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Le blog de Liens protestants, le journal protestant du nord

Les protestants de l'Europe élargie : Estonie, Lettonie, Hongrie, Slovaquie et Pologne (mars 2004)

25 Décembre 2009 , Rédigé par Liens protestants Publié dans #2004

Éditorial

Les protestants de l’Europe élargie


Cette année 2004 sera marquée par un élargissement sans précédent de l’Union européenne. Dix nouveaux États vont nous rejoindre en mai 2004 et devenir membres de l’Union.lpmars04 001

Le 25 mars 2004, date anniversaire du traité de Rome, prend donc un relief particulier. Pour l’occasion, nous vous proposons de découvrir ces États et plus précisément les protestants qui y vivent.

Certains de ces pays sont de tradition catholique comme la Pologne et la Lituanie, ou orthodoxe comme Chypre. Les protestants y sont ultra-minoritaires. En revanche, d’autres pays s’inscrivent dans la tradition protestante, comme l’Estonie et la Lettonie, ou comptent une forte minorité protestante, comme la Hongrie avec ses 2,5 millions de réformés et luthériens. Au total cinq millions de protestants vont nous rejoindre. Ces protestants minoritaires, dans des pays éloignés, sont rarement évoqués dans les médias. Nous leur consacrons ce numéro.

Leurs situations sont très variables d’un pays à l’autre. L’Estonie et la Lettonie s’inscrivent dans la tradition luthérienne, comme la Suède toute voisine. La Hongrie compte une forte minorité réformée, surtout à l’Est, et une minorité luthérienne de langue allemande. Les pays tchèque et slovaque furent des foyers du protestantisme en Europe centrale. Les hussites et les frères moraves ont connu leur heure de gloire dans un pays revenu au catholicisme avec la contre-réforme.

C’est à la découverte de ces protestants, de leur histoire, de leur vie d’Église que vous convie ce numéro. Un numéro entre témoignage et histoire.

 

LP

 

 


 

 Le protestantisme des pays baltes

 

 

De tous les nouveaux membres de l’Union européenne, seules l’Estonie et la Lettonie sont des pays de tradition luthérienne (la Lituanie, le troisième État balte, s’inscrit dans la tradition catholique). Cette particularité, mise à mal pendant la période soviétique, s’inscrit dans une longue histoire… mais, avouons-le, l’histoire des rives de la mer baltique nous est peu familière. Voici donc un bref rappel historique avant de vous présenter la situation actuelle du protestantisme balte.

 

I - Aux origines du protestantisme balte

Les peuples baltes (Estoniens, Lettons et Lituaniens) furent les derniers peuples païens d’Europe. Il faut en effet attendre les croisades des chevaliers porte-glaive, puis des chevaliers teutoniques, aux XIIe et XIIIe siècles, pour que les Estoniens et les Lettons se convertissent au christianisme. Seuls les Lituaniens résistent victorieusement. Néanmoins la dynastie lituanienne des Jagellon, en choisissant le catholicisme, permet l’union de la Lituanie et de la Pologne. Les Lituaniens sont restés fidèles au catholicisme jusqu’à nos jours.

Il n’en va pas de même au XVIe siècle dans les autres pays baltes. La plupart des chevaliers teutoniques se convertissent au luthéranisme et se transforment en une aristocratie terrienne. L’Estonie et la Lettonie passent sous domination suédoise. Des bibles en letton et en estonien sont diffusées par des pasteurs suédois. Les Suédois, encore eux, fondent en 1632, l’université à Tartou.

Au XVIIIe siècle, l’ensemble des pays baltes passe sous domination russe. Lors de l’indépendance en 1918, l’Estonie et la Lettonie sont majoritairement luthériennes, la Lituanie majoritairement catholique.

 

II - La période soviétique 1940-1990

La période soviétique est particulièrement difficile pour le protestantisme balte. L’athéisme affiché du régime n’est guère favorable à la liberté religieuse. Les pasteurs sont persécutés et déportés. Les temples sont fermés. Les biens des Églises sont nationalisés. Des communautés en exil se forment, surtout en Amérique du Nord.

Les populations locales sont déportées tandis que des Russes s’installent dans le pays. Ainsi au moment de l’indépendance, en 1990, les Lettons ne représentent plus que 52 % de la population du pays, les Estoniens 65 %.

Les deux phénomènes conjugués (persécutions religieuses et déportation des populations locales) ont rendu le protestantisme minoritaire. Les chiffres sont assez variables, mais on peut s’accorder sur une proportion de 35 % de protestants parmi la population adulte d’Estonie et 24 % en Lettonie.

 

III - Renouveau du protestantisme balte

La fin de la période soviétique, en 1990, a permis au protestantisme balte de renaître. La liberté religieuse est désormais reconnue, mais il n’y a aucune Église d’État. Les temples sont restaurés et réouverts aux fidèles. L’enseignement religieux est à nouveau autorisé. En 1992, la faculté de théologie de Tartou est réouverte.

De nouvelles Églises protestantes apparaissent. Les baptistes, les adventistes et les pentecôtistes s’installent dans les pays baltes.

 

Dans ces petits pays, longtemps dominés par leurs puissants voisins, la langue nationale et la tradition religieuse font partie d’une identité nationale aujourd’hui réaffirmée.

