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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

La vieillesse, bible et société (juin 2008)

21 Février 2009 , Rédigé par Liensprotestants Publié dans #2008

Éditorial

 

LA VIEILESSE

 

En annonçant un numéro sur la vieillesse, nous n’avons pas reçu un écho très favorable. Certains nous ont expliqué que le sujet n’en valait pas la peine ! Il est clair que ce n’est pas un sujet porteur a priori ! Dans notre société, le regard sur la vieillesse est devenu négatif. Ne faut-il pas être jeune, performant, ouvert à toutes les nouveautés ? Il n’en va pas de même dans d’autres sociétés (par exemple africaines) et en d’autres temps (par exemple les temps bibliques).

Hier synonyme de sagesse, d’expérience, de respect… elle est aujourd’hui signe de déclin et charge pour la société. N’y a-t-il pas un paradoxe dans ce regard actuel sur la vieillesse, à une époque où l’on n’a jamais aussi bien vieilli ? Et si ce regard négatif sur la vieillesse était en fait révélateur des travers de notre société, une société de l’immédiateté, de l’apparence et du refus de notre condition humaine ?

Ce numéro ne vise ni à idéaliser, ni à dramatiser ce moment de la vie qu’est la vieillesse. Nous tenterons de croiser les regards des uns et des autres, jeunes ou anciens, européens ou africains. La bible pourra aussi nous éclairer sur cette question de société.

 

Bonne lecture à tous, quel que soit votre âge.

 

LP

 


 

Réflexion

Ô VIEILESSE … ENNEMIE OU AMIE ?

 

Les mots de la vieillesse

Les mots en disent plus long qu’on ne le croit. Ainsi, tous les dictionnaires s’accordent à définir la vieillesse comme le dernier âge de la vie et à en dater le commencement à l’entrée dans la sixième décennie. Or, selon le mot qu’on choisit pour désigner les personnes accédant à ce troisième âge, l’image que l’on se donne de la vieillesse est bien différente. Le vieillard a quelque chose de noble, l’ancien est auréolé de sagesse, le senior reste actif et sémillant, mais le vieux est plutôt pitoyable. La vieillesse est un fait mais les façons de la vivre et de la percevoir sont d’ordre très subjectif. Grosso modo, il est évident que deux types de connotations s’associent à la notion de vieillesse : d’un côté, on fait rimer vieillesse avec sagesse, de l’autre avec faiblesse.

L’une et l’autre rimes trouvent leur justification dans le caractère dernier de cet âge. Qui dit, en effet, « dernier », dans ce contexte, implique une longue durée antérieure. Pour être vieux, ancien ou senior, il faut avoir vécu au moins cinquante-neuf années et donc avoir, fatalement, accumulé de l’expérience. Si l’on regarde la vieillesse comme ce qu’elle n’est plus, à savoir l’enfance, la jeunesse et la maturité, on ne peut y voir qu’une somme d’acquis. Si l’on considère, en revanche, ce vers quoi elle conduit, à savoir le déclin et la mort, on ne verra évidemment qu’affaiblissement.

Comme toute chose, la vieillesse a deux faces, une face souriante dont l’image d’Épinal est le grand-parent–confident, l’autre moins plaisante qu’illustre la personne atteinte d’une de ces maladies redoutables dont celle d’Alzheimer est l’emblème. Certes, il y a vieillesse et vieillesse, le septuagénaire n’est pas le nonagénaire, il est des vieillards en pleine santé et d’autres gravement affaiblis, il en est dont les revenus permettent une existence aisée et d’autres qui viennent mal à bout des dépenses indispensables… si nous ne regardons que ce qu’ont de commun toutes les vieillesses, nous trouverons pourtant toujours l’ambivalence entre sagesse et faiblesse.

 

Les maux de la vieillesse

Vieillir, c’est achever un parcours, celui de la vie, c’est le conduire à son terme. Cette remarque est une évidence qui devrait être vécue comme une grande chance puisque ce parcours de vie peut être interrompu avant terme par la maladie ou un accident. Il y a dans l’idée de vieillir, l’idée d’achèvement et d’accomplissement ; c’est à juste titre que l’on parle de « mort prématurée » pour désigner ces morts qui, venant trop tôt, dérobent à leurs victimes le privilège de connaître tous les âges de la vie. Mourir avant la vieillesse, c’est être privé d’un pan de l’expérience humaine et Ciceron notait déjà « l’inconséquence et l’extravagance de notre faiblesse d’esprit » qui fait que « tout le monde souhaite atteindre la vieillesse mais qu’on la rejette quand on y est »[1]. Ce n’est sans doute pas tant la vieillesse que l’on rejette que le cortège de maux dont elle s’accompagne inévitablement.

Du côté sombre, la vieillesse est l’âge des « dernières fois » comme la jeunesse est celui des « premières fois ». Vieillir, c’est apprendre à vivre avec un corps qui se transforme et ne répond plus comme il a pu répondre autrefois, c’est découvrir qu’on ne peut plus parcourir d’un pas alerte les kilomètres qu’on engouffrait quelques années plus tôt, c’est constater que les forces diminuent, que la fatigue est plus vite là, que la mémoire vacille… Vieillir, c’est aussi, surtout peut-être, voir disparaître les parents et amis. Le grand âge est celui des pertes, non seulement de mémoire, de forces, d’appétit… mais c’est l’âge des adieux et des deuils. Il est un âge où vos amis se marient et ont des enfants, il en est un autre où ils décèdent. Dans sa froideur objective, cet énoncé contient le caractère inéluctable et donc tragique de la vieillesse. Comme la jeunesse est l’âge de tous les commencements, la vieillesse est celui des renoncements.

