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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

LES PAIX DE RELIGIONS (février 2013)

2 Février 2013 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2013

Éditorial

LES PAIX DE RELIGION

 

Il y a un an, Liens protestants vous proposait un numéro sur les guerres de religion, à l’occasion du triste anniversaire du massacre de Wassy, le 1er mars 1562. L’expression « guerre de religion » est connue de tous, enfin je pense. Il n’en va pas toujours de même de la notion de « paix de religion ». Pourtant chacune des guerres de religion s’est terminée par une paix de religion, la plus connue étant celle inaugurée par l’édit de Nantes.

Le dossier présente les édits de pacification en France mais aussi les paix de religion en Europe, plus particulièrement en Allemagne, aux Pays-Bas et en Irlande. Nous vous proposons ainsi des articles sur la pacification de Gand, les traités de Westphalie et l’accord du Vendredi-Saint. Pierre Joxe, ancien ministre et auteur de L’édit de Nantes, réflexions pour un pluralisme religieux, a bien voulu nous faire part de son point de vue lors d’une interview.

Ce tour d’horizon doit permettre de prendre du recul par rapport aux notions de guerre et de paix de religion. Ce sera l’occasion de découvrir les difficultés d’un vivre ensemble dans un monde intolérant mais aussi les interférences entre le religieux et le politique. Finalement les guerres uniquement « de religion » sont bien rares !

 

Bonne lecture

 

 


Interview

 

 

RENCONTRE AVEC PIERRE JOXE

 

Aujourd’hui avocat spécialisé dans la défense des mineurs, l’ancien ministre de l’Intérieur et des Cultes, Pierre Joxe, a consacré un ouvrage à l’édit de Nantes. Il a bien voulu répondre à nos questions.

 

- Pourquoi avoir choisi d’écrire un livre sur l’édit de Nantes ?

- Comme je l’explique dans l’introduction de ce livre, c’est venu d’une discussion avec François Mitterrand en 1985 au sujet du 300eanniversaire de la révocation de l’édit de Nantes. Nous avions eu un désaccord sémantique sur le terme à employer : devait-on célébrer ou commémorer ce triste événement ? L’année suivante, le PS ayant perdu les élections législatives, je n’étais plus au gouvernement mais à nouveau président du groupe socialiste à l’Assemblée. En dehors des séances, j’aimais à fréquenter la magnifique bibliothèque de l’Assemblée nationale. J’ai donc commencé à travailler sur ce livre de fin 86 à début 88. Redevenu ministre, je n’ai pas eu le temps de le terminer et m’y suis replongé quand j’étais à la Cour des Comptes en 93-94. Bref, j’ai consacré un certain temps à l’étude de cette période.

 

- Une période particulièrement intéressante, n’est-ce pas ?

- C’est une période très importante où la chrétienté éclate ou du moins se fissure, se divise à nouveau. On découvre aussi que l’univers est autre chose que ce que l’on connaissait jusque-là. À cette époque la France est le seul pays où cohabitent deux religions. Une singularité qu’on peut expliquer par le mouvement de la Renaissance qui a chez nous très profondément préparé la Réforme, en faisant évoluer les idées. Des gens éclairés comme François Ierpensaient qu’en effet, l’Église avait besoin d’être réformée.

 

- L’édit de Nantes n’est pas le premier à poser les règles d’une cohabitation pacifique entre catholiques et protestants. Comment expliquer le fait qu’il ait réussi, pour une période relativement longue, là où ses prédécesseurs avaient échoué ?

