Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

L'autorité (juin)

1 Octobre 2011 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2011

 

 

 

 

Éditorial

 

L’Autorité

La question de l’autorité opposa protestants et catholiques du XVIe siècle, les uns affirmant l’autorité de l’Écriture pour critiquer l’Église, les autres s’appuyant sur l’autorité du magistère pour rejeter ces critiques. La question de l’autorité, dans l’Église, est abordée dans le dossier de ce mois. Mais, pour nous, cette question n’est pas confinée aux cercles ecclésiastiques ni à une époque donnée. Elle est devenue une question de société résumée dans l’expression « crise de l’autorité ». La question se pose aussi bien pour les parents, les enseignants, les juges que pour les politiques… Au nom de l’individu, de la liberté, la société d’autorité s’est étiolée. L’autorité du parent ou de l’enseignant n’est plus une évidence. Elle se discute, se négocie, se conteste… c’est son existence qui est remise en cause et, pour être plus précis, sa légitimité. Or pour s’exercer l’autorité doit être reconnue. Elle ne s’impose pas par la force, elle doit avoir l’assentiment de celui qui obéit. Lorsque l’autorité n’est plus reconnue, l’enjeu n’est donc pas de l’imposer mais de la légitimer.

Ce dossier vous propose des articles sur l’autorité dans la société en général et d’autres sur l’autorité dans l’Église en particulier.

 

Bonne lecture à tous

 


 

 SOMMAIRE


L'autorité ?

une autorité qui doit rendre autonome

A propos de l'autorité dans l'Eglise (en ligne)

L'Eglise catholique et l'autorité

L'autorité des Ecritures sans la vie du croyant

 


Point de vue protestant

 

À PROPOS DE L’AUTORITÉ DANS L’ÉGLISE

 

1. Écoute, Dieu nous parle

 

L’Église réformée de France (ERF) et l’Église évangélique luthérienne de France (EELF) sont engagées dans un processus d’union qui doit aboutir en 2013. Mais pour que cette démarche institutionnelle puisse prendre son sens, elles ont mis au centre de leurs travaux l’exhortation de se mettre à l’écoute de Dieu. Cette conviction est au cœur de notre compréhension de l’Église : là où la parole de Dieu est annoncée et reçue, là où les sacrements accompagnent cette annonce, là apparaît l’Église vivante. « Écoute ! » Cet appel est au cœur des Écritures et de la vie spirituelle et introduit directement la question de l’autorité dans l’Église. Car c’est bien la parole de Dieu, Jésus-Christ, qui a autorité dans l’Église. Une personne, et non pas un texte, y exerce son autorité. Ce n’est pas le texte biblique qui a autorité, mais c’est le texte reçu dans l’écoute de la voix vivante du Christ, le texte en tant qu’il nous conduit à Christ et nous met devant Dieu (Coram Deo). L’autorité appartient à Christ seul, elle n’est déléguée à personne, à aucune instance, remise à la disposition d’aucun individu, déposée dans aucune institution. Autrement dit, toute autorité dans l’Église doit être ramené à Lui, pour la rappeler, la désigner, pour y renvoyer par la prédication au sein d’une communauté ou dans la relation personnelle. Ici se situe le premier lieu où s’exerce l’autorité dans l’Église.

 

2. Le ministère de la Parole

 

Mais qu’est-ce que la prédication ? Luther disait : « La bouche et la parole du prédicateur que j’ai entendu n’est pas sienne mais c’est la Parole et la prédication du saint Esprit. » Prêcher c’est faire résonner la parole de Dieu aujourd’hui, savoir l’art de l’interprétation. Le prédicateur n’aura d’autorité que dans la mesure où il renvoie à l’autorité du Christ qui est celle du service. Car si l’autorité du Christ s’exerce par les Écritures et par l’Esprit, le Christ ne s’identifie pas aux Écritures. Il parle à travers elles, sans se confondre avec elles. Ceci implique qu’il faut toujours laisser la place à l’interprétation. Maintenant on comprend bien pourquoi, dans les Églises issues de la Réforme, le ministère de la Parole, donc aussi les ministres de la Parole, ont pris une grande importance. Et donc c’est justement là, dans l’exercice du ministère de la Parole que se joue, très concrètement, très quotidiennement, la question de l’autorité dans l’Église. Écoute, capacité d’interprétation, parole, voilà quelques éléments qui manifestent concrètement l’autorité du Christ dans l’Église.

 

3. La vie communautaire

 

La prédication n’est pas le seul lieu où peut se manifester l’unique autorité du Christ dans l’Église. Le ministère de parole se déploie au travers de toute la vie communautaire qui vit par le sacerdoce universel. Car vivre le sacerdoce universel dans la communauté de l’Église signifie que chaque chrétien est appelé à désigner le Christ à son prochain, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église. Chacune et chacun peut prendre le visage du Christ pour l’autre. Chacune et chacun peut être un appui dans le partage des tâches et des services concrets qui sont à effectuer au sein de l’Église, pour qu’elle accomplisse sa mission. L’électron libre qui compte uniquement avec sa propre autorité n’a pas sa place dans l’Église.

 

4. Gouvernement de l’Église

 

Si le ministère de la Parole et la vie communautaire sont les deux lieux où se joue la manifestation de l’autorité du Christ, il nous faut en revanche soigneusement distinguer entre renvoi à l’autorité du Christ et exercice des pouvoirs au sein de l’Église. Par exemple : le synode régional, qui décide, après concertation avec les Églises locales, le montant de leurs cibles, détient un pouvoir, au moins théorique, sur elles. Ici on touche la question, plus interne, de l’articulation entre la confession de l’autorité du Christ dans la Parole et dans la vie communautaire et le gouvernement de l’Église, pour nous presbytérien-synodal. L’affirmation que l’Église se gouverne par les conseils et les synodes (et non pas par les associations générales) est une conséquence directe de la conviction que seul le Christ est la tête du corps qu’est l’Église (Col 1,18) ou le chef de l’Église (Eph 5,23). La distinction entre le Christ et l’Église ouvre nécessairement sur une pluralité, un jeu interne d’interprétations et de responsabilités qui empêche toute absolutisation de la doctrine et toute prise de pouvoir d’une seule personne ou de plusieurs personnes. En second lieu, ce type de gouvernement met en avant la dimension collégiale de l’autorité. Celle-ci est toujours une réalité partagée avec d’autres personnes mandatées par l’Église. Plus qu’une simple majorité qui se dégagerait, l’autorité est d’abord à mettre en relation avec le souci d’un discernement collégial en fidélité à l’Évangile, qui se sait partiel, fragile, certes, mais dont les expressions peuvent être aussi courageuses et persévérantes.

 

5. Institution humaine

 

L’histoire de l’Église garde malheureusement beaucoup de traces d’une Église comme institution humaine dans laquelle les jeux de pouvoir sont inévitables et réels, même s’ils sont à gérer comme dans toute structure humaine. Que l’Église ait Christ pour chef ne la met pas à l’abri des abus et des manipulations multiples. Elle dépend sans cesse du pardon de son Chef. C’est pourtant, au cœur de la fragile réalité humaine que l’autorité du Christ retrouve sa portée étymologique : ce qui donne à un autre de croître (augere en latin) par la Promesse.   

 

 

Jan Albert Roetman

Pasteur de l’ERF de Lille

Ancien président du conseil régional

de l’ERF région Nord-Normandie

 

 


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