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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Les protestants malgaches (mai 2010)

11 Mai 2010 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2010

Éditorial

 

Les Malgaches

 

Il suffit de pointer certains noms de conseillers presbytéraux ou de bien observer les visages dans nos assemblées pour se rendre compte que les protestants malgaches sont bien présents au sein de l’ERF. Il nous est apparu logique de leur laisser la parole pour mieux se connaître entre frères en Christ. Et c’est avec joie et honneur que des Malgaches présents dans notre région ont réalisé ce dossier.

 

Le protestantisme malgache est d’abord une histoire de rencontres : d’un côté des missionnaires, des colonisateurs, des républicains laïcs et de l’autre les peuples de la grande île, des rois, des reines. Désormais de nombreux protestants malgaches vivent en France, devenue à son tour lieu de rencontres. Tout en gardant une organisation propre appelée FPMA, les Malgaches se sont installés dans le petit paysage réformé français. 

Ce dossier vous propose d’abord de découvrir le protestantisme à Madagascar, préalable indispensable pour saisir l’originalité des protestants malgaches. Sur la grande île s’est en effet élaboré un protestantisme propre mêlant les influences anglicane, luthérienne et réformée. Les protestants malgaches de France sont les héritiers d’une histoire, d’une théologie. Ils ont une organisation propre, des groupes bien vivants et s’impliquent de plus en plus dans l’ERF… qui devient progressivement une petite Église universelle !

 

 

Bonne lecture à tous et encore merci à ceux qui ont réalisé ce dossier.

 

 

 


SOMMAIRE

 

Le protestantisme malgache (en ligne)

les fondements doctrinaux des protestants malgaches

La FPMA

 

1ère


Le protestantisme malgache

 

La naissance et l’histoire du protestantisme à Madagascar sont inséparables de l’histoire politique, sociale et culturelle de la grande île. L’introduction du protestantisme à Madagascar remonte à la fin du XVIIIe siècle. En effet, du protestantisme britannique de cette époque sont nés des mouvements tournés vers le messianisme, l'évangélisme ou l’humanitarisme. Entre 1792 et 1818, ces courants s'organisent en sociétés à but philanthropique. Parmi elles, la London Missionary Society (LMS) est la plus importante. Ce groupement décide l'envoi de missionnaires à l'île Maurice (1814) puis à Madagascar (1817). La présence protestante était donc exclusivement anglaise à ses débuts. Cette évangélisation, d’abord menée sur la côte Est de l’île a trouvé sa force stratégique en s'ancrant ensuite au centre de l'île chez les Merina.

 

La période royale à Madagascar

Le roi Radama Ier, régnant de 1810 à 1828, très favorable à une ouverture aux étrangers, engagea un dialogue avec les Anglais. Cette politique d’ouverture était dictée par une volonté d’hégémonie puisque, durant tout le XVIIe siècle, Madagascar fut divisée en de nombreux petits royaumes. Radama Ier signa en 1817 un traité d'amitié avec les Britanniques qui dotèrent les Merina d’armes modernes et entraînèrent les troupes autochtones. Fort de cet appui anglais, Radama Ier poursuivit l'unification entreprise par son père et étendit sa domination sur une grande partie de l’île. Dans le même temps les missionnaires britanniques fondèrent des écoles et introduisirent le christianisme. Théoriquement, le commerce d'esclaves entre Madagascar et les îles Mascareignes (Réunion, Maurice et dépendances) prend fin par ce traité signé entre Radama Ier et le général Robert Farquhar.

On trouve ici un exemple illustrant la doctrine en usage, dite des trois « C » : christianisme, commerce, civilisation. C'est par une initiative économique que le christianisme est arrivé à détruire l'institution économique de l'esclavage.

La London Missionary Society (LMS) peut alors traduire la Bible en malgache. Le 1er janvier 1827, les missionnaires protestants purent mettre entre les mains de leurs catéchumènes le premier chapitre de l’évangile de Luc en langue malgache. La présence de la Bible a été déterminante dans la vie culturelle et l’histoire de Madagascar. En effet l'usage de l'écriture en langue malgache s'apprenait avec la diffusion de la Bible, jouant ainsi un rôle important dans la vie et la société malgaches. Mais c'est surtout dans la vie politique que l'utilisation de la Bible semble, jusqu'à nos jours, la plus remarquable, notamment dans le discours politique depuis l'indépendance.

La crise qui affecte les relations du souverain et de la mission de Tananarive en 1827 préfigure l'expulsion des agents du christianisme et les persécutions contre les premiers convertis qui interviennent à partir de 1836. En effet, la Reine Ranavalona I­ère (1828-1861), qui succéda à Radama Ier, ferma Madagascar et se montra anti-européenne et anti-chrétienne. La Bible et les baptêmes furent interdits et les missionnaires expulsés. C'était le temps de la persécution et des premiers martyrs malgaches dont le plus connu est une femme.