- Avant tout, c’est parce qu’il était porté par un individu à la destinée invraisemblable. Henri de Navarre, petit garçon baptisé catholique, est confié à l’enseignement des pasteurs par sa mère, avant d’en être arraché par son père. Mais celui-ci meurt et Henri redevient protestant. Au moment de la Saint-Barthélemy, par prudence, il redevient catholique, mais ensuite retourne en Béarn où il redevient protestant. Tous ses cousins Valois étant morts les uns après les autres, ce seigneur de province qui n’était a priori pas destiné à régner devient héritier de la couronne de France. Comment ne pas se voir marqué du doigt de Dieu ? Il est devant une situation impossible : s’il maintient ses convictions, il ne peut gouverner la France, s’il abjure, il n’est plus lui-même. Il décide d’être un nouveau David qui va réunir la France et y parviendra en établissant une paix de religion. Il a beaucoup de mal à l’imposer, mais il y réussit. Le retour à la paix va ramener dans le pays la prospérité, ce qui lui donnera une formidable popularité.

 

- Peut-on considérer qu’il y a un début d’autonomisation de la France par rapport au pape ?

- Non, pas une autonomisation, mais une exception française puisque la religion protestante est admise à côté de la religion catholique romaine. Le pouvoir politique s’émancipe ainsi du religieux tout en fixant des règles sociétales. C’est un premier pas vers la laïcisation de la société française.

 

- Quelle a été l’influence de l’édit de Nantes sur le protestantisme ?

- Cet édit, qui est à la fois un traité de paix, une loi d’amnistie et une loi de censure, a clairement interrompu l’expansion du protestantisme. En effet, c’est d’abord le rétablissement de la religion catholique romaine dans toute la France. Les protestants, eux, ont le droit de pratiquer leur culte dans un nombre de lieux très limité. Ainsi, les Parisiens sont d’abord obligés d’aller jusqu’à Fontainebleau pour célébrer le culte. Ensuite, ce sera à Charenton, mais jamais à Paris même. Et puis, si la révocation date de 1685, bien avant cela l’édit n’a plus été respecté. Presque tout de suite après la mort d’Henri IV, assassiné en 1610 par un fanatique, on commence à rogner les libertés des protestants. On va vite revenir à une intolérance terrible.

 

- Dans votre livre, vous évoquez les conflits de religion du XXe siècle, notamment en Irlande et dans l’ex-Yougoslavie.

- Eh oui, c’est un poison qu’on rencontre encore dans le monde contemporain. C’est un sujet de méditation. Alors que le massacre de la Saint-Barthélemy a été un épisode terrible de notre histoire, le fait qu’il y ait eu réconciliation entre les protestants et les catholiques donne lieu à réflexion. Il montre qu’une action politique articulée est nécessaire pour qu’une paix soit possible. Je pense aussi à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Comme Henri IV, Nelson Mandela a eu le goût de la réconciliation et de la tolérance réciproque.

 

 

Propos recueillis par

Françoise Poiret

 

 

 


L’édit de Nantes – Une histoire pour aujourd’hui Hachette janvier 1998 (réédité en novembre 2004 dans la collection Pluriel Histoire sous le titre L’édit de Nantes - Réflexions pour un pluralisme religieux).

 

 

 

Histoire

 

 LES ÉDITS DE PACIFICATION

 

 On finirait par l’oublier… mais chacune des huit guerres de religion s’est terminée par un édit de pacification, le plus connu étant l’édit de Nantes. S’intéresser à ces actes royaux, c’est mettre en perspective l’édit de Nantes, c’est aussi appréhender la difficulté d’un vivre ensemble dans un monde souvent intolérant.

 

Édit, ordonnance ou traité ?

Les édits royaux se font eux-mêmes l’écho d’un flottement dans le vocabulaire ! Les premiers se qualifient d’ailleurs d’ordonnances. Ainsi l'édit d'Amboise (1563) reprend la formule « nostre presente ordonnance » dans son article 9. En fait au XVIe siècle  la distinction entre l’ordonnance (loi royale à caractère général) et l’édit (loi royale portant sur un sujet particulier) n’est pas encore établie. Les édits et les ordonnances sont des actes royaux solennels. L’expression « édit de pacification », aujourd’hui familière aux historiens, apparait dans l’édit de Paris (1568) qui qualifie ainsi l’édit d’Amboise (1563). L'article 15 précise même : « nostre premier edict de paciffication ».