 

É. Deheunynck


 

Frères Moraves et "Union des Frères"

 

 

Sous le règne de Charles IV (1346-1378), Prague devint le centre politique et spirituel du Saint Empire romain. Les prêches de Milic de Kromeriz, Konrad Waldhauser et Matej Janov avec les idées de John Wyclif ont préparé le terrain pour Jan Hus. En 1400, Jan Hus (1369 ?-1415) devient recteur de la chapelle Bethléem, à Prague. Théologien réputé, il rédige plusieurs traités. Il est élu recteur de l'Université de Prague en 1409. Influencé par le réformateur anglais John Wyclif, il s'attaque aux abus du clergé souhaitant que l'Église renonce à ses nombreux privilèges et que Bible et liturgie soient lues en langue vulgaire. Hus est déclaré hérétique et expulsé de l'Église catholique en 1412. Arrêté alors qu'il se rend au concile de Constance muni d'un sauf-conduit, Jan Hus refuse de se rétracter. Il est brûlé vif le 6 juillet 1415.

Sa mort conduisit à la création de l’Église Hussite qui pendant deux cents ans a représenté, au cœur du monde médiéval, un îlot non contrôlé par Rome. Le mouvement hussite revendique en particulier la liberté de prêcher, la communion sous les deux espèces et s'oppose au pouvoir et à la richesse du clergé. Les hussites étaient divisés en deux mouvements : les taborites radicaux (d'après la ville de Tabor qu'ils venaient de fonder) et les calixtins (d'après le calice qui était devenu le privilège des prêtres, le commun des fidèles n’ayant « droit » qu’au pain). Les Calixtins voulaient la liberté de choisir entre cette nouvelle forme et l'ancienne. Les taborites rejetaient toute forme d'organisation ecclésiastique et considéraient la lecture de la Bible comme l'unique pratique religieuse. Les hussites dans leur ensemble se révoltèrent en 1419 et défirent à plusieurs reprises les forces catholiques. Le concile de Bâle (1431-1438) fut chargé de résoudre le schisme et parvint à un compromis avec les calixtins (compacta de 1433). Les taborites furent vaincus par la coalition des catholiques et des calixtins à la bataille de Lipany (1434).

Les survivants rejoignirent les Frères moraves en 1457 sous la conduite de Pierre de Chelcie (1390 ?-1460). Au siècle suivant, ils se rallient à la Réforme protestante et sont persécutés. De nombreux fidèles se réfugient en Hongrie, en Saxe, en Hollande et en Pologne où ils s'efforcent de survivre dans la dispersion. Exilés en Bohême en 1548, ces précurseurs de la Réforme du XVIe siècle s'installèrent en Moravie et jouèrent dès lors un rôle important dans la culture nationale tchèque, surtout en traduisant la Bible en langue vulgaire appelée la "Bible de Kralice". Le dernier évêque de l'Église Morave Unie fut Amos Comenius, qui mourut à Amsterdam en 1670. Les Frères sont avant tout des pédagogues, et l’Unité des Frères voue un soin particulier à sa mission éducatrice. Jusqu’à la dispersion de 1624, ses écoles, multipliées à travers le pays, lui ouvrent une large audience dans le peuple et permettent aux Tchèques de résister aux efforts de la Contre-Réforme catholique et de la germanisation.

Ils sont accueillis en Saxe en 1722 par le Comte Von Zinzendorf (1700-1760) de spiritualité piétiste, puis luthérienne. Le 13 août 1773, ils se retrouvent pour célébrer ensemble la Sainte Cène. Ce jour est considéré comme celui de la fondation de leur Église.

En Allemagne, leur théologie fut beaucoup influencée par les Confessions de foi de l'Église luthérienne, tandis qu'en Écosse et aux États-Unis, l'influence calviniste est prédominante. Les débuts de leur histoire furent marqués par un certain fanatisme et des extravagances (par exemple, Dieu le Père était considéré comme grand-père, et le Saint-Esprit comme son épouse éternelle). L'Écriture Sainte est dite la règle et norme de la doctrine et de la vie chrétiennes, et le Symbole apostolique est considéré comme l'exposé des principales vérités de la foi chrétienne. Mais les Frères Moraves s'autorisaient beaucoup de libertés en matière d'enseignement. Ils renoncèrent en 1818 au lavement des pieds, baptisent les nourrissons par aspersion et pratiquent la communion ouverte, donnant la Sainte Cène aux membres d'autres Églises. Bien qu'ils aient des évêques, qui seuls ont le droit d'ordonner des ministres (presbytres et diacres), leur constitution est du type presbytérien. Leur liturgie est très élaborée. Enfin, ils sont très actifs dans le domaine de l'évangélisation et emploient plus de 12 500 missionnaires. En 1918, l’indépendance nationale et la naissance de la République tchécoslovaque rendirent possible sa résurrection sur le sol natal, sous la forme de l’Église évangélique tchèque des frères (Ceskobratrska Cirkev Evangelicka : près de 163 paroisses) rattachée à la Confession d’Augsbourg. L’Église des Frères compte aujourd’hui 13 000 membres répartis en 264 congrégations (assemblées locales) et est dotée de 215 pasteurs.

Constance daniel


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