On peut s’en lamenter, se voiler la face, camoufler la réalité par des crèmes et liftings, aucune cure de jouvence ne peut arrêter le processus de vieillissement qui est un processus d’affaiblissement des facultés physiques et psychiques. Certes l’époque est au jeunisme et les marchands d’illusion ne manquent pas pour faire croire à ceux qu’on appelle « seniors », pour ne pas les dire « vieux », qu’ils sont (encore) jeunes. Sans doute peut-on reculer les échéances ; les supprimer, cela ne se peut pas. Reste-t-il alors d’autre voie que de les accepter et, pour les accepter, de s’y préparer ?

 

Les bénéfices de l’âge

Or, comment se préparer à vieillir si la ségrégation des âges est la règle ? Notre société commence de re-découvrir une évidence première : les vieillards sont nécessaires et bénéfiques à la formation des enfants et des jeunes. Notre société éprise de sensationnel et de performances se plaît à célébrer les héros du grand âge pour l’exploit que représente leur longévité. Il est beaucoup plus significatif qu’on commence de développer des programmes intergénérationnels pour pallier les méfaits d’un monde devenu fou, qui voulait reléguer ses anciens dans des espaces réservés. On redécouvre les trésors que contiennent ces mémoires, certes vacillantes quand il s’agit de se souvenir de ce qui s’est passé la veille, mais en revanche impressionnantes quand on les sollicite pour raconter des temps plus reculés. On favorise les moments de rencontre entre jeunes enfants des villes, souvent éloignés ou privés de grands-parents et personnes âgées souvent éloignées ou privées de petits-enfants. La figure du grand-parent n’est plus seulement celle de la nourrice de dépannage pour parents débordés mais celle de l’homme ou de la femme d’expérience, capable de porter un regard distancié sur le monde. Là est, en effet, bien la force de la vieillesse, sa richesse et son privilège : disposer d’un recul sur les choses dont est fatalement privée la jeunesse. « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait » dit le dicton. Il ne s’agit pas de rêver d’une quelconque gérontocratie mais de rappeler que chaque âge a son caractère propre et que vieillir comporte aussi ses bénéfices. Ce sont les bénéfices pour autrui qui viennent d’être considérés mais quel bénéfice y a-t-il pour soi-même à être vieux ?

« Le fruit de la vieillesse, écrit Ciceron, est le souvenir et l’abondance des choses bien acquises auparavant »[2]. Plus proche de nous et plus fortement, P. Ricœur parle de « la joie de vivre jusqu’à la fin, de l’appétit de vivre coloré par une certaine insouciance » qu’il appelle « gaieté »[3]. Il faut sans doute une belle fermeté de caractère pour savoir convertir le deuil, tous les deuils, en gaieté et en insouciance, celle que procure la satiété des jours et la conscience de la fin d’une odyssée. Rester « vivant jusqu’à la mort » selon le beau titre donné par O. Abel aux fragments posthumes de P. Ricœur, c’est évidemment être à l’abri de tout acharnement thérapeutique que pourrait vous imposer l’entourage ou le corps médical, c’est pouvoir choisir le moment et la manière de faire ses adieux. Ce droit de mourir dans la dignité est, hélas, encore un privilège refusé à la vieillesse dans notre pays. Gageons que l’allongement de la durée de vie et l’accroissement constant du nombre de vieux finissent par créer les conditions d’une vieillesse pleinement assumée et vécue dans « l’insouciance de la gaieté ».

Sylvie Queval[4]



[1] Ciceron, De la vieillesse, I,4.

[2] Ibidem XIX, 71

[3] Vivant jusqu’à la mort, fragments posthumes publiés par O.Abel, p. 70

[4] L’auteur de ces lignes assume, seule, ses propos et dégage le journal Liens protestants de toute responsabilité à cet égard.

 


 

Méditer

 

PROVERBES ET DICTONS SUR LA VIEILESSE

 

 

La vieillesse, c’est l’hiver pour les ignorants et le temps des moissons pour les sages. (Proverbe yiddish)

 

Le plus bel âge de l’amitié est la vieillesse. (proverbe français)

 

Le jeune agit, le vieillard sait. (proverbe africain)

 

Le vieil éléphant sait où trouver de l’eau. (proverbe africain)

 

Tout le monde désire vivre longtemps, mais personne ne voudrait être vieux. (Jonathan Swift)

 

Être vieux est déjà en soit une forme de réussite. (Marion Péruchon)

 

Après tout ce n’est pas si désagréable que ça de vieillir quand on pense à l’autre éventualité. (Maurice Chevalier)

 

On voit de la flamme dans les yeux des jeunes gens, mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière. (Victor Hugo)

 

Le bonheur supprime la vieillesse. (Franz Kafka)

 

Si la jeunesse est la plus belle des fleurs, la vieillesse est le plus savoureux des fruits. (Sophie Swetchine)

 

La différence entre les jeunes et les vieux, c’est que les vieux ont beaucoup plus de souvenirs et beaucoup moins de mémoire. (Paul Ricœur)

 

Faites comme moi : épousez un archéologue. C’est le seul homme qui vous regardera avec de plus en plus d’intérêt à mesure que les années passeront. (Agatha Christie)

 

Dans cent ans qu’aimeriez-vous que l’on dise de vous ? J’aimerai que l’on dise : « il se porte bien pour son âge ». (Woody Allen)

 

 

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