Rasalama était probablement parmi les premiers élèves dans les écoles de village ouvertes par la London Missionary Society en 1824. Quand sa famille s'est installée à Manjakaray dans les faubourgs de la capitale, elle est devenue membre de la première communauté chrétienne à Ambodin'Andohalo, près du palais royal. Elle était parmi les premiers Malgaches à être baptisés (mai 1831) et à communier à Ambatonakanga en juin 1831. En 1835, quand la nouvelle reine Ranavalona Ière a déclaré le christianisme illégal, Rasalama s'est cachée dans une grotte, près de sa maison. Cette grotte a été découverte et, en juillet 1837, Rasalama a été arrêtée et donnée à un courtier comme esclave. Elle a patiemment supporté son sort, jusqu'au jour où elle a refusé de travailler le dimanche, provoquant la colère de son maître. Elle a été condamnée à mort, pour cause de rébellion contre la volonté de la reine. Le 14 août, après une nuit de souffrances dans les fers, elle a été amenée à Ambohipotsy. La marche à pied qu'elle a faite, tout en prières et en cantiques, jusqu'au lieu de l'exécution, est devenue légendaire. Elle a été transpercée d'un coup de lance et son corps n'a pas été enseveli. Une église commémorative a été érigée sur le site. Son martyre a fait une grande impression sur ses compatriotes et sur les protestants anglais. Une plaque commémorative a été placée dans la chapelle de Brunswick, à Bristol, en Angleterre. Selon un article de Mme Yvette Ranjeva Rabetafika, ancien ambassadeur délégué permanent de Madagascar auprès de l'Unesco, elle fut une figure importante du protestantisme malgache. La commémoration du 150e anniversaire de sa mort en 1987 a été un événement historique pour le pays.

 

La période pré-coloniale

La période pré-coloniale qui s’ouvrait à Madagascar après 1861 était marquée par un retour du christianisme et un nouveau rapport avec les étrangers. Le catholicisme apparaît et s’installe à Madagascar. Les deux successeurs de la reine Ranavalona Ière se montraient favorables au christianisme. Le roi Radama II rendit hommage aux architectes étrangers qui apportèrent les soutiens technologiques à la construction des palais, des écoles, des hôpitaux, des temples et églises. Il est à noter que ces temples et/ou églises servaient en même temps d'écoles et s'élevèrent à cette époque dans tous les villages des hautes vallées. Les écoles missionnaires commencèrent à fleurir dans toute l'île et principalement dans la région d'Antananarivo.

Rasoherina, succédant en 1863 à son mari Radama II assassiné, signa un nouveau traité d’amitié avec les Anglais en 1865. Ce nouveau traité comprenait des clauses secrètes défavorables au catholicisme. S’ensuit alors l'afflux des missions anglaises, puis norvégiennes (Church Missionary Society, Society for the Propagation of the Gospel, groupement d’obédience anglicane, les Friends of Foreign Mission Association et la Norvegian Missionary Society).

La reine Ranavalona II qui accéda au trône à la mort de Rasoherina, dans un contexte de rivalité franco-anglaise, se convertit au protestantisme. Elle reçoit le baptême protestant avec son premier ministre le 21 février 1869 et imposa le protestantisme comme religion d'État, tout en tolérant la présence catholique. Elle fait construire un temple au sein du Rova (Palais), par l'architecte Pool. Et parallèlement, un édit proclame l'interdiction du culte des idoles. La présence protestante anglaise, soutenue par les protestants français, devançait largement celle des catholiques malgré l'aide du gouvernement français pour la Mission Catholique. Des députés et sénateurs de La Réunion reprochaient pourtant une certaine tiédeur catholique sur la Grande Île.

La présence protestante se renforce avec l'arrivée de missionnaires luthériens envoyés par le Norvegian Lutherian Church of America (1888) et le Lutherian Board of Mission (1890). L'expansion de ces missions concernait toute l’île. Les luthériens s'emparent du Sud de l'île, chez les « Betsileo », à Fort Dauphin et à Tuléar, les Anglais travaillaient à l'Est et à Antananarivo depuis 1875.

C’est à partir de 1861 qu’une véritable concurrence intermissionnaire a eu lieu entre les protestants et les catholiques surtout pour la scolarisation des nouveaux fidèles. « À travers les enfants, on visait des objectifs plus lointains et d'abord à former l'adulte non seulement en tant qu'homme mais surtout en tant que catholique ou protestant » écrivait, en 1985, Ravelomanana, un artisan connu du protestantisme malgache. Les mariages mixtes étaient très mal perçus voire considérés comme un péché mortel.

