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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Les Arméniens (février 2012)

19 Février 2012 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2012

Éditorial

 

LES ARMÉNIENS

 

« Qui se souvient encore des Arméniens[1] ? », cette phrase historique est toujours d’actualité ! Certes nous connaissons quelques noms arméniens, Aznavour et autre Manoukian, certes le génocide a fait l’objet d’une prise de position offinumérisation0008cielle de la France… mais qu’en est-il du christianisme arménien ? Qui sait que l’Arménie fut le premier pays officiellement chrétien ? Qui connait l’art arménien, ses églises et ses manuscrits ? Qui a entendu parler des protestants arméniens ?

Ce numéro vise à découvrir un peuple hors du commun, qui a traversé l’histoire, les occupations et les tragédies. Le pasteur Samuel Sahagian[2] a accepté de nous recevoir, son interview ouvre notre dossier. Elle nous permet de découvrir les actions de l’association Solidarité protestante France-Arménie, SPFA. Nous avons bien sûr accordé une place à l’Église apostolique arménienne, l’Église historique de loin la plus importante. Mais vous pourrez également découvrir le protestantisme arménien présent jusque dans notre pays. Des rappels historiques ont parfois été nécessaires, mais l’objectif est bien de découvrir les Arméniens d’aujourd’hui, en Arménie ou en diaspora, apostoliques ou protestants, francophones souvent, francophiles toujours. Nous vous proposons donc un voyage dans le temps et dans l’espace, à la rencontre de nos frères arméniens.

 

Bon séjour et bonne lecture à tous.

 

LP

 


[1] La phrase fut prononcée par Hitler en août 1939.

[2] Son nom doit vous être familier, puisqu’il apparait dans le journal Réforme dans un encart présentant les voyages en Arménie proposés chaque année par l’association.

 

 


SOMMAIRE

 

Rencontre avec Samuel Sahagian (en ligne)

L'Eglise apostolique arménienne (en ligne)

L'Eglise évangélique arménienne

L'association Solidarité protestante France Arménie

 


 

Interview

 

RENCONTRE AVEC SAMUEL SAHAGIAN

 

 

LP : Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je m’appelle Samuel Sahagian, un nom d’origine arménienne, mais je suis né en France. Mon père était pasteur de l’Église évangélique arménienne. Mes parents étaient des rescapés du génocide ; arrivés en France ils se sont connus et mariés. Je suis donc né dans un milieu protestant et arménien. Mon père fut pasteur dans le quartier Saint-Lou à Marseille et y a fait construire un temple. J’ai d’abord lu la Bible en arménien. J’ai suivi des études de théologie à Strasbourg. Je suis devenu pasteur de l’Église évangélique arménienne pendant cinq ans. Ensuite j’ai été pasteur de l’ERF dans deux paroisses de Paris, Plaisance et Luxembourg (pendant 19 ans).

 

LP : pouvez-vous nous présenter l’association que vous avez créée ?

En 1988 il y a eu dans le nord de l’Arménie un terrible tremblement de terre. La région a été très abimée. On comptait de nombreux morts et orphelins. J’ai été très concerné par l’événement et j’ai pensé pouvoir faire quelque chose. Nous avons fondé l’association Solidarité protestante France-Arménie en 1990. Notre objectif n’était pas de créer des Églises évangéliques en Arménie ! Il faut plutôt voir notre association comme un cadre dans lequel des protestants français aident l’Arménie dans un esprit œcuménique. Nous aidons d’ailleurs principalement l’Église apostolique arménienne. Pour moi, bien que protestant arménien, il est important de reconnaitre les  origines anciennes et les racines historiques du christianisme arménien. L’Arménie fut le premier état chrétien en 301 ! L’Église, dont les origines remontent aux apôtres, est fondée par saint Grégoire l’Illuminateur. J’ai eu des contacts avec le catholicos de tous les Arméniens, le patriarche si vous voulez. On a créé un projet d‘aide théologique. Des professeurs de la faculté de Strasbourg sont allés en Arménie pendant deux ou trois semaines. Leurs cours étaient traduits par des jeunes de nos clubs francophones. La formation théologique était une nécessité dans un pays qui sortait de 70 ans de  communisme athée. J’ai été président de cette association puis j’ai passé la main. Florence Blondon (paroisse de l’Étoile) a pris la succession. Janick Manissian est l’actuel président.

