des élites juives, en exil à Babylone, étaient entrées en contact avec la Perse et les religions iraniennes et kurdes. Les textes judaïques traitant, par exemple, de la vie après la mort appartiennent à la période de domination perse en Palestine, ce qui laisse penser à une influence mazdéenne. Ils ne sont attestés dans les écrits juifs que postérieurement à la captivité de Babylone (597 à 538 av. J.-C.).

 

anges musiciens ou combattants (Brunswick)

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