 

La période coloniale

L'annexion de Madagascar par la France intervient en 1896, mais cela n'a pas beaucoup aidé la mission catholique. Cette déception vient surtout de la politique de Gallieni qui fait appel à la mission protestante de France pour « protéger » les missions anglaises et instaure, par ailleurs, l'école laïque. Les deux premiers délégués envoyés par le comité de Paris (La Mission Protestante Française, MPF, nom donné spécialement à la Société Évangélique de Paris, SMEP) à Madagascar étaient M. Krüger et M. Lauga en 1896. Au début de la colonisation française, le protestantisme était menacé par les actions des jésuites. Dans sa lettre du 26 mars 1896, Lauga écrivait ces mots : « Aussi quand, après la conquête, les jésuites et leurs partisans se sont mis à crier tout haut que, pour être Français, il fallait se faire catholique, les gens ont-ils pris peur. Dans une foule de villages ils n'osaient plus aller à l'église et se demandaient avec angoisse s'il ne faudrait pas aller plus loin et entrer dans l'Église romaine. De quatre côtés différents - écrit-il le 2 octobre 1896 - je pourrais presque dire des quatre points cardinaux, nous est arrivée, cette semaine, la nouvelle que les jésuites avaient fait, simultanément sur ces divers points, des tentatives pour s'emparer des temples protestants afin d'y dire la messe, et des bâtiments scolaires de nos missions pour y placer leurs propres instituteurs. Ils font croire à qui veut les entendre qu'ils sont tout puissants auprès du gouvernement. Nous sommes en présence d'un plan d'attaque savamment combiné et, pour y faire face, nous sommes obligés à des prodiges d'activités ». (Gustave Mondain, Un siècle de Mission à Madagascar, chap. VII )

Il est important de rappeler que  la « Conférence Universelle des Missions » qui s’est tenue à Édimbourg en 1910 était déterminante au regard de l'évolution du rapport entre les Français qui détenaient le pouvoir à Madagascar et les missions chrétiennes, majoritairement protestantes. Ce congrès a été le résultat des efforts de regroupement et de coordination des entreprises missionnaires protestantes mondiales.

Les missions françaises et anglaises qui se déployaient à Madagascar ont dû accepter l'esprit oecuménique et les valeurs de laïcité insufflées et renforcées lors de ce congrès. Le gouverneur Victor Augagneur qui gouvernait l'île opta pour une politique anti-religieuse. Il contribue, lui aussi, à faire vivre dans la Grande Île un État laïc. Au début de la colonisation française, la laïcité de la vie publique et de l'enseignement étaient prioritaires.

La présence et le poids du  protestantisme se sont révélés dans la résistance à l'ordre colonial français. Les intellectuels malgaches, médecins et pasteurs notamment, se sont regroupés au sein  d’un des plus importants mouvements  insurrectionnels avant 1920, le VVS (Vy, Vato, Sakelika = Fer, Pierre et Ramification). Ils étaient majoritairement des protestants. Un autre parti politique indépendantiste le MDRM (Mouvement démocratique de la rénovation malgache), qui fut une organisation politique instituée officiellement à Paris le 22 février 1946 (en vue de préparer l'accession de la colonie de Madagascar à l'autonomie et, ensuite, à l'indépendance), comptait également dans ses rangs de grandes figures majoritairement protestantes.

Ces faits ne signifient pas pour autant que tous les protestants étaient défavorables à la présence française. Pendant la colonisation deux missions restent très importantes, la LMS et le FFMA (plus connu sous l’appellation de Quakers). Elles se sont mises en confédération deux ans avant l'indépendance en 1960 avec la mission protestante française et les Églises luthériennes en créant la FFPM (Fédération des Églises protestantes de Madagascar).

Les missions catholiques de leur côté s'appliquaient à organiser politiquement et plus fortement encore leurs assises. Elles soutenaient entre autres actions les premiers syndicats de travailleurs malgaches.

Actuellement, on constate que les écoles protestantes, vestiges du temps colonial, sont devenues modestes et très peu entretenues. Il n'y a presque plus de construction de nouvelles écoles confessionnelles. Les protestants malgaches investissent depuis quelques années maintenant dans la rénovation des temples. De leur côté, les installations catholiques (écoles, hôpitaux, organisations non gouvernementales, églises) à Madagascar sont légion et elles sont en progression.

 

La période post-coloniale

Après l'indépendance, la branche protestante se divise en trois tendances principales, les réformés (FJKM), les luthériens et les anglicans. L'Église catholique continue à s'étendre sur toute l'île. Les statistiques avancent des effectifs catholiques/protestants à quasi-égalité. À la fin des années 70, les principales Églises chrétiennes se sont fédérées en une organisation œcuménique : la FFKM. Cette organisation joue un rôle prépondérant et continue de jouir d’une influence considérable dans la conduite des politiques à Madagascar. L’action de cette fédération dans les mouvements populaires en 1991 aboutissant à la chute du  premier régime Ratsiraka en est un exemple parlant. C’est encore cette fédération qui a donné son appui pour l’arrivée au pouvoir du président Ravalomanana en 2002. Aujourd’hui les Églises composant cette fédération avancent en ordre dispersé dans la crise affectant la politique malgache depuis mars 2009. Toutefois, elle garde une grande influence dans les différentes voies de recherche d’une solution non armée. L'histoire du protestantisme malgache est donc le socle sur lequel repose toute explication du fondement de la FPMA ou Église protestante malgache à l’étranger, l’Église d’émigration des malgaches protestants de France.

 

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BEBY 26/03/2015 17:59

QUE ZANAHARY ANDRIAMANITRA NOUS BÉNISSE, AU NOM DE JÉSUS-CHRIST ET DU SAINT-ESPRIT, AMEN