 

message donné par Samuel, sur la route vers le monastère

 

LP : Pouvez-vous nous en dire plus sur vos voyages en Arménie ?

Nous organisons chaque année depuis vingt ans deux voyages œcuméniques, culturels et humanitaires en Arménie et au Haut-Karabagh. J’essaie d’être un lien, par une aide et en faisant connaitre l’Arménie. Les voyages comptent en général une cinquantaine de participants mais ça peut monter jusque cent vingt ! Grâce à ces voyages nous faisons connaitre le pays, ses églises et monastères. C’est aussi l’occasion de rencontrer de jeunes francophones. Nous avons créé des clubs de jeunes francophones qui font les guides lors de nos visites. Notre association aide à la rencontre.

 

LP : Quels sont vos projets ?

Nous poursuivons les projets initiaux. Il y a des restaurants humanitaires, en quelque sorte des restos du cœur pour des personnes âgées dans la deuxième ville d’Arménie, qui s’appelle Gumri. Nous aidons cent cinquante personnes âgées seules, donc sans solidarité familiale et avec de petites retraites. Nous favorisons le parrainage d’enfants. Des bénévoles de l’association vont Arménie pour refaire les canalisations d’eau. Désormais un quartier de 20.000 habitants a de l’eau 24h sur 24.

On s’est engagé dans le Karabach, qui est de fait indépendant mais non reconnu internationalement. Dans le village de Khatchen on a fait ou refait les canalisations d’eau, une bibliothèque, une maternelle. On a acheté du matériel agricole et des semences. On a  restauré l’église du village. Il n’y avait plus d’église après soixante-dix ans de régime soviétique athée… et avec le rattachement par Staline de ce territoire à la république d’Azerbaïdjan.Clubs francophones

 

Pour conclure je voudrai dire que nos voyages en Arménie et au Haut-Karabagh sont très importants car c’est grâce à eux que l’on peut financer nos actions. De plus en plus de personnes nous soutiennent. Le nombre de membres de l’association s’élève aujourd’hui à 3800. Je tiens à ce que l’on en parle et vos lecteurs ne doivent pas hésiter à nous rejoindre.

 

Propos recueillis par É. Deheunynck

 

 


 

Christianisme

 

L’ÉGLISE APOSTOLIQUE ARMÉNIENNE

 

Histoire

Selon la tradition, deux apôtres évangélisèrent l’Arménie, Thaddée et Barthélémy. Cette évangélisation s’est accompagnée de persécutions. Le martyr le plus connu fut Polyeucte, prince arménien évoqué dans une tragédie de Pierre Corneille. En 301, Grégoire l’Illuminateur guérit son persécuteur, le roi Tiridate atteint de lycanthropie[1]. Le monarque se convertit et proclame le christianisme religion d’état, faisant ainsi de l’Arménie la première nation officiellement chrétienne.

L’Église arménienne participe au concile de Nicée en 325 et adopte le credo et la condamnation des thèses d’Arius du credo. Sans avoir envoyé de délégués, elle reconnait les décisions du concile de Constantinople en 381. En 404-406 l’alphabet arménien est inventé. La Bible est traduite. L’Église d’Arménie adopte les décisions du concile de 431 à Éphèse, condamnant Nestorius et proclamant Marie mère de Dieu. En revanche, en rejetant les décisions du concile de Chalcédoine en 451, elle se coupe de l’Église byzantine. L’isolement, pour des raisons géographiques (montagne) et historiques (dominations étrangères, arabe, turque, mongole…) a favorisé la formation d’un christianisme spécifique. L’Église et la nation sont depuis lors liées par un destin commun. Le génocide de 1915 éradique l’Église de ses terres ancestrales devenues turques. En Arménie russe, devenue soviétique, les églises sont fermées et le clergé déporté. En 1938, le catholicos Khorène 1er est même assassiné. L’Église retrouve sa place dans l’Arménie devenue indépendante en 1991, mais la majorité de ses fidèles vit alors dans la diaspora !