 

L’originalité de ces édits réside dans le fait qu’ils avalisent des traités de paix. L’édit de janvier 1562, qui précède voire déclenche les guerres de religion, est promulgué librement par le roi dans le souci d'établir la concorde entre ses sujets. À partir de 1563, les édits royaux prennent un autre caractère : mettant fin à des guerres civiles, ils résultent de négociations menées entre le roi et des sujets rebelles. Ils s'apparentent donc à des traités, même si ce sont des actes royaux dans leur forme. On lit en tête de l’édit de Beaulieu l’expression « Traicté de paix touchant la Religion prétendue reformée » et pour l’édit de Poitiers « Traicté de pacification ». Quant à l'édit de Nantes, son caractère contractuel est reconnu par le pouvoir royal lui-même.

 

Liste des édits de pacification

-          Édit d’Amboise de mars 1563 (précédé de la paix d’Amboise) : la liberté de culte des protestants est limitée aux faubourgs d'une seule ville par gouvernement (bailliage et sénéchaussée). Seuls les seigneurs hauts-justiciers peuvent célébrer un culte dans le cadre familial.

 

Édit de Paris de mars 1568 (précédé de la paix de Longjumeau) : l’édit confirme les droits accordés aux protestants par l'édit d'Amboise.

 

Édit de Saint-Germain-en-Laye d'août 1570 (précédé de la paix de Saint-Germain) : cet édit est favorable aux protestants qui obtiennent pour la première fois quatre places de sûreté (La Rochelle, Cognac, Montauban, et La Charité). La liberté de culte est autorisée dans les faubourgs de deux villes par gouvernement.

 

Édit de Boulogne de juillet 1573 (précédé de la paix de La Rochelle) : cet édit conclut la quatrième guerre de religion marquée par la Saint-Barthélemy. Les protestants conservent la liberté de conscience, mais ils ne gardent la liberté de culte que dans trois villes : La Rochelle, Nîmes et Montauban.

 

Édit de Paris dit « de Beaulieu » de mai 1576 (précédé de la paix de Monsieur, frère du roi) : c’est de loin l’édit le plus favorable aux protestants qui sont dans le camp des vainqueurs. Le culte protestant est autorisé partout dans le royaume. Des chambres mi-parties sont créées dans chaque parlement. Les victimes de la Saint-Barthélemy sont réhabilitées.

 

Édit de Poitiers de septembre 1577 (précédé de la paix de Bergerac) : le culte réformé est limité aux faubourgs d'une ville par gouvernement.

 

Édit de Nérac de février 1579 (suivi de la paix de Fleix, novembre 1580) : l’édit de Poitiers est confirmé mais les protestants obtiennent quinze places de sureté.

 

Édit de Nantes d'avril 1598 : le catholicisme est rétabli partout dans le royaume, mais les protestants acquièrent la liberté de conscience et de culte. Les parlements régionaux retrouvent les chambres mi-parties. Cent quarante-quatre places fortes de sûreté sont données aux protestants.

 

Mise en perspective

En lisant les édits de pacification, on perçoit certaines constantes. Le pouvoir royal est préoccupé par le retour à la paix civile, la libération des prisonniers, la restauration du catholicisme et la restitution des biens d’Église. La liberté de conscience est affirmée par chacun des édits de pacification. Elle revêt un caractère personnel et privé qui la distingue de la liberté de culte. Sept édits de pacification, ponctuant la période des guerres de religion en France, ont constitué la matrice de l’édit de Nantes, qui clôt ce temps de guerre. Rompant avec la politique antérieure de répression de l’hérésie, ces édits ont cherché à instaurer la paix dans le royaume, en aménageant des formes de coexistence de la religion traditionnelle, majoritaire, avec la religion nouvelle. Avec le recul on pourrait même conclure que l’édit de Nantes a réussi… ayant atteint ses buts avoués (la coexistence religieuse des catholiques et des huguenots) et inavouables (la victoire programmée de la religion romaine sur l’hérésie).

 

 

 

Éric Deheunynck

 

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