 

Doctrine et pratique

L’Église arménienne confesse la doctrine qui a été approuvée et formulée par les trois premiers conciles œcuméniques et qui se résume dans les symboles de Nicée et de Constantinople. L’Église d’Arménie rejette les décisions du concile de Chalcédoine sur un malentendu ! La définition du Christ comme une personne et deux natures (humaine et divine) était difficilement traduisible en arménien ! Ayant rejeté les décisions du concile et n’ayant jamais reconnu la primauté du siège romain, l’Église arménienne n’est ni catholique ni orthodoxe ! Elle a progressivement élaboré une doctrine et des pratiques qui lui sont propres. Sept sacrements ont été fixés au XIIe siècle : baptême (donné aux enfants par triple immersion), l’eucharistie ou communion, l’onction (des morts), la pénitence ou confession (en groupe), la confirmation, l’ordination, le mariage (divorce possible après jugement).

carte d'arménie

Organisation

On distingue traditionnellement les clergés régulier et séculier. Les prêtres doivent être mariés tandis que les moines et abbés sont célibataires. Seuls les membres du clergé régulier peuvent accéder aux postes à responsabilité. Le catholicos de tous les Arméniens, qui siège à Etchmiadzine, est considéré comme  le chef de l’Église. Le catholicos d’Antélias au Liban est le successeur du catholicos de Sis et a gardé le titre de catholicos de la grande maison de Cilicie. Il existe aussi un patriarche arménien à Jérusalem et un autre à Constantinople.

L’administration de l’Église est faite conjointement par le clergé et des administrateurs laïcs élus par les fidèles. Le conseil de l’Église est présidé par le prêtre de la paroisse, le conseil diocésain par l’évêque. Les laïcs participent à l’élection des prêtres, prélats et catholicos. Ainsi en 1999, Karékine II a été élu catholicos par un collège formé d’évêques et de délégués élus (2/3 des électeurs).

 

Relations œcuméniques

L’Église apostolique arménienne est classée dans le groupe des Églises orientales préchalcédoniennes. Elle a participé dès 1927 à la première conférence mondiale de Foi et Constitution à Lausanne. En 1948, à la création du Conseil œcuménique des Églises, elle y est reconnue comme observateur puis accueillie comme membre en 1962. L’actuel catholicos de Cilicie, sa sainteté Aram 1er a été élu président du comité central de COE en 1991 et réélu en 1998. Le dialogue avec l’Église orthodoxe fut fructueux puisqu’en 1960 il a été reconnu que les Églises d’Orient confessent la même foi christologique « même si elles ont utilisé les termes christologiques de façon différente ». On peut noter la multiplication des rencontres bilatérales entre le catholicos de tous les Arméniens et les représentants d’autres Églises comme le pape, le patriarche de Constantinople, l’archevêque de Canterbury… En France l’Église apostolique arménienne est représentée au conseil des Églises chrétiennes de France.

 

Article conçu par É. Deheunynck à partir d’un texte de Katossian

 

 

 

L’église-type arménienne

Les églises ont en général pour plan une croix inscrite dans un rectangle. Elle est surmontée d’une coupole centrale raccordée par des trompes d’angle avec arcs entrecroisés. Le chœur surmonté d’une demi-coupole symbolisant le ciel est placé à l’orient. Il comporte toujours une plate-forme surélevée avec deux escaliers latéraux. L’autel est en pierre consacrée par le Saint-Chrême. Une figuration sainte se trouve au dessus de l’autel, en général Marie et l’enfant Jésus. Un rideau fermant la vue de l’autel est tiré lors de la préparation des offrandes, puis ouvert pendant la messe. Il est tiré à nouveau après la consécration pour permettre aux fidèles de se recueillir avant la communion. Ce rideau reste pratiquement fermé pendant le carême en signe de pénitence.

 

Le Saint-Chrême

Le Saint-Chrême est une huile sainte bénie, préparée au catholicossat environ tous les sept ans. On reprend toujours le reste de la préparation précédente et ce depuis celle apportée par Thaddée, ce qui y laisse une trace du Saint-Chrême béni par le Christ lui-même. La bénédiction ne peut se faire solennellement que par le catholicos assisté d’un nombreux clergé et en présence de délégués du monde entier.

 

Le quartier arménien de Jérusalem

La vieille ville de Jérusalem est divisée en quatre quartiers, étymologiquement le quartier étant le quart de la ville. Il s’agit des quartiers musulman, juif, chrétien et… arménien ! L’installation des Arméniens remonte à l’époque romaine. Leurs motivations étaient religieuses. La fonction première du monastère Saint-Jacques fut d’ailleurs l’hospitalité pour les pèlerins. Le quartier le plus calme de la vieille ville abrite aujourd’hui deux mille Arméniens.

 

 

 



[1] Métamorphose supposée d’un homme en Loup-garou

